Les nouveaux visages de l'extrême droite, l'Institut pour la justice

Publié le par dan29000

 

En ce moment l'extrême droite prend de nouveaux visages et de nouvelles pratiques, comme Civitas qui fait la chasse aux amateurs de théâtre, de Paris à Rennes...Mais il y a aussi l'Institut pour la justice. Nous publions ci-dessous un article de Libération paru en 2009 qui demeure d'actualité vu l'actuelle honteuse campagne sur Facebook, menée par un policier ayant perdu son fils... Prochainement on vous parlera des illuminés de CIVITAS qui prient à genoux dans les rues, un cierge à la main...


Dan29000

 

 

 

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Un Institut pour la justice au lobbying très adroit

L’association s’oppose aux aménagements de peine.

Par SONYA FAURE

 

 

Il ne s’embarrasse pas de concept : «Ce qui m’intéresse c’est votre sécurité. Vous êtes une femme et je voudrais que vous puissiez prendre le métro sans risque.» En novembre 2007, la fille de Philippe Schmitt, Anne-Lorraine, a été assassinée à coups de couteau dans un RER. Le père, colonel, catholique pratiquant, a rejoint l’Institut pour la Justice (IPJ), une association de victimes qui revendique 160 000 sympathisants, 45 000 donateurs, 5 permanents, et entreprend un lobbying contre la loi pénitentiaire. Les aménagements de peine que le texte prévoit d’étendre seraient, selon lui, «irresponsables, inconscients».

Pour contrer la loi pénitentiaire, l’Institut pour la justice s’est organisé. Avec une «directrice des relations institutionnelles et de la communication», Françoise de Chabot-Darcy, qui met toute son énergie à prouver le côté modéré de l’association : «Attention, nous trouvons très bien que les détenus aient des conditions de vie dignes ! Sur ce point-là, la loi nous va très bien.» Une carte a été envoyée aux sympathisants les incitant à l’adresser à leur député : «En tant que citoyen responsable, j’attire votre attention sur le fait que la loi pénitentiaire entraînera la libération de dizaines de milliers de délinquants et criminels dans nos rues.» Une page de pub a été achetée en juin dans le Figaro (30 000 euros hors taxe selon l’IPJ) avec en énorme : «Madame La ministre, le laxisme est-il le seul avenir de la justice en France ?» Des rencontres sont organisées avec les cabinets de Michèle Alliot-Marie et de Jean-Marie Bockel, et quelques députés (surtout UMP). L’IPJ doit rencontrer Manuel Valls en octobre et le socialiste André Vallini participera à un colloque à l’Assemblée organisé par l’association.

Des députés de gauche parlent d’une «association d’extrême droite». «Diffamation», répondent les intéressés. Dans le bureau tout neuf de l’IPJ, à Paris, Françoise de Chabot-Darcy s’empresse de lancer à Xavier Bébin, le délégué général : «Toi, tu as même un petit faible pour la gauche moderne !» D’autres rappellent, comme le statisticien des prisons Pierre-Victor Tournier, que la présidente de l’IPJ, Marie-Laure Jacquemond, est liée à deux associations ultra-libérales, SOS Education et les Contribuables associés.

Dans le numéro de juillet-août de Droit et liberté, le bulletin d’information de l’IPJ, on peut lire que la présidente de la deuxième section de la Cour européenne des droits de l’homme est une «fanatique», que le Conseil de l’Europe regroupe 47 pays «supposés» européens comme «la Lettonie», «l’Azerbaïdjan» et «le Monténégro». Et sur les droits des personnes incarcérées :«On aménage aux détenus des appartements pour qu’ils puissent avoir des relations sexuelles avec des personnes de l’extérieur, avec toutes les conséquences ingérables que cela entraîne quand naissent les enfants entièrement à la charge de la société - mais qui ouvrent droit aux prisonniers de sortir encore plus vite.»

Difficile de connaître l’influence réelle de l’IPJ sur le gouvernement et les députés. « Certains députés de droite humanistes ont raidi leur discours, estime Jean-Jacques Urvoas. Ils n’ont pas envie d’apparaître comme des défenseurs d’assassins auprès de leurs électeurs UMP, surtout quand le président s’appelle Nicolas Sarkozy…» Lors de l’audition de Michèle Alliot-Marie devant la commission des lois de l’Assemblée, Michel Hunault, du Nouveau Centre, l’a interpellée : «Que les peines pour crimes sexuels puissent être aménagées ? Je rappelle la dignité des parents de ces jeunes filles qui ont été assassinées après avoir été violées par des récidivistes.» Dans le projet de loi présenté à l’Assemblée, les aménagements de peine ont été rendus impossibles pour les récidivistes.

 

 

Source : Libération, sept 2009

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