Le onzième pion, Heinrich Steinfest, chez Carnets nord

Publié le par dan29000

 

 

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  Quand on aime les polars, généralement, on en lit beaucoup. C'est notre cas à Danactu. Alors les débuts d'un bon roman noir sont importants. Il faut pouvoir entrer de plain-pied dans l'action, être happé, ou être étonné, bref il faut une accroche vraiment originale. Cela avait été le cas avec le précédent roman d'Heinrich Steinfest "Requins d'eau douce" publié l'an passé et qui vient juste de sortir en format poche chez Folio. On ne saurait trop vous le conseiller.

 

  Cette fois encore, celui qui reçut en Allemagne le Prix du polar en 2008, surprend dès les premières pages. Georg Stransky est à table avec sa femme et son enfant, dans une banale maison de banlieue quand une étrange pomme est lancée par la fenêtre...

  Certes, mais alors ?

  Rien de très perturbant...Sinon que le lendemain matin Georg a disparu...

  Pire il va s'avérer être le huitième disparu dans ces circonstances troublantes. Disparu après avoir croisé la trajectoire d'une pomme...

  Étrange, non ?

  Aussi étrange qu'une morsure de requin dans une piscine sur le toit d'un immeuble dans "Requins d'eau douce"... Comme entrée en matière, difficile de faire mieux. Évidemment qui dit disparition, peut dire rapt, alors entre en scène Lilli Steinbeck, qui est justement une inspectrice spécialisée dans ce genre de problèmes.

 

  Cette force originale, dès les premières pages, est un des deux traits spécifiques de Steinfest, l'autre, pas moins important, est son art consommé des digressions existentielles teintées d'une certaine ironie qui n'est pas déplaisante, bien au contraire.

  Même s'il peut y avoir parfois quelques baisses de rythme, l'auteur nous entraîne dans cette recherche-poursuite dans diverses parties du monde, où l'on va suivre un détective obèse et un tueur à gages finlandais qui pourraient bien par moment nous faire songer à des personnages de Kaurismaki. Une recherche qui permettra de découvrir une sombre machination internationale qui s'avère complexe comme un jeu d'échecs où les pions sont bien vivants.

  Rationalistes s'abstenir, mais rebondissements délirants au programme !

 

  Au-delà d'une intrigue originale, Heinrich Steinfest nous fait partager une certaine vision du monde où se débattent d'étranges personnages souvent décalés, où l'ombre de Batman se profile et surtout où les surprises en tous genres ne manquent pas ! Il est vrai que cet auteur connait le monde, car s'il est la star du polar germanophone, vivant à Stuttgart, il est né en Australie, d'origine autrichienne !

 

 

Dan29000

 

 

Le onzième pion

Heinrich Steinfest

Editions Carnets nord/ Editions Montparnasse

2012 / 400 p / 20 euros

 

 

 

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EXTRAIT /


Dzing !
Quelle soirée merveilleuse !
Et ce n'était pas la première. L'homme qui portait le nom de Georg fut frappé par cette pensée. Toutes les soirées merveilleuses qu'il avait eu la chance de vivre. En compagnie de sa belle femme et de sa non moins jolie fille. Dans la salle à manger confortable et aménagée avec goût d'une maison admirablement située sur les hauteurs de la ville, mais dépourvue d'ostentation. La petite villa datait d'une époque où l'endroit était encore trop peu fréquenté pour qu'on pût parler de situation. Depuis, les choses avaient changé. Bien des gens se seraient risqués à commettre en douce un petit meurtre afin de s'assurer un bien immobilier dans le quartier. Georg, lui, n'avait pas eu besoin de recourir au crime, il avait hérité la maison de ses parents. Parfois il lui semblait que tout ce qui l'entourait, y compris sa femme et sa fille de quinze ans, était un héritage. Quelque chose qu'il avait reçu sans avoir à faire quoi que ce soit et qu'il ne devait qu'au hasard de sa naissance. Quelque chose qui lui revenait légalement. Mais juste légalement. Ce n'était pas une question de mérite.
Telle fut précisément la question qui lui traversa l'esprit, énorme, telle une cloque bourdonnante : «Est-ce que je le mérite ?»
Georg pensait à tous les hommes qui, en ce moment même, étaient eux aussi à table avec une râleuse frustrée et moche, affligée d'un gros cul, qui leur flanquait le repas sous le nez, si tant est qu'on pût appeler repas ces trucs surgelés qui ne décongelaient jamais totalement. Et puis il y avait les enfants, qui n'avaient que le mot argent de poche à la bouche tout en présentant sans vergogne des devoirs ratés à signer. Comme si la faute se trouvait du côté du signataire, pas du leur. Et comme si, en augmentant l'argent de poche, l'adulte acquittait une amende. Pour avoir mis des enfants au monde.
Mia, cependant, la fille de Georg, ne rapportait jamais que d'excellents devoirs. Et elle ne faisait pas tout un cirque à propos de son argent de poche. Visiblement, elle avait conscience de la banalité de la chose. Pourtant, il n'y a rien de banal à ce qu'un père se voit épargner les problèmes scolaires et n'ait qu'à apposer sa signature sur de bons devoirs. Là encore, c'est recueillir un héritage immérité.

 

Revue de presse

  • « Fin, cultivé, échevelé, aux multiples rebondissements, c’est le polar de ce début d’année. » Christophe Dupuis, Page, janvier 2012.

  • « Un ovni littéraire. » VSD, décembre 2011/janvier 2012.

  • « C’est farfelu à souhait. Avec des digressions ironiques qui accentuent la dimension insolite de l’ensemble. » M le Magazine du Monde, janvier 2012.

  • «Heinrich Steinfest est le maître de la comparaison insolite et de la digression existentielle.» DER SPIEGEL

    «L'auteur de polars le plus intéressant d'Allemagne.» DASERSTE.DE

    «Un recueil d'aphorismes grandioses et une intrigue policière pleine d'ironie.» STUTTGARTER ZEITUNG

 

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