Législatives : Parti pirate, entretien avec Maxime Rouquet, coprésident

Publié le par dan29000

Parti pirate : «Nous avons beaucoup de propositions concrètes et qui ne coûtent rien»

Maxime Rouquet, 26 ans, co-président du PP et candidat dans la 10e circonscription des Yvelines.
Maxime Rouquet, 26 ans, co-président du PP et candidat dans la 10e circonscription des Yvelines. (Photo et logo Parti pirate)

Interview Maxime Rouquet, coprésident du PP et candidat dans la 10e circonscription des Yvelines.

Par CÉLIA LEBUR

En Allemagne, le Parti pirate vient de rafler 7,6% des voix en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Et fait donc son entrée dans un quatrième parlement régional. Un score qui fait suite à d'autres bons résultats, notamment à Berlin. De quoi faire saliver le mouvement français, encore balbutiant, qui revendique un peu plus de 400 membres dans toute la France. Le Parti pirate a décidé de s’immiscer dans la bataille des législatives, avec 102 candidats déclarés. Maxime Rouquet, 26 ans, coprésident du PP et lui-même candidat dans la 10e circonscription des Yvelines, revient pour Libération sur les ambitions du Parti pirate.

A quoi ressemblent les membres du Parti pirate?

Nous sommes souvent caricaturés comme un parti de «jeunes» mais beaucoup de gens chez nous ont plus de 20 ou 30 ans! Mais c’est vrai, ce sont surtout des gens adaptés aux nouveaux usages. Ce sont des gens qui considèrent comme nous qu’Internet a amené un changement complet dans notre société. En dématérialisant les biens, on est passé à une économie d’abondance. Aujourd’hui on accède à tout avec une simple connexion internet : nous prenons acte de ce changement.

Comment est financé le Parti pirate?

Nos moyens sont très limités alors chacun s’organise comme il peut. Pour voter aux législatives, on va demander aux électeurs de venir sur Internet, d’imprimer et de découper leurs bulletins de vote eux-mêmes. Nous sommes tous bénévoles. Chacun contribue personnellement au parti grâce à son activité professionnelle, car nous avons tous un emploi en parallèle. Une maigre part vient des cotisations et des adhésions.

Qu’attendez-vous des législatives de 2012 ?

Nous avons peu de chances d’obtenir des élus. L’objectif, c’est de mettre en avant nos idées, de les défendre. Les législatives, c’est une première étape avant les européennes de 2014. Beaucoup de sujets importants pour nous, comme les brevets, doivent être débattus dans l’enceinte européenne, car ils dépendent plus des directives européennes que de la loi nationale. C’est pour cela que nous voulons établir un programme politique commun avec tous les autres partis pirates européens: nous nous sommes réunis en avril, et la constitution d’une formation politique commune a été actée dans la «Déclaration de Prague». Le Parti pirate français vient de la ratifier.

Dans votre programme, vous parlez des libertés fondamentales sur Internet, de la transparence de la vie publique ou encore de l’indépendance de la justice. Mais rien sur l'économie, la croissance, la dette...

Il y a des sujets sur lesquels nous ne prenons pas position, parce que nous n’avons pas encore de proposition chiffrée, équilibrée. Par exemple, nous sommes très favorables au «revenu de vie». Au lieu des différentes aides versées sur des critères précis aux foyers, l’Etat verserait chaque mois une somme fixe à tous les citoyens, sans poser de condition. Nous sommes très attachés à la démocratie directe. On ne prend position qu’après avoir débattu chaque sujet et une proposition n'est adoptée qu’après avoir recueilli trois quarts de votes favorables sur notre forum internet. A partir de là, nos candidats s’engagent à défendre l’intégralité des idées retenues.

En lisant votre programme, on peut avoir l’impression que vous contestez plus que vous ne proposez...

Nous sommes contestataires quand des lois nous semblent inefficaces, voire dangereuses, comme la censure sans contrôle judiciaire préalable. Nous avons également beaucoup de propositions très concrètes qui, en plus, en général, ne coûtent rien, ce qui n’est pas plus mal en cette période de crise! Le partage sur Internet en est une bonne illustration.

Justement, vous êtes très attendus sur l’Hadopi : que proposez-vous?

Nous soutenons que le partage sur Internet n’est pas nuisible et proposons de légaliser le partage hors but lucratif. Cela veut dire que les gens pourront échanger de la musique ou des vidéos comme dans la vie réelle, quand des amis se prêtent un disque ou un DVD, du moment qu’il n’y a pas d’intermédiaire qui s’enrichit (type Megavideo ou Megaupload). Si les artistes et auteurs connaissent des difficultés aujourd’hui, ce n’est pas à cause du partage: des enquêtes prouvent que ceux qui partagent le plus sur Internet sont aussi ceux ceux qui consomment le plus dans le domaine de la culture. Nous proposons aussi le mécenat global: chaque internaute donne un peu, le public décide quel projet et quelle personne il veut soutenir. Les citoyens de s’approprient la culture, les artistes sont libérés de l’emprise qu’ont quelques sociétés sur les droits de diffusion des œuvres.

Des alliances avec d’autres partis sont-elles envisageables?

Nous sommes prêts à travailler avec n’importe quelle formation politique, qu’elle soit de droite ou de gauche, peu importe. Mais une alliance n’aurait de sens que si le parti allié s’engage à porter l’ensemble de nos idées, et là-dessus, nous ne faisons pas de concession. En Suède, par exemple, c’est une réussite. Le député Christian Engström a rejoint le groupe des Verts parce qu’ils s'étaient engagés à défendre les propositions du Parti pirate. En échange, il suivra les recommandations des Verts sur lesquelles le Parti pirate ne s’estime pas compétent. Actuellement, je vois mal un parti français défendre l’ensemble de nos propositions. Le PS a une vision très répressive du partage sur Internet, par exemple. Et les petits partis sont dans une logique d’alliance avec les grands pour participer au pouvoir.

Quels sont vos rapports avec les Anonymous?

Ils dénoncent les mêmes dérives que nous, notamment à propos des libertés fondamentales sur Internet. Nous n’avons pas de contacts officiels mais certains de nos membres sont probablement impliqués aussi chez les Anonymous. Nos démarches sont différentes. Ils sont dans l’action directe, frontale, par exemple quand ils «manifestent en ligne». Alors que nous sommes plutôt dans une logique politique. Nous essayons de voir comment la loi peut être changée pour accéder à des revendications communes. Ces deux actions sont complémentaires.

 

 

Source : LIBERATION.FR

 

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