Le travail, non merci ! un essai décapant de Camille Dorival

Publié le par dan29000

 

 

travail non merci

 

 

 

 

 

Sarkozy nous l'avait bien dit "Travailler plus pour gagner plus". Connaissant ce type, difficile de ne pas flairer quelque part une arnaque. Dans un pays où il y a un peu plus de quatre millions de chômeurs, sans parler des salariés à temps partiel non choisi et des travailleurs pauvres, cela sonnait un peu comme une provocation à nos oreilles.


Alors si l'on profitait de cette ridicule injonction pour se poser les bonnes questions sur le travail. Lequel est de plus en plus souvent remis en cause dans l'actualité de ceux qui en ont encore. La souffrance au travail est illustrée par de nombreux livres et films et les suicides multiples à France Télécom ou chez les enseignants sont là pour le prouver, le travail tue, et l'on peut donc dire que le travail est dangereux.

Sans oublier la bataille du travail le dimanche ! Si la valeur travail se porte encore assez bien, l'idée toute simple que le travail ne peut pas être au cœur de notre vie, fait son chemin.

Alors existe-t-il une vie après, ou en dehors du travail ?

Quelle place lui accorder dans notre société actuelle ?

Peut-on vivre sans travailler ?

A quoi sert-il vraiment, au-delà bien entendu du salaire ?

Une seule solution pour répondre  à toutes ces judicieuses questions, la lecture de ce livre signé Camille Dorival et Alexandre Lévy.

La première est responsable de la rubrique sociale au magazine Alternatives économiques, et diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris. Le second est journaliste  à Courrier International.

 

Dans une courte mais instructive préface, Bernard Gazier, économiste et professeur à l'université de Paris-1 nous rappelle qu'il y a deux manières de protester dans nos sociétés. D'abord donner de la voix, le militantisme, syndical ou politique, les manifestations et les élections,l es actions devant les tribunaux. Mais on peut aussi protester, souvent plus discrètement, en abandonnant le terrain, en développant des alternatives, ce que le sociologue Hirschman nommait dans les seventies "Exit".

Et c'est bien ce dont il s'agit ici, de défection. Des tentatives de pratiquer la liberté, le pas de côté, de se ressourcer seul, bref un refus raisonné de la fidélité à un employeur, à une tâche, à une coutume. A juste titre, cette préface s'achève avec un rappel historique datant du 19e siècle quand les "sublimes", travailleurs très qualifiés, mais très indépendants, qui choisissaient leurs patrons et surtout prenaient de longs congés. Ils furent aussi à l'origine des syndicats.

Dès l'introduction, les auteurs posent la bonne question :

Comment peut-on ne pas travailler ?

L'auteur de cet article pourrait la retourner en un, "Comment peut-on travailler toute sa vie avec souvent des salaires misérables, dans des ambiances détestables, pour des jobs inintéressants ?

Mais cela est un autre débat, peut-être !

Comment donc faire le choix du non-travail dans une société où justement le travail est la norme ?

C'est au travers d'une série de portraits d'hommes et de femmes qui ne travaillent pas ou très peu que nous allons comprendre ces choix, et donc approcher une finalité du travail, d'une partie de cette France pour qui se lever tôt ne veut rien dire, malgré les sermons du locataire de l'Elysée.

Cela débute avec des chômeurs "assumés" et un bel extrait du fameux "Manifeste des chômeurs heureux" qui date de 1996.

Cela se poursuit avec une philosophie que nous défendons ici, celle de la décroissance. Vivre mieux, avec moins de biens et plus de liens en refusant la place centrale donnée au travail. Lire et relire, Paul Ariès et Pierre Rabhi. Un beau portrait de Mathieu, le non-consommateur et ses "actes de résistance quotidienne".

Nous qui avons dédié notre site à toutes les formes de résistance, celle-ci, moins connue et encore moins reconnue, nous semble aussi fertile que celles de la politique classique ou du syndicalisme classique. Le refus du travail et de son aliénation est clairement subversif dans une société où il faut produire toujours plus avec toujours moins de qualité et toujours moins de salariés.

Un chapitre est consacré aux femmes au foyer, avec l'exemple de Luc, père au foyer, avec les avantages et les inconvénients, posant le problème du temps domestique, parental et professionnel.

Le chapitre 4 nous a semblé être le plus passionnant, intitulé "Payés à rien foutre", une utopie réaliste ? Le fameux et déjà ancien "revenu d'existence" qui est réapparu il y a quelques jours avec Dominique de Villepin (cherchez l'erreur). Faut-il que la gauche soit en état de léthargie avancée pour qu'un tel concept revienne en étant porté par un homme de droite ! Ainsi que le rappelle l'auteur l'idée est fort ancienne. Relire "Utopie" du philosophe anglais Thomas More, une lecture que l'on ne conseillera jamais trop. Puis cela sera en 1796 Thomas Paine et ensuite le socialiste utopique Charles Fourier. Plus proche de nous ce fut aussi André Gorz.

Tout au long des chapitres, il nous est proposé des extraits de textes importants, et c'est une des grandes qualités de ce livre. Par exemple un entretien avec Baptiste Mylondo, auteur du récent "Un  revenu pour tous", chez Utopia en 2010. Évidemment le montant de ce revenu est à débattre. Mais qui parmi nos élus actuels proposeraient cela ?

Plus philosophique la question, peut-on vivre sans travailler ? Bien entendu on peut toujours rappeler à ceux qui pensent que le travail rend l'individu libre, que c'était la devise inscrite à l'entrée des camps de concentration nazis. Mais cela serait trop facile. L'interview de Denis Clerc est là aussi la bienvenue.

En fin de volume, Camille Dorival revient à juste titre sur le fameux livre de Rifkin "La fin du travail". Difficile à éviter. Plus près de nous Dominique Meda propose de "désenchanter" le travail, en commençant par la réduction de son temps, vers les 32 heures.

Dans un hexagone où le chômage est devenu endémique, la simple idée du partage du temps de travail est, elle aussi, subversive.

En annexes, un rappel utile des différents types de minima sociaux, et une bibliographie hélas approximative, avec des films perdus au milieu des livres. Rappelons que certains éditeurs commencent aussi à proposer en fin de volume, une webographie, car internet prolifère de ressources, et sur le travail et la contestation du travail, il y existe de nombreux documents intéressants, idem pour l'audiovisuel.

Cette petite lacune finale n'enlevant rien à la qualité de cet essai que l'on conseillera chaudement à tous les obsédés du travail, qui parfois se posent des questions sur la finalité de leurs vies, et aussi à ceux, de plus en plus nombreux, qui décrochent de cette drogue dure autorisée nommée salariat ou exploitation pour lui donner un qualificatif plus politique.

A lire le week-end prochain, pour peut-être éviter l'horreur du retour du lundi matin.

 

Dan29000

 

Le travail, non merci !

Camille Dorival

Portraits Alexandre Lévy

Préface Bernard Gazier

Editions Les petits matins

2011 / 2010 p /16 euros

 

Pour découvrir le site de l'éditeur, c'est ICI


Publié dans lectures

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Mitsuko 22/03/2011 05:58



Bonjour Dan,


J'ai entendu parlé de ce livre, il y a très peu de temps ... je ne crois pas me tromper en disant que quelqu'un m'a dit que ... ce livre était intéressant
... et que j'ai répondu, que, bien sûr, j'allais l'acheter ...


"Le travail, non merci !" ... déjà le titre me plait bien ...


Bon mardi à toi, Dan. Bises.


Mitsuko



dan29000 22/03/2011 09:06



oui, vraiment excellent et facile à lire et  à comprendre, donc que des qualités, à lire vraiment, bon mardi à  toi, et bises