Leonardo Boff : dialogue sur Rio+20, l'écologie et la théologie de la libération

Publié le par dan29000

Río+20: Dialogue sur l’écologie avec Leonardo Boff

Autor: Darío Pignotti | Fuente: www.radiohc.cu 21 , Juin 2012


Le Nord et le Sud choquent une fois de plus à Rio. Voilà le résultat des premiers jours de négociations infructueuses entre des diplomates des plus d’une centaine de pays qui participent au Sommet Río+20 et tentent d’élaborer un document unique sur ce qu’il faut faire avec la planète à la dérive. Il y a deux thèses en contradiction. Celle qui prône l’implémentation d’une « économie verte » au goût des Etats-Unis et de l’Europe, qui tout simplement  ne se soucient pas du coup environnemental causé durant plus d’un siècle de pillage de forets et de mers, ce que le Sud rejette. Il demande à ces pays de payer pour la dévastation provoquée et il insiste sur le fait que le développement soutenable de l’environnement passe par le combat de la pauvreté et de l’inégalité.

Le religieux brésilien, Leonardo Boff  réfléchit depuis des années sur l’écologie et il est l’auteur de plusieurs essais basés sur une perspective qui revient sur les fondements de la Théologie de la Libération. Leonardo Boff, l’un des intellectuels de référence pour les milliers de militants qui débattent sous le beau ciel de Rio de la façon de sauver la planète, a critiqué les fondements de l’économie verte  lors d’une interview pour le journal Página 12. Il considère comme frustrant, le fait que l’ONU convoque une conférence  Río+20 pour aborder à niveau mondial l’idée d’une économie verte. «  Quand nous parlons d’économie verte, nous parlons du dernier assaut du capitalisme contre la nature, contre le patrimoine de l’humanité »-a-t-il signalé.

« Je dis le dernier assaut, car le premier a été l’exploitation conventionnelle des ressources naturelles, en favorisant la déforestation de l’Amazonie pour permettre aux entreprises agricoles de planter des millions d’hectares de soja ou pour tailler des arbres en toute impunité, maintenant nous entrons dans une phase pire, qui consiste à transformer la nature en marchandise, on vend des crédits de carbone, on transforme la vie en commodités, la vie ne peut pas aller au marché. »

Le débat sur l’économie verte est l’un des trois axes choisis par l’ONU pour la Conférence sur le Développement soutenable Río+20, dans le cadre de sa proposition de donner une nouvelle configuration à l’appareil productif mondial, à partir de la réduction de combustibles fossiles et des pratiques écologiquement soutenables des multinationales.

L’économiste indien Pavan Sukhdev, du Deutsche Bank, se trouve à Rio où il a signalé que l’économie verte englobe 4 sujets: le bien-être, l’équité sociale, les risques environnementaux et les carences écologiques.

Pour Leonardo Boff  ce type d’argument est chargé d’une rhétorique qui « dans le fond ne cherche qu’à maximiser les profits des entreprises…ce n’est que de la peinture verte, l’on prétend maquiller un système productif qui depuis l’Eco’92, il y a 20 ans, n’a fait que causer plus de dégâts à la terre et approfondir la brèche entre riches et pauvres. »

Le sort de la plus importante réunion de l’année pour aborder la situation environnementale devra se décider entre jeudi et vendredi, lorsque la présidente Dilma Rousseff accueille les chefs d’état qui ont débarqué au centre des foires Riocentro, situé à  Barra da Tijuca, l’un des quartiers les plus chers de cette ville qui s’apprête à accueillir la Coupe du Monde de Football et les Jeux Olympiques.

Lors des premiers jours de négociations à Riocentro, l’un des sujets les plus abordés a été la présence de Barack Obama au sommet, puisque la Maison Blanche  avait dit durant deux mois qu’il n’y participerait pas, mais il faut encore une confirmation officielle. «  Obama dit qu’il ne viendra pas à cause des questions internes, les élections où il cherche à être réélu, mais il ne viendra pas parce qu’il agit comme un Empereur, il est une sorte d’Empereur noir qui ne s’intéresse qu’à ce qui arrive dans son Empire »- souligne Leonardo Boff.

« S’il (Obama) pensait que la dégradation de l’Amazonie affectait directement le climat en Californie, bien sur qu’il viendrait à Río+20, ou il ordonnerait au Brésil ce qu’il devrait faire, sans aucune subtilité, ou en dernier ressort, il ordonnerait son occupation, s’appuyant sur l’idéologie étasunienne qui les fait croire qu’ils sont les guides de l’humanité. »

Pour Boff, les pays développés se comportent avec méchanceté  devant la « dégradation de l’environnement et ils n’ont pas conscience du fait que la Terre peut se diriger vers une catastrophe écologique », de laquelle nul ne sortira indemne. L’une de ses grandes préoccupations est le sort de l’Amazonie, le plus grand foret tropical du monde, qui est l’objet de la dévastation de la part des entreprises agricoles brésiliennes. «  Je ne crois pas que le Brésil puisse être fier de la situation qu’elle traverse depuis des décennies et jusqu’à nos jours; l’Amazonie est le Far West, l’État ne se soucie pas d’appliquer les lois contre ceux qui s’adonnent à la déforestation et pour protéger ceux qui veulent la protéger »- précise ce théologien écologiste.

« L’Amazonie est une terre sans loi, où les grands propriétaires terriens ordonnent l’assassinat des travailleurs et des membres des organisations paysannes qui défendent une production en harmonie avec l’environnement. Depuis l’assassinat de la sœur étasunienne Dorothy Stang en 2005, rien n’a changé, on continue d’assassiner » -souligne l’ex prêtre.

Río se montre comme une ville partagée. Dans l’Ouest brésilien, les activités officielles se poursuivent et les rencontres discrètes entre des diplomates au sein du sommet officiel de Rio+20, alors que dans le Sud de la ville, le sommet des peuples, convoqué par le Forum Social Mondial, cherche des formules pour faire face au capitalisme sans porter atteinte à l’environnement. Dans cette Babel alter globale se mélangent des universitaires d’Argentine, de France et d’Espagne, des communautés d’Afro descendants du Brésil, des indiens colombiens et péruviens et des groupes de défense des droits humains, qui, lors d’un meeting avec une mère de la Place de Mai, Nora Cortiñas, ils ont promis de réaliser, cette semaine, un escrache, qui est une sorte de manifestation qui consiste à dénoncer un répresseur.

Boff regarde sans intérêt ce qui peut arriver au sommet officiel et reste très optimiste sur le Sommet des peuples. «  Nous ne pouvons pas trop espérer  de ce qui va surgir des débats entre les leaders mondiaux à Río+20, nous avons besoin d’un nouveau récit qui au lieu de chercher à rendre optimal l’aspect lucratif de l’économie verte, parte de la vie et de la terre, qui vienne d’en bas, de l’agriculture familiale, des communautés indiennes, de la discussion de la société. »

Tiré de Pagina 12

Traduit par Tania Hernández

 

 

SOURCE / CUBARTE

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