Les lois sécuritaires de Sarkozy toujours là : Les innocents vont en prison

Publié le par dan29000

En France, les innocents vont en prison


En l'espace de quelques jours, deux condamnations viennent éclairer avec cruauté l'ampleur des dégâts causés par le sarkozysme en matière de santé et de libertés individuelles. Vendredi, la presse titrait, sans susciter aucun commentaire notable:

 

"Un schizophrène condamné à seize ans de prison"


Pourtant, l'énoncé de ce titre en lui-même insupportable aurait été impensable il y a encore quelques années.

Avant Sarkozy, il ne serait venu à l'idée de personne, aussi réactionnaire ou archaïque qu'on puisse l'être, de soutenir dans la même phrase qu'un fou est condamné à de la prison. Un fou, donc un malade mental, depuis l'instauration du Code Pénal, est par définition un irresponsable.

En bon français, peut-être un peu teinté de la sagesse et de l'accent Provençal, le synonyme de "fou" c'est "ravi" ou mieux encore: on disait "l'innocent", et même, avec une majuscule verbale: l’Innocent.  Entendez, le nôtre,  celui du village: laissez-le, il n'y peut rien, c’est un innocent. On dit encore aujourd’hui,  un ravi, un fada. Il ne sait pas ce qu'il fait et il est inutile de lui en vouloir, qui ne comprend pas cela?

On se consolera mal à la veille de Noël, en remarquant que les crèches provençales placeront quand même,  comme depuis des siècles, à côté du bœuf de l'âne et des rois mages, "lou ravi", extatique, qui est un "innocent", oui, au cœur de la foi naïve et pure des enfants à la veillée qui peuvent encore croire que sont" bienheureux les simples d'esprit".

Faut-il ajouter désormais qu'étant un innocent,  il est  inutile mais surtout honteux de punir un fou?

En vain depuis Sarkozy, dans notre pays. Les Baumettes ne sont pas les seuls lieux de Justice où l'air qu'on respire est putride: tout est à rebâtir de fond en comble...

Un autre titre, aujourd'hui même, se détache sur fond de l'incroyable dérapage liberticide sarkozyste en matière de Justice, que la nouvelle majorité semble incapable d'interrompre:

 

"Marseille : la psychiatre d'un patient meurtrier condamnée à un an de prison avec sursis"

 

Nous y voila: puisque le fou est devenu responsable de ses actes, ceux qui sont le mieux placés pour le savoir sont évidemment les psychiatres. Et par conséquent, en laissant un fou libre de circuler, les psychiatres se rendraient responsables des actes de folie commis par les patients qu'ils suivent! Admirons l' enchaînement paralogique que nous valent les salauds et les imbéciles qui se sont disputés la palme ces dix dernières années...

Dans l'émission "Conduite accompagnée" diffusé ce samedi soir, le philosophe Christian Godin et moi n'avons pu que constater les dégâts et la perte de repères qui suivent la disgrâce actuelle de la psychanalyse. Celle-ci demeure pourtant le seul corps de doctrine reposant tout entier sur la défense du Sujet... En perdant la psychanalyse, c'est précisément le Sujet, réifié, objet de traitements, objet de soins, déposé en consigne à son propre domicile et objet de surveillance,   qui est perdu de vue par la psychiatrie. En se résignant au tristement standardisé manuel de traitement  du DSM IV puis V de la psychiatrie militaire étatsunienne, c'est leur clinique que les psychiatres ont laissé à l'abandon. En acceptant de s'adjoindre à un juge, la psychiatrie s'est subordonnée à la Justice, dont ce n'est ni la compétence ni la vocation institutionnelle. Et les psychiatres ont désormais la démonstration qu'ils sont tenus responsables des patients qu'ils ont abandonné à domicile...

Il est de notoriété publique que nombre de malades mentaux sont incarcérés dans les prisons françaises, où il est impossible de les soigner. Ils y sont en danger, pour eux-mêmes comme pour les autres détenus.

Les prisons françaises, plus que jamais, frappent la France d'une marque d'infamie. En y enfermant les malades mentaux, c'est toute la Justice française qui se déshonore, et ce sont les fondements mêmes des valeurs du pays des Droits de l'Homme qui sont bafouées à la face du monde.

On attend avec une inquiétude chaque jour grandissante  l'annonce trop longtemps différée par ce gouvernement et au premier titre par Madame Taubira, de l'annulation de ces lois sarkozystes, iniques et scandaleuses,  et d'un retour à une législation enfin digne de la République Française.

 


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SOURCE / MEDIAPART

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