Laurent Mucchielli : l'incantation sécuritaire cible les "gens du voyage"

Publié le par dan29000

L'incantation sécuritaire cible les « gens du voyages »
Par Laurent Mucchielli | Sociologue |



C'est la guerre ! « Nous serons intraitables », « Il n'y aura plus d'excuses », « Nous allons éradiquer », « J'ai donné l'ordre de… », « Une nouvelle loi sera votée bientôt », etc.

Depuis 2002, c'est le même discours qui est martelé. Il est bien plus ancien, il a même quelque chose d'éternel. Ceci ne surprend pas si l'on a compris que ce n'est précisément qu'un discours, qui a pour but de légitimer celui qui le prononce (a fortiori quand il est en grandes difficultés) et non de changer quoi que ce soit à la réalité.

La réalité n'est qu'un prétexte. Et comme dans cette réalité, les problèmes continuent de se dégrader dans certains territoires, les prétextes arrivent régulièrement. Les faits divers criminels en tous genres, les violences des « bandes de jeunes » et les émeutes des quartiers pauvres en fournissent la plupart. Les malades mentaux reviennent aussi régulièrement sur le tapis.

La seule relative nouveauté du discours de Nicolas Sarkozy est d'avoir ressorti d'un vieux placard le « problème des gens du voyage et des Roms », à l'occasion d'une autre mini-émeute.
Le Conseil d'Etat juge la france discriminatoire

Le comble est que cette instrumentalisation intervient alors que la France vient d'être condamnée par le Conseil de l'Europe. Dans une résolution du 30 juin 2010, le Conseil relève notamment les problèmes suivants :
Création d'un nombre insuffisant d'aires d'accueil ;
Mauvaises conditions de vie et des dysfonctionnements des aires d'accueil ;
Accès insuffisant au logement des gens du voyage sédentarisés ;
Procédures d'expulsion qui peuvent être mise en œuvre la nuit ou en hiver et comporter des violences injustifiées ;
Discriminations liées à la loi du 3 janvier 1969 notamment concernant le droit de vote ;
Manque de moyens mis en œuvre pour lutter contre l'exclusion sociale ;
Difficultés d'accès au logement des Roms migrants en situation régulière.

Mais nous divaguons ! Il ne faut pas réfléchir, chercher les causes, diagnostiquer les contextes, s'informer d'abord auprès des acteurs locaux, nous risquerions de « donner des excuses aux délinquants » et de remettre en cause la croyance selon laquelle l'Etat et son premier représentant vont régler, une fois pour toutes, tous nos problèmes.

Source :  RUE 89

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