Le vote blanc n'est pas un vote nul, par Marie Naudet et Bruno Gaccio

Publié le par dan29000

 

Le vote blanc n'est pas un vote nul

LE MONDE |

Par Marie Naudet, avocat et Bruno Gaccio, scénariste, producteur de télévision


 

La succession et la variété des élections permet de prendre le pouls de la démocratie. Or, aujourd'hui, l'électeur ressemble de plus en plus à l'aquoiboniste chanté par Gainsbourg : "Je veux bien, mais au fond, à quoi bon ?" A quoi bon et surtout pour qui ? Car voter, depuis que le "citoyen" français dispose de ce droit, c'est désigner techniquement des candidats, incarnation de l'offre politique. A priori, ce choix semble largement et suffisamment ouvert, au regard du nombre de candidats qui postulent pour la fonction.

Or, c'est un faux-semblant. Ces offres politiques, du moins celles qui sont "leaders" sur le marché politique, se ressemblent beaucoup plus qu'il ne paraît. Pour séduire le plus d'électeurs possible, nos représentants doivent pêcher au centre en disant les mêmes choses avec une rhétorique différente et s'opposer sur quelques points à la marge, qui prennent valeur de symbole. En réalité, nos représentants passent leur temps à faire semblant d'être antagonistes.

Quelle pouvait être la différence économique majeure entre Dominique Strauss-Kahn, figure de proue du Parti socialiste avant "l'affaire", et Christine Lagarde, ancienne ministre de l'économie de Nicolas Sarkozy, les deux se succédant dans la continuité à la tête du Fonds monétaire international ?

Comme les idées-forces qui guident les programmes des partis "leaders" se rejoignent, voire se chevauchent, c'est la personnalisation des candidats qui devient le facteur différenciant. Untel a perdu du poids, tel autre vit "modestement". Avec ce genre de comportement, la démocratie est rongée de l'intérieur.

Que peut-on faire pour renouveler une offre politique qui semble s'être fossilisée ? Que peut-on faire pour trouver de nouveaux modèles ? Alors que dans le monde des idées, de la création artistique, de l'innovation technologique, le conformisme est mortel, pourquoi ne le serait-il pas dans le monde politique ?

Comment faire pour signifier son désaccord sur le choix proposé ? Il y en a un : le vote blanc. Le vote blanc n'est pas un vote nul puisqu'il en est distinct et, contrairement au vote nul, le vote blanc est un vote "sophistiqué".

A la différence de l'abstention, il témoigne d'un intérêt pour la chose publique tout en traduisant une insatisfaction à l'égard de l'offre. En votant blanc, on marque son adhésion au système mais non au choix qui nous est proposé.

Pourtant, voter blanc est impossible. Déjà, il l'est matériellement puisqu'il faut fabriquer soi-même son bulletin pour le glisser dans l'enveloppe. Ensuite, ce vote n'est pas comptabilisé et se retrouve relégué en bout de table avec les bulletins nuls, ceux que l'on gribouille, rature, dénature... Autant rester chez soi.

Mais le vote blanc "dérange" les parlementaires. Spontanément, un candidat qui sollicite les suffrages et qui sera élu sur son nom n'est pas enclin à trouver ce vote utile. Ensuite il peut considérer que cela ne correspond à aucune nécessité réelle, que les options démocratiques existantes sont assez nombreuses pour que ceux qui revendiquent la prise en considération du vote blanc ne soient que des "capricieux". Sous cet angle, le vote blanc est un luxe. Mais après deux cents ans de pratique électorale, ne sommes-nous pas dans un pays qui peut s'offrir ce luxe ?

C'est pourquoi le vote blanc est l'outil démocratique le plus adapté qui permet à l'électeur de signifier que l'offre politique ne lui convient pas. En ce sens, il est devenu indispensable de le comptabiliser, et de le distinguer des votes nuls. La Suède, souvent citée comme le pays exemplaire en matière de démocratie, pratique ce décompte depuis le milieu des années 2000.

Prendre en considération le vote blanc ne change rien au résultat de l'élection, et un candidat sera toujours élu. L'individualiser, le distinguer des votes nuls peut conduire à un enseignement très intéressant et essentiel : être un signal, le clignotant signifiant aux candidats qu'il est temps de sortir enfin du conformisme mortifère dans lequel ils se noient et nous noient. Donc être un appel à une nouvelle offre politique. Ainsi, une élection obtenue avec un taux important de vote blanc serait surtout l'indicateur de l'attente d'une nouvelle politique. Et de nouveaux candidats. Le vote blanc permettrait d'offrir à l'électeur une plus grande prise sur l'offre électorale, sur laquelle il n'a pas beaucoup d'influence et ne peut pas faire grand-chose.

Le vote blanc compté à part des votes nuls serait définitivement un encouragement à l'audace politique quand les candidats en manquent trop. Le vote blanc, c'est le vote du "coup d'avant", le vote de ceux qui, constatant qu'il y a une place, seront encouragés à se présenter le "coup d'après".

Le vote blanc, c'est permettre de renouveler l'offre politique tout en rendant visibles des électeurs qui, jusqu'ici, n'étaient qu'invisibles.


Marie Naudet et Bruno Gaccio sont auteurs de Blanc, c'est pas nul (Descartes & Cie, 2011).

Marie Naudet, avocat et Bruno Gaccio, scénariste, producteur de télévision

 

Source : LE MONDE.FR

 

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