Les derniers grizzlys, un récit lumineux de Rick Bass, chez Gallmeister

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

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"La vie sauvage est une civilisation différente de la nôtre"

HENRY DAVID THOREAU 

 

 

 

 

 

Rick Bass, au fil du temps et des livres commence doucement mais surement à obtenir une belle reconnaissance en France. L'ancien géologue du Montana, aujourd'hui installé à Missoula, la ville devenue célèbre pour sa prodigieuse quantité d'écrivains de talent au mètre carré, est dans la lignée de ces écrivains des grands espaces qu'ici nous aimons depuis longtemps. Jim Harrison dont nous vous parlions le mois dernier, ou encore Thomas Mc Guane, Welch ou Brautigan...

Aujourd'hui avec déjà une vingtaine de titres en français, sa notoriété semble s'élargir. Ce livre était déjà paru une première fois en 1997, sous le titre "Sur la piste des derniers grizzlys", mais n'existait pas en poche. C'est donc une bonne idée des éditions Gallmeister de nous offrir cette version en semi-poche, avec une traduction entièrement révisée. Ajoutons qu'en ces temps favorables à l'écologie, Rick Bass ne peut que toucher un plus large public, car l'écologie est une préoccupation constante dans ses écrits.

 

Nous sommes dans le Colorado où presque tout le monde pense que les grizzlys sont une espèce éteinte dans ces vastes et belles montagnes des San Juan. Mais est-ce la réalité, ou bien...?

Comme toujours dans ces cas-là, il y a une rumeur, du genre de celle où un homme a vu un homme qui aurait vu un gars qui aurait vu un ours !

Alors pourquoi ne pas y aller voir, si l'ours est là, ou pas...

L'auteur décide donc d'enquêter sur le terrain avec Doug Peacock et un ami biologiste Dennis Sizemore.

A la  recherche de l'ours disparu...

Certains prédateurs humains, si tant est qu'ils soient vraiment humains, recherchent l'ours pour le tuer, pour étancher une soif pathologique de sang et affirmer une virilité défaillante. Rien de tout cela dans cette recherche du grizzly, animal fabuleux s'il en est. Alors le trio cherche en parcourant une nature sauvage sublime, il cherche une empreinte de patte, ou bien une trace de griffe sur l'écorce d'un arbre. Et au fil de leurs pérégrinations, plus le grizzly est absent, plus il devient présent dans leurs esprits.

Une absence qui devient alors une présence.

Avec un sens du détail, Rick Bass nous transporte réellement à leurs côtés, le jour la nuit, subissant parfois la dure loi de la nature sauvage et de ses déchaînements, comme un orage ou une tempête.

Assez vite on comprend que ces hommes qui cherchent la bête, se cherchent eux aussi, qu'il y a une quête.

Alors il y a la vie quotidienne, les rencontres avec les animaux,  la confrontation avec cette nature que les hommes oublient à notre époque, il y aussi les bivouacs autour du feu, et les histoires que l'on échange le soir autour d'une bouteille, la fatigue et l'humidité, et les petits matins où les cerfs réveillent le trio.

Une autre vie, back to the roots, seuls au milieu des éléments qui bruissent jour et nuit.

Rick Bass nous avoue que parfois il rêvait des grizzlys, se demandant ce qu'ils faisaient de leurs journées, avec le soleil, avec le vent aussi, avaient-ils eu des oursons. Peut-être.

Et en prime l'auteur nous fait partager ses réflexions intelligentes sur ces animaux. Qui étaient là depuis des milliers d'années, bien avant les hommes, bien avant la civilisation. Et qui prirent la fuite devant les avancées de la civilisation prédatrice.

Alors que faire ? Alors Rick Bass nous dit que pour que cette nature sauvage puisse survivre, pour qu'elle revienne, il faudra que revienne d'abord LE RESPECT.

Divisé en trois parties, le livre peut se lire d'une seule traite si vous savez prendre le temps par une journée neigeuse d'hiver. Il n'en sera que plus marquant. Mais dans tous les cas, il demeurera enfoui dans votre mémoire.

C'est d'ailleurs une constante des livres de cet éditeur. Le meilleur de la littérature américaine, tout simplement.

Assez loin de Rick Bass, on ne peut aussi qu'inciter à lire "Sukkwan Island" de David Vann (lire notre article) qui vient en novembre d'obtenir le Prix Médicis 2010. 

Deux univers très différents, mais un point commun, enfin deux : une haute qualité de littérature, et aussi un éditeur, Gallmeister.

 

 

Dan29000 


Les derniers grizzlys

Rick Bass

Traduit de l'américain par Gérard Meudal

Editions Gallmeister

Collection Totem n°06

2010 / 274 p / 9,20  euros 

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ENTRETIEN / 

 

Entretien avec Rick Bass

Considéré comme le fils spirituel de Jim Harrison, ce jeune écrivain est né à Forth Worth (Texas) en 1958. Il a élu domicile dans les montagnes du Montana, avec sa femme et sa fille, et consacre le temps que lui laisse son activité d'écrivain à la défense de l'environnement. Géologue de formation, il fut prospecteur de pétrole le long du Mississipi avant d'être remarqué dès son premier livre (Oil Notes, Bourgois). Il s'est imposé en quelques années comme un des écrivains américains les plus originaux du moment: " Un jour, j'ai quitté le Sud. J'ai démissionné de mon travail et j'ai filé jusqu'au milieu des montagnes. Je n'en partirai plus "... Sa conquête de l'Ouest est d'ordre littéraire.

Lorsqu'on évoque " l'école du Montana ", est-ce tout bonnement parce que de nombreux écrivains y résident ? Ou pensez-vous qu'on puisse devenir romancier en apprenant à écrire dans un atelier spécialisé, comme on semble le penser aux Etats-Unis ?

Rick Bass : Certains vont dans cette région pour devenir écrivains. Moi, j'y suis allé pour vivre dans la forêt. J'ai découvert la littérature sur le tard, avec Jim Harrison et Thomas McGuane. Un ami libraire, dans le Mississipi, ne cessait de me dire: tu devrais lire ceci, tu devrais lire cela. Légendes d'Automne, de Jim Harrison, a été un choc émotionnel pour moi. Même s'il n'habite pas dans le Montana... Je n'ai pas appris à écrire dans une école. D'ailleurs, pour arrondir mes fins de mois, je pourrais enseigner, mais je n'en ai pas envie. Plutôt que d'école, parlons plutôt de mouvance, de tendance, de communion d'esprit. Génération après génération, les styles changent mais pas le fond. L'amour des grands espaces, la solitude, la beauté de la nature, le ciel... Nous avons le même état d'esprit. Je n'avais jamais lu Jack London ou Henri David Thoreau, avant de me lancer dans l'écriture. Il y a plus de forêts dans le Montana que nulle part ailleurs... Nous ne posons pas la nature autour des personnages, ou les personnages autour de la nature. Personnages et nature ne font qu'un. Quant aux étiquettes, aucun écrivain n'aime être catalogué. C'est une invention de journaliste, pas une stratégie. Je pense pourtant que la meilleure littérature américaine, actuellement, se trouve dans l'Ouest. Je n'apprécie pas trop ce que font les écrivains urbains. Je trouve qu'ils ne s'impliquent pas dans leurs personnages. Nous ne vivons pas dans le même monde.

Vous êtes beaucoup plus connu en France que dans votre pays. Cela vous surprend ?

R. B : (rires) Pas du tout. Je vis dans un grand pays, où il y a beaucoup d'écrivains...et beaucoup de gens qui ne s'intéressent pas à la littérature. C'est intéressant. J'aime l'idée d'être compris par des gens d'une autre culture. Et puis, comme ça, je suis libre. Je n'ai pas un club de fans qui attend mes livres. J'écris sans pression. Je gagne ma vie, sans plus. Je n'ai pas besoin de grand chose pour vivre... Ma maison, dans les bois, l'amour de ma famille. Parfois, je suis obligé d'accepter des petits boulots, je jardine, ou je chasse pour manger. Je devrais donner plus de conférences, mais ça m'ennuie. J'ai été honoré d'être invité au Festival de Saint-Malo. J'ai aimé rencontrer d'autres écrivains avec qui je suis sur la même longueur d'onde. Notamment ceux d'origine indienne. Il y a de grands conteurs chez eux. Notamment des femmes, comme Leslie Marmon Silko.


Lire la suite sur le site de la revue REGARDS 

 

PRESSE /

 

Lire Rick Bass donne une énergie neuve. Réveille un sentiment profondément enfoui d'appartenance à la nature.
LE MATRICULE DES ANGES


Une écriture de cette qualité génère une forme de tranquillité d'esprit.
TIME MAGAZINE

 

[Un livre] à propos des efforts pour trouver quelque chose que nous avons perdu et qui ne peut être apporté que par la solitude, la nature et la présence de créatures plus puissantes et sûres d'elles-mêmes que nous le sommes.
THE WASHINGTON POST

 

Un des écrivains les plus sensibles et intelligents de ce pays.

THE NEW YORK TIMES BOOK REVIEW 

 

 

EXTRAIT /

 


"Les rumeurs sont encourageantes. Elles ressemblent tellement à
celles qui circulaient dans les années 1960 -1970 que la présence de
grizzlys nous paraît quasiment certaine. Un ours avec une grosse bosse
a été aperçu au bord de Jo Jo Creek (la plupart des noms de lieux ont
été changés dans ce livre afin de préserver la tranquillité des grizzlys).
Un pourvoyeur de matériel de chasse a vu ce qu’il pense être des traces
de grizzly – dix à douze pouces de long, avec de grosses griffes – le long
de Blazo Creek, au cours de l’été 1989. On a également signalé des
pas sages le long du col de Wolf Creek. L’année suivante, Tony Povo -
litis, un scientifique expérimenté responsable de la Humane Society, a
découvert une grande empreinte près de Grizzly Creek et l’a
photographiée. Nous faisons circuler la photo entre nous. Prise dans la
neige, la trace semble gigantesque. On voit la marque des griffes sur le
sol. Ce n’est sans doute pas une preuve décisive mais tout de même un
indice prometteur.
Tom Beck est le biologiste qui a dirigé pour la Division de la Faune
et de la Flore du Colorado l’étude de deux ans menée dans le sud des
San Juan à la suite de la rencontre “confirmée” de Wiseman avec un ours.
Quatre trappeurs ont vécu sous la tente de juin à octobre, entre 1980
et 1982 ; ils ont recherché des traces de grizzlys et posé des pièges.
Peacock a les plumes qui se hérissent à cette évocation : il est convaincu
que ces ours ne se laisseront pas piéger ; que tous les ours, particulière -
ment les grizzlys, savent très bien quand ils sont pourchassés.
Beck écrit à propos de cette ancienne expédition : “Il leur est
quelquefois arrivé de piéger un ours, et ils se sont emballés à cause de
sa taille, des taches claires dans son pelage brun et de sa façon de se
tenir comme s’il était bossu, au point d’être prêts à jurer qu’il s’agissait
bien d’un grizzly.” Mais tout ce que les trappeurs ont réussi à piéger
c’était des ours noirs."

 

Pour découvrir le site des éditions Gallmeister, c'est ICI 

 

Et notre article sur le roman de David Vann :

 

Sukkwan island, un premier roman sidérant de David Vann, chez Gallmeister

 

Et si vous êtes vraiment curieux :

 

Une bien étrange attraction, un roman hilarant de Tom Robbins  

 

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