Les jeux de la nuit, une nouvelle réussite de Jim Harrison chez Flammarion

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

jim harrison 

 

Entre la France et Jim Harrison, c'est déjà une longue histoire d'amour. Un vaste lectorat hexagonal soutient cet auteur-culte depuis la publication de Dalva à la fin des eighties. L'ours du Michigan a toujours aimé la France, sa gastronomie, ses vins et sa convivialité. Donc Harrison vient souvent nous voir, de Paris à St Malo pour "Etonnants voyageurs". L'homme des grands espaces dont les ouvrages aux Etats-Unis sont rangés dans la rubrique "Nature writing" est maintenant traduit dans vingt-trois langues.

 

 

 

L'ami de Thomas Mc Guane et de Jack Nicholson a toujours aimé les grands espaces, du Michigan au Montana en passant par le Nouveau Mexique où il déambule souvent.

 

La France et l'Amérique le reconnaissent comme un des écrivains majeurs de notre époque alors que l'homme va bientôt avoir 73 ans et souffre parfois d'une santé déffaillante suite à de nombreux excès. Pourtant l'homme n'arrête jamais d'écrire, de la poésie, des romans, des nouvelles, et même un essai en 2001 "Aventures d'un gourmand vagabond".

Un titre qui pourrait bien le résumer.

Pour ce nouveau livre si attendu, Harrison nous livre trois nouvelles d'une centaine de pages chacune. Trois portraits de solitaires magnifiques.

D'abord Sarah, victime d'une agression sexuelle durant son adolescence. L'envie de vengeance ne passe pas avec le temps. C'est au contraire un fort moteur qui peut structurer une vie, avec toujours en mémoire l'ivrogne-agresseur qui a changé le chemin de sa vie alors qu'elle s'ouvrait aux autres.

Sans doute la plus belle des trois nouvelles.

Puis les fidèles d'Harrison auront plaisir, un grand plaisir à retrouver "Chien brun",  indien célibataire endurci qui est en recherche de l'âme soeur, avec en prime une forte...libido. Au fil du temps et des livres, on a vraiment l'impression de retrouver un pote,  en retrouvant "Chien brun" et c'est un des plaisirs de ce livre.

Moins réussie sans doute, la troisième et dernière nouvelle qui donne son titre au recueil "Les jeux de la nuit". Une variante du mythe du loup-garou. Un gamin ayant voulu sauver un louveteau, se fait mordre. A chaque pleine lune, il sent en lui une étrange force l'envahir, le poussant à divers excès.

Mais l'ensemble est toujours fidèle aux marques de fabrique d'Harrison, depuis un de ses chefs d'oeuvre "Légendes d'automne", hélas massacré au cinéma. Les grands espaces, la nature omniprésente, avec une faune et une flore envahissante au milieu desquels ses personnages tentent, souvent avec difficulté, de survivre,  à la douleur du passé, de la solitude, afin d'atteindre un jour la rédemption recherchée avec plus ou moins de conscience.

Une fois de plus, un des maîtres de la littérature américaine, fait vivre devant nos yeux, trois destins hors du commun, brossant un nouveau portrait de  son Amérique profonde.

Emotion, sensualité et beaucoup d'humanité sont les ingrédients de la réussite de Jim Harrison, écrivain essentiel de la scène littéraire internationale.

 

Dan29000

 

Lire un entretien passionnant avec Jim Harrison pour RUE 89 :

Jim Harrison, une légende littéraire en interview pour RUE 89  

 

Les jeux de la nuit

Jim Harrison

Editions Flammarion

Traduit de l'anglais par Brice Matthieussent

2010 / 336 p / 21 euros 

 

 

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harrisonEXTRAIT / La fille du fermier

 

1983

Entre l'inconfort brutal du début et leur mode de vie quelques années plus tard, ce fut, comme on dit, le jour et la nuit. D'abord, la fin avril n'est pas vraiment le printemps à mille cinq cents mètres d'altitude dans le Montana. Le jour de leur arrivée, il faisait à peine deux degrés à midi, la neige fondue tombait en abondance et des nuages bas venus du sud-ouest envahissaient la vallée. Après la route goudronnée, les huit kilomètres de chemin de terre se réduisaient à un vaste bourbier appelé gumbo, à cause de la neige qui venait de fondre et dont on voyait encore des névés dans les ravines menant aux contreforts des montagnes situées à l'ouest.

Au volant du pick-up qui roulait en position quatre roues motrices, son père faisait grise mine. Ils s'arrêtèrent enfin sur un chemin, près du trou calciné où s'était jadis dressé un ranch. A quelques dizaines de mètres, on voyait de modestes corrals, des toilettes extérieures, un abri ouvert pour les veaux, une petite cabane à outils et un minuscule étang couvert de fléoles des prés mortes et brunes. Au loin, un troupeau d'une cinquantaine d'élans considéraient le pick-up d'un air méfiant.

"C'est quoi, ça ?" demanda Sarah en remarquant des larmes dans les yeux de Peps qui, ce matin-là, avaient pourtant brillé d'espoir.

"Des élans", répondit son père en descendant du véhicule avant de se tourner vers le chemin et le petit canyon où un vieux Studebaker roulait vers eux. C'était sans doute le type qui s'appelait Old Tim et qui avait vendu les cent quatre-vingts arpents à Frank, tout ce qu'il restait d'un ranch familial jadis très étendu et pour l'essentiel cédé à des voisins. A soixante et onze ans, Old Tim était le seul survivant de sa famille. Quand la maison avait brûlé à cause d'un poêle à bois au conduit d'évacuation chauffé au rouge, il avait construit un chalet en rondins un peu plus haut dans le canyon, sur les cinq arpents de la propriété initiale qui lui appartenaient toujours.

Sarah et Peps regardèrent Frank et Tim monter très vite la tente, puis installer un évier sec et un poêle ventru. Il y avait un tuyau qui sortait de terre tout près de la tente, Tim utilisa une clef anglaise pour ouvrir un robinet, puis, plié en deux, il rejoignit la cabane à outils, fit démarrer un générateur Yamaha, et l'eau sortit du tuyau. Frank leur avait dit que Tim avait été à la fois cow-boy et guide de chasse, et qu'il les aiderait à monter la tente pour qu'ils y demeurent jusqu'à ce que le chalet soit construit.

"Ne laisse aucun garçon te toucher avant l'âge de dix-huit ans", déclara Peps pour des raisons inconnues dans le pick-up alors qu'elles regardaient les hommes s'activer.

"Pourquoi ? demanda Sarah.

- Ne fais pas ta maligne.

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PRESSE /

 

Le Magazine Littéraire (septembre 2010)
Ce triptyque [... ] nous rappelle que Jim Harrison reste le conteur nécessaire d'une Amérique si humainement héroïque.


Télérama (25 septembre 2010)
Baignées d'une sourde et belle mélancolie, qui parfois n'échappe pas à une nostalgie un peu morbide, les histoires de l'ogre Harrison font un va-et-vient entre passé et présent, bonheurs et ratages.

 

 "Jim Harrison a endossé ses vieux habits chatoyants de conteur, pour nous offrir de belles leçons d’humanité" Par Philippe Chevilley, dans Les Echos.

 

 "S’il y a une chose que Harrison sait faire, c’est partager avec ses personnages son amour de la sensualité et les faire évoluer dans un monde naturel idéal." The New York Times Book Review 

 

 

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