Le gang de la clef à molette, un roman écologiste d'Edward Abbey

Publié le par dan29000

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Si Edward Abbey (1927-1989) est encore assez peu connu en France, il est une légende aux Etats-Unis, une légende de l'Ouest américain. Il fut très tôt un des vecteurs de la prise de conscience écologiste, à une époque, déjà lointaine, où il n'était pas encore question pour le capitalisme triomphant de se repeindre en vert !

Essayiste, romancier et écologiste radical, c'est à peu près tout ce que l'on sait d'Abbey. Son esprit est donc à chercher dans la vingtaine de livres qu'il offrit à des millions de lecteurs américains. Malgré sa notoriété, surtout depuis la parution de ce fameux roman "Le gang de la clef à molette" au milieu des seventies, personne ne va se recueillir sur sa tombe, car personne ne sait où elle se situe. A sa mort il demanda à être enterré dans le désert, et les déserts sont nombreux dans son vaste pays...

Mais pour les amoureux de la bonne littérature et pour les adeptes de l'écologie mieux vaut lire ses livres plutôt que de chercher sa tombe, et si vous n'avez lu aucun de ses romans, il faut bien entendu débuter  par "Le gang de la clef à molette". Certes le pavé est d'importance, près de 500 pages, mais quand vous vous plongez dans le bouquin, impossible de s'en extraire.

Dialogues nombreux et réalistes, action qui avance vite et fine analyse des caractères, sans oublier la clarté du "message" : la lutte contre les dévastations de la nature par les grandes firmes industrielles, nommées ici "La machine".

Ce délicieux "road-story" nous permet de suivre les aventures musclées de quatre insoumis, un vétéran du Vietnam qui aime la bière et les armes, un chirurgien et sa belle maîtresse ainsi qu'un mormon polygame.

Nombre des écrivains américains que nous aimons sur ce site, aiment la nature, de Thoreau à Jim Harrison à Annie Dillard en passant par les fameux écrivains du Montana. Abbey est dans ce clan, c'est pourquoi le bouquin s'ouvre par une préface d'un des plus grands défenseurs de la nature, l'indispensable Robert Redford. Les deux hommes chevauchèrent ensemble dans l'Utah lors d'un des nombreux projets de l'acteur-créateur du mythique Festival de Sundance. En quatre pages révélatrices, Redford nous brosse un mini-portrait d'Abbey plein de tendresse, le nommant "coyote malicieux".

mwg.jpgHélas pour nous, le projet d'adapter au cinéma "Le gang" n'a jamais abouti, et pourtant quel film aurait donné ce roman ! Souvent les préfaces sont inutiles, mais celle de Redford avec son humilité et sa chaleur habituelle est la meilleure des clefs pour pénétrer dans ce roman. On peut d'ailleurs la relire après...

Fort utile aussi, l'introduction du traducteur, Pierre Guillaumin qui nous apprend que l'auteur est issu d'un milieu modeste des Appalaches, qu'il fit des études de philosophie et fut passionné par la nature et les grands espaces très jeune.

Abbey en bon anarchiste n'aime pas l'autorité politique, surtout quand elle est soumise aux lois de la finance et de l'industrie et qu'elle saccage la nature. Contre les méfaits des autoroutes et des centrales électriques qui détruisent les paysages, il propose l'éco-activisme, même si le combat est sans espoir face à la répression et à la traque des autorités.

Parfois on ne peut le suivre, notamment sur ses commentaires sur les indiens, même s'il s'agit pour lui de condamner les collectivités humaines enfermées dans leurs cultures. Edward Abbey aimait les solitaires, les esprits indépendants, les poètes, avec une belle dose de misanthropie que l'on peut comprendre et partager.

 

"S'il y a quelqu'un toujours ici présent et que je n'aie pas encore insulté, je lui présente mes excuses"

 

Enfin dans ce long périple mouvementé où parle la dynamite, difficile de ne pas songer à Ned Ludd "...un fou qui, vers 1779, pris d'un accès de rage, mit en pièces deux métiers à tisser appartenant  à un marchand de coton du Leicestershire." (Oxford universal dictionary) 

 

Déjà classique aux USA, ce roman qui, en plus, ne manque pas d'humour, va le devenir ici, cela ne fait aucun doute, alors cet été si vous ne devez lire qu'un seul roman, n'hésitez pas, et ensuite il n'est pas interdit de l'offrir à vos amis...

 

dan29000 

 

LE GANG DE LA CLEF A MOLETTE

EDWARD ABBEY

Préface de ROBERT REDFORD

496 pages / 2006 / 24,50 euros 

EDITIONS GALLMEISTER 

 

Pour voir leur site :

 

 http://www.gallmeister.fr/accueil

 

RAPIDE REVUE DE PRESSE /

 

Un “road-story” écologiste. Edward Abbey s’est imposé comme une référence pour de très nombreux auteurs américains, dont Annie Dillard, Rick Bass ou les écrivains du Montana. Un des pionniers d’une prise de conscience écologique aux États-Unis.
Gérard Meudal, LE MONDE DES LIVRES

De la bombe. Dans Le Gang de la Clef à Molette, formidable grenade dégoupillée lancée à la figure du gouvernement américain, Abbey raconte l’odyssée hilarante de quatre durs à cuire qui inventent un nouveau concept : le terrorisme citoyen. Un pur délice.
Didier Jacob, LE NOUVEL OBSERVATEUR

Un hilarant road-movie d’Edward Abbey, l’auteur-culte de Désert solitaire. Dans ce Délivrance qui finirait bien, on oscille en permanence entre Thoreau et Hunter S. Thompson. Un ouvrage à couper le souffle ! Preuve que Nature Writing ne rime pas forcément avec boring...
Jérôme Dupuis, LIRE

Comment avons-nous pu passer à côté de ce classique de la contre-culture américaine ? Un livre drôle et méchant comme au premier jour, flambant neuf, avec cette revigorante légèrete iconoclaste typique des seventies, qui conte les aventures épastrouillantes de quatre zigotos embringués dans une entreprise terroriste des plus réjouissantes...
Jean-Luc Porquet, LE CANARD ENCHAÎNÉ

Un chef-d'œuvre anticapitaliste, en forme de plongée dans l'univers d'Easy Rider, qui devint le roman culte des hippies. […] une farce freaky où la rage se marie au rire.
Bruno Juffin, LES INROCKUPTIBLES
 

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