Le Havre, prix Louis Delluc et sortie en salles, pour le film de Kaurismäki

Publié le par dan29000

Le Havre posterSYNOPSIS

Marcel Marx, ex-écrivain et bohème renommé, s'est exilé volontairement dans la ville portuaire du Havre où son métier de cireur de chaussures lui donne le sentiment d'être plus proche du peuple. Il a fait le deuil de son ambition littéraire et mène une vie satisfaisante entre le bistrot du coin, son travail et sa femme Arletty, quand le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d'Afrique noire. Quand au même moment, Arletty tombe gravement malade et doit s'aliter, Marcel doit à nouveau combattre avec pour seules armes, son optimisme inné et la solidarité têtue des habitants de son quartier. Il affronte la mécanique aveugle d'un Etat de droit occidental, représenté par l'étau de la police qui se resserre de plus en plus sur le jeune garçon refugié. Prix Louis Delluc 2011.

LA CRITIQUE LORS DE LA SORTIE EN SALLE DU 21/12/2011

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Oubliez que vous êtes surbooké, laissez votre téléphone por­table au vestiaire, et détendez-vous. Chez Aki Kaurismäki, on se hâte lentement. Voyez ces deux cireurs de chaussures d'un autre âge qui attendent ­debout le chaland, dans un coin de la gare du Havre. Le flot de voyageurs - la plupart en tennis - les remarque à peine. Un retar­dataire, qui semble débarquer d'un film de Melville, se pointe soudain et s'assoit pour un coup de cirage. D'autres types aussi patibulaires sont postés non loin. Il va y avoir du grabuge. Le client paye vite, sort du champ et se fait dessouder. Mais point d'affolement chez les cireurs. C'est avec un stoïcisme olympien qu'ils filent en se donnant rendez-vous ici même, au train du soir. Car « l'ar­gent circule au crépuscule », déclare l'un d'eux.

Cet homme qui n'hésite pas à parler en vers et qui ne lésine pas sur les verres, c'est Marcel Marx (André Wilms, auguste). Un revenant. Il était l'écrivain marginal de La Vie de bohème, il y a de ça vingt ans. Le voilà donc devenu cireur de chaussures. Une vie de quat'sous mais dont il ne se plaint nullement. Il a un toit, une femme attentionnée prénommée Arletty, qui lui fait à manger, et un bistrot où il a ses habitudes. Que demander de plus ? Deux événements lui ­rappellent, hélas, la brutalité de la vie : la rencontre avec un jeune clandestin africain et la mala­die qui soudain frappe Arletty...

C'est la première fois que Kaurismäki confronte ainsi son univers de fable à une forme d'actualité brûlante : la France d'aujourd'hui, avec sa répression, ses centres de rétention, ses clandestins traqués. Le Finlandais n'a pas pris pour au­tant un habit de militant. Il reste ce drôle d'artisan artiste qui se dé­cale pour dépeindre le monde de manière burlesque. Un peu poète, un peu peintre - à l'image de son Marcel, qui a l'air de trimballer un chevalet dans son barda. Lui aussi se tient à l'é­cart, du moins jusqu'à sa ­rencontre avec Idrissa. La per­dition de ce gamin le pousse à ­l'offensive. La tâche est ardue, les pièges sont multiples. Comme à son habitude, Kaurismäki décrit un monde cruel, mais, à la différence de ses au­tres films, ici les méchants, tapis dans l'ombre comme ce délateur (Jean-Pierre Léaud), sont moins efficaces.

Ce qui domine, c'est l'élan inattendu et spontané de solidarité clandestine. De l'épicier à la boulangère, chacun y va de son petit geste. La ruelle où se niche la bicoque de pêcheur de Marcel est un petit théâtre en soi. Chaleureux. Protecteur. Une bulle de cinéma. Dans La Vie de bohème, le cinéphile très francophile qu'est Kaurismäki rendait hommage au Paris de René Clair et de Marcel Carné. Là, cela fleure davantage le rétro provincial des années 1950-1960. Un vieux téléphone noir à cadran, une Mobylette bleue, une table en Formica, une R16, et c'est toute une France oubliée que le cinéaste s'amuse à faire ressortir nettement, avec une pointe de mélancolie joueuse plus que de nostalgie.

Il y a surtout Le Havre, ville portuaire, mais aussi ville de la modernité quadrillée, façon Playtime, de Tati. Kaurismäki a trouvé là-bas un décor idéal. Un casting idéal, aussi. Il a fait appel aux gars du coin, reconnaissables dans les scènes de bistrot - ça ne s'invente, pas ces trognes de Normands pur jus. Il a surtout invité une légende locale vivante, Roberto Piazza himself, plus connu sous le nom de Little Bob, pionnier du rock et du rhythm'n'blues en France. Il apparaît d'abord en ombre chinoise magnifique, au comptoir d'un bar. Avant de prendre le micro sur scène, offrant une chanson live rien que pour nous. A travers sa voix, c'est déjà l'Angleterre que l'on entend, pays si proche qu'Idrissa veut justement rejoindre.

 

 

Source et fin de l'article, sur TELERAMA, ICI

 

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Piyou 30/03/2012 23:06


Il faut juste prendre le rythme un peu lent et après se laisser porter par l'humanisme qui remplit le film, magnifique.

dan29000 30/03/2012 23:13



yes, un très beau film comme d'ailleurs souvent chez Kaurismaki, bon scénar, supers acteurs, bref belle réussite...