Les prisons vont dans le mur, mais tout le monde s'en fout !

Publié le par dan29000

Les prisons dans le mur ? Tout le monde s’en fout

 


Les politiques qui, à l’instar de Sarkozy en 2007, prennent des engagements qu’ils ne tiennent jamais, s’en foutent. Enfin, pas complètement. La grande réforme du système pénitentiaire promise s’est traduite par la création d’une instance indépendante de contrôles des prisons, ainsi que l’institution d’un Contrôleur général des lieux de privation de liberté. Allez, soyons fous ! Ajoutons aussi le vote de la loi pénitentiaire en novembre 2009. Et alors ? Et bien rien. De toute manière le détenu est un pauvre type qui ne vote pas, un déviant qui s’est mis à l’écart lui-même.


Les média soufflant le froid et surtout le chaud attisant bien le buzz, s’en foutent. Le matin, c’est la parole citoyenne responsable et dépassionnée et le soir c’est plein feu et haro sur le dernier crime odieux commis.


Le citoyen, plus conscient que dans le passé des principes républicains qui doivent régir la vie carcérale – soyons justes-, n’en demeure pas moins un partisan de la prison sanction et un vengeur assoiffé lorsque l’abominable se produit. Dans le fond, le citoyen en liberté se fout de la vie carcérale. « Et puis il faut bien se mettre en sécurité. Et puis toute faute mérite châtiment. »


Pourtant les chiffres sont terribles. Plus de 64 700 de nos concitoyens sont parqués tant bien que mal dans 57 268 places.  80 % des délinquants incarcérés, le sont pour de courtes peines de moins d’un an et essentiellement pour des délits attentatoires aux biens mais pas aux personnes. La proportion de crimes n’est que de 0,4 % du million de faits délictueux enregistrés chaque année en France. Le nombre de suicides en prison à doublé en 20 ans. Il présente un taux de suicides (« sursuicidité ») cinq à six fois supérieur à celui de la moyenne nationale. En milieu carcéral, il est l’un des plus élevés d’Europe.


Un casse ou un vol, dont on peut comprendre qu’ils mettent en rage la victime, ne justifieront jamais ces sanctions sacrificielles et irrémédiables offertes sur l’autel de la RGPP, du chiffre à tout prix et du sécuritaire électoral.


La seule réponse concrète pour l’instant réside en les programmes de construction d’établissements pénitentiaires selon les modalités du partenariat public privé (PPP) avec le groupe Eiffage, notamment. Et l’exploitation sans vergogne par des intérêts privés d’une main d’œuvre taillable et corvéable à merci. (http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/22111...)


Insalubrité des prisons, sous-effectifs des surveillants, éducateurs et psychologues, rapports institutionnels et associatifs désastreux sur les « conditions de détention indignes », déshumanisation lisse et clean des nouvelles structures, restent la sinistre réalité des prisons françaises. Le châtiment continue à l’emporter sur la réinsertion dans la plupart des esprits et dans les faits. Or quoi de plus contreproductif que cette option qui enferme des brebis galeuses, au pire des moutons enragés, pour lâcher en fin de peine des fauves qui ont été humiliés, ravalés au rang de bêtes nuisibles et de malfaisants. En bref, des fauves qui ont tout appris des ficelles du crime et qu’une double peine attend avec la « sortie ». Le regard des autres n’est plus jamais le même quand ils savent que quelqu’un a fait de la prison. Des fauves qui doivent ravaler un sale goût de revanche à prendre, sur une société qui ne leur a jamais fait de cadeaux. Des fauves parce que condamnés définitivement et sans espoir d’insertion véritable.


Quand allons-nous enfin sortir de ce moyen-âge de la pensée qui ne s’étonne surtout pas quand toujours plus des mêmes choses s’entêtent à produire toujours plus des mêmes dégâts ? Pas tout de suite sans doute. Car combien de fois ai-je entendu cette superbe sortie pleine de bonne conscience tranquille : « Mais comment leur trouver un travail quand il n’y en a déjà pas pour ceux du dehors ? » Une petite musique qui avec sa fausse candeur touchante dit bien que le taulard est et reste un sous-citoyen.


Véronique Vasseur et Gabriel Mouesca traitent sans tabou de cette question et des solutions alternatives qui existent. "La prison doit changer, la prison va changer" avait-il dit. (Ed. Flammarion)

Source : Mediapart

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