Les Conti, gonflés à bloc, un film de résistance de Philippe Clatot

Publié le par dan29000

 

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 L'année 2009 fut l'année des Conti, l'année de la lutte exemplaire des Continental à Clairoix, dans l'Oise. Là-bas on y fabriquait des pneus, et un jour de mars, les 1120 employés apprirent, par les médias, très élégant, que l'usine fermerait en 2010. Précisons que deux ans auparavant, un accord avait été signé, revenant sur les 35 heures afin de garantir la vie de cette usine jusqu'en 2012 ! Un processus dorénavant hélas assez courant de la part d'un patronat qui ne recule devant rien.

Tout commença alors par une assemblée générale afin d'organiser la résistance, car c'est bien de cela qu'il s'agit. Résister ! Et pour résister il faut être tous ensemble, et aussi avoir un outil de lutte afin d'organiser tout cela dans le temps. Se créa donc un comité de lutte, en plus de l'intersyndicale.

Dès le départ de ce long combat contre des patrons-prédateurs, Philippe Clatot fut à leurs côtés, la caméra à la main. D'ailleurs il fut partout, à la réalisation, à l'image et au montage (avec Franck Lepagnol).

Dès les premières images, un regard attentif peut déceler deux combats dans ce film. Celui devant la caméra, celui des Conti en action, et celui, derrière la caméra, de Philippe Clatot qui batailla durant des mois afin que ce film prenne corps, du tournage au montage, et maintenant à sa promotion en salles et en vente pour les DVD. 

Pour nous ce film est doublement exemplaire. Exemplaire d'abord par ce qu'il montre, des salariés en lutte contre un patron-voyou, comme hélas il en existe de plus en plus depuis que le profit est partout aux commandes. La volonté d'arracher la victoire, et donc de lutter avec acharnement, est bien perceptible dans les nombreuses interventions des ouvriers présents dans le film. 

Bien entendu il y a Xavier Mathieu, avec une présence et une fougue incroyable, sans qui la longue lutte aurait sans doute été moins efficace, même s'il est parfaitement clair que ce fut un vrai combat collectif. La bonne idée fut aussi de ne pas rester confiné dans l'usine, d'en sortir, et de se déplacer en groupe afin de faire du bruit et de montrer que les Conti n'allaient pas se laisser faire comme cela.

Une vraie rage, une saine rage, de celle qui fait plaisir à regarder et à écouter, une rage bien perceptible, bien restituée dans ce film.

Mais il est aussi exemplaire par la manière de faire ce film (lire les explications du réalisateur ci-dessous). Philippe Clatot est venu d'abord venu discuter avec les Conti, leur expliquant sa démarche, venu en voisin. Il n'était financé par personne, donc autonome. C'était bien entendu un risque, faire un film ce n'est pas rien.

Et il a réussi son aventure, qui est celle des Conti. Les uns firent payer leur patron, et l'autre participa à un beau et juste devoir de mémoire.

Alors on ne peut que saluer ces deux belles formes de résistances.

Le film existe en deux versions, l'une "courte" de 2 h 25,  et une longue de 5 h 30. Tout cela est politique, mais tout cela est aussi humain, dans une société capitaliste où le taux de profit mène le monde, et où l'humain n'est plus rien, sauf une variable d'ajustement.

Ce film autoproduit n'est pas dans les circuits habituels, il est vendu "en direct" via le site des "Filmeurs production", il est le témoin d'une des grandes luttes ouvrières de ces dernières années. Alors il faut soutenir cette pratique du documentaire de proximité, hors des sentiers battus du cinéma-marchandise qui se vautre sur nos écrans, des salles obscures aux télévisions.

 

L'esprit de résistance des Conti passe dans le film de Philippe Clatot, il serait dommage de passer à côté de ce film.

On compte sur vous...

 

Dan29000

 

ps/ Il y a aussi un bouquin sur les Conti qui sort en décembre, on vous en parlera aussi...

Au coeur des Conti, Editions du bout de la rue 

 

Les Conti gonflés à bloc

Réalisation et image de Philippe Clatot

Les Filmeurs production

2010 / 2 h 25 / 24 euros 

 

Pour acheter le DVD, il faut aller ICI

A noter que le lien pour acheter le DVD sera présent sur notre page d'accueil durant trois semaines (Brèves+agenda) 

 

EXTRAIT / 6'28

 

 

 

 

 

 

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Philippe Clatot nous a envoyé ces quelques lignes qui illustrent bien son projet, mieux que de longs discours...

 

" C'est un premier film en tant que réalisateur .
Mon métier de base, étant chef opérateur image dans le milieu du documentaire pour différentes chaînes TV depuis une dizaine d'années.
N'ayant pas trouvé de co-production à l'époque et très vite impliqué dans leurs histoires, par mes convictions politiques, mon expérience dans l'image, (cela se passait à 5 km de chez moi), il fallait garder une trace, (ayant comme référence le film sur le conflit de L.I.P entre autres), constituer une mémoire.
Montrer simplement à l'échelle humaine, le désastre des stratégies financières des multi nationales qui gouvernent le monde. Tout cela devient indécent et j'ai voulu tout modestement en être le témoin.
Je ne savais pas ce que j'allais faire, mais je savais surtout, ce que je ne voulais pas faire. Proximité avec les médias, la concurrence locale, j'ai voulu me décaler.
D'être là, juste à côté d'eux et de capter leurs émotions. De me laisser porté par la mienne.
Je savais très bien, ce que comportait d"entreprendre un tel projet sans argent et savais aussi la chance d'avoir la liberté de réaliser, sans prendre en compte les formatages divers et variés de la Télévision.

Le 11 mars 2009, à l'annonce de la fermeture de l'usine, je travaillais et ne pouvais pas me rendre sur les lieux. je suis passé devant deux fois par jour en me disant qu'il fallait que je fasse quelque chose. Le 13, je passais tout la journée sans caméra avec les employés devant l'usine. Je me suis présenté à eux, leurs expliquant l'idée de les suivre au quotidien, et qu'ils verraient le film qu'à la fin du conflit. Contrairement à la couverture ultra médiatique qu'ils voyaient,lisaient et entendaient tout les jours et qui a joué certainement un rôle positif dans ce conflit.
Je tournais le soir même autour du feu les premières réactions de ce grand gâchis humain.
 Commençait l'aventure."
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PRESSE /

 

Philippe Clatot a consacré dix-huit mois à la révolte des Conti. Ce fort en gueule a suivi le boulanger qui amenait le pain aux ouvriers le matin, est monté dans les bus avec eux, les a suivis à Paris, à Sarreguemines… Il s’est fondu dans le décor pour que ces « vraies gens » finissent par oublier sa présence. Son travail, c’était de les suivre.
Intermittent du spectacle, Philippe Clatot a dû se serrer la ceinture. Mais qu’importe. Si c’était à refaire, il le referait. « Heureusement que j’ai été aidé par mes compères de la boîte de prod les Filmeurs Production. Pour la première fois, je me suis mis au montage d’un documentaire. C’était difficile de trier dans les soixante-dix heures de rush. »

Le parisien.fr 

 

 « Je suis parti dans cette aventure sans savoir si j'avais l'argent ou si quelqu'un comme une chaîne de télévision, serait intéressée par mon film. Je voulais en faire un témoignage, comme un devoir de mémoire vis-à-vis de tous ceux qui sont passés devant ma caméra », explique-t-il.
Pour financer son projet, il a lancé une souscription. Quelque 380 personnes ont cru à sa folle aventure et versé les 15 € qui leur donnent droit à un DVD du film. 
« Parmi les donateurs, on retrouve 300 Conti. Les autres sont des personnes extérieures au conflit. Il a même quatre Allemands qui m'ont renvoyé le bulletin de souscription », détaille-t-il.

Le courrier picard 

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