Législatives à Montreuil : la gauche paniers de crabe, c'est maintenant

Publié le par dan29000

Panier de crabes

A Montreuil, « continuons comme ça et on va faire péter la gauche »

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89
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La politique à Montreuil, c’est particulier. Un peu comme au Liban : si quelqu’un vous l’explique et que vous avez l’impression d’avoir compris, c’est qu’il vous l’a mal expliquée. Mais essayons.

Montreuil (Seine Saint-Denis) a beau être la seule ville de plus de 100 000 habitants dirigée par une écologiste, elle se retrouve sans candidat Europe Ecologie - Les Verts (EELV) aux élections législatives de juin prochain. Et quand la maire, Dominique Voynet fait la campagne du candidat de la majorité présidentielle, le socialiste Razzy Hammadi, elle se fait pourrir par... une partie des socialistes du cru.

En effet, en vertu d’un accord national entre les partis, les écologistes se sont engagés à ne pas soutenir officiellement les socialistes là où le candidat sortant est du Front de Gauche. C’est le cas ici, où le communiste Jean-Pierre Brard, député depuis 1988, et qui a été maire pendant 24 ans, brigue son sixième mandat.

« A force d’avoir trop peur de perdre... »


La direction nationale d’EELV a donc dit à son groupe local qu’ils avaient deux solutions :

  • soit une candidature EELV ;
  • soit pas de candidature EELV et pas de logo du Parti sur une autre affiche.

Les écolos de Montreuil ont voté ; à 75%, ils ont choisi la deuxième option, espérant donner toutes ses chances au socialiste de battre Brard, rival de Voynet. Des minoritaires considèrent que le soutien au PS sans contrepartie est une mauvaise stratégie : « Il aurait fallu qu’on ait un candidat au départ. A force d’avoir trop peur de perdre, on va être sûrs de perdre », estime un membre du conseil fédéral.

Géographie de la « pétaudière » socialiste

A Montreuil, Jean-Luc Mélenchon a obtenu 24 % des voix au premier tour de la présidentielle, « son meilleur score dans une grande ville ». Du coup, le député sortant Jean-Pierre Brard se voit à 35-40% au soir du 10 juin. Et plastronne :

« Venez voir à Montreuil, la maire, on l’appelle Pinocchiette, vous savez la cousine germaine de Pinocchio. »

Communiste, le candidat du Front de Gauche, qui en 2008 s’est fait ravir l’hôtel de ville par l’ancienne ministre écologiste à la faveur d’une division de la gauche, est persuadé qu’il va profiter du « vote anti-Voynet » à Montreuil.

Confrontée à de nouvelles divisions, depuis que sa majorité a volé en éclat, Dominique Voynet met tous ses espoirs en Razzy Hammadi, candidat qu’elle décrit comme « capable de faire ici ce que Hollande et Ayrault font au niveau national : rajeunir, renouveler, diversifier ».

Lorsqu’elle parle du socialisme à Montreuil, elle lâche le mot « pétaudière », puis nous propose sa « géographie », après avoir rappelé que « cela fait 25 ans que Brard divise la gauche ». Elle dessine trois groupes parmi les élus « socialistes » :

  • ceux qui l’ont soutenue, qui ont été exclus du PS mais qui restent dans la majorité municipale (3 personnes) ;
  • ceux qui l’ont soutenue, qui ont été exclus, mais qui l’ont lâchée depuis (8) ;
  • ceux qui sont restés au PS officiel (2 selon elle, 4 selon eux).

Sa conclusion : « Le communiqué [qui dénonce le soutien à Razzy Hammadi, ndlr] émane de deux personnes » : un mini-groupe sans légitimité.

« Voynet trahit l’accord validé par son parti »

La secrétaire de la section PS de Montreuil, Alexie Lorca, auteure du communiqué assassin évoqué par Voynet, exprime la grande lassitude des militants face aux jeux d’appareil :

« Le Parti nous envoie un candidat, il est imposé par la direction dont il fait partie [ancien président au MJS, Razzy Hammadi est secrétaire national depuis 2008, ndlr].

Le problème, à Montreuil, c’est que depuis des années nous n’avons pas le droit de choisir nos candidats, ils sont imposés par Solférino. Continuons comme ça et on va faire péter la gauche. »

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La section PS a choisi d’attaquer frontalement la maire de la ville :

« Madame Voynet trahit l’accord validé par son propre parti. Cet accord interdit l’alliance électorale EELV-PS contre un député sortant du Front de Gauche. [...]

Ne s’agirait-il pas pour elle de créer les conditions pour revendiquer en 2014, une tête de liste aux élections municipales, avec le soutien du Parti socialiste ? »

Se désister ? « Demandez à l’autre ! »

Dans un tel climat de tension, il y a un risque réel que l’accord de désistement républicain du second tour ne soit pas respecté. Celui-ci veut que, traditionnellement, « on ne laisse pas la droite arbitrer et on ratifie le choix des électeurs de gauche au premier tour », précise Jean-Pierre Brard. Depuis les années 70, le candidat de gauche arrivé second se désistait donc en faveur de celui arrivé en tête.

A Montreuil, cette tradition n’a pas été respectée aux législatives de 2002, ce qui a valu l’exclusion de la candidate socialiste de l’époque, Mouna Viprey. En 2007, elle s’était désistée pour Brard, amère, avant de finalement rejoindre Dominique Voynet aux municipales de 2008.

Interrogés sur le sujet, ni Brard ni Hammadi ne veulent s’engager à se désister s’ils n’arrivaient pas en tête : « Posez la question à l’autre », nous répond chacun.

Razzy Hammadi, reste flou :

« Il y a des principes à gauche, une culture... il faut les respecter. »

Il ne pourra pas compter sur Dominique Voynet pour lui conseiller un tel désistement qu’elle juge « délirant », même si elle est consciente des pressions que le PS fera subir à Razzy Hammadi.

Un responsable écologiste national regarde ce panier de crabes avec circonspection :

« En soutenant Hammadi, Voynet espère qu’elle n’aura pas de dissident socialiste en 2014, mais elle ne fait que renforcer les socialistes. »

 

 

Source : RUE 89

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