Libérez le féminisme, de Morgane Merteuil, chez l'Editeur

Publié le par dan29000

 

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  Très souvent notre site d'actualités de résistance s'est fait l'écho des luttes des prostituées, en particulier du STRASS (Syndicat du travail sexuel). Alors quand sa porte-parole et secrétaire générale, Morgane Merteuil, sort un livre, nous nous devions de le lire et surtout d'en parler...

 

  D'autant plus que nous partageons globalement son contenu, notamment sur ses critiques du féminisme embourgeoisé, tendance Chiennes de garde ou Ni putes ni soumises (NPNS). Une sorte de féminisme bien-pensant, détenteur du dogme sacro-saint sur ce qu'est une femme libre et sur ce qu'elle doit faire et pas faire pour son bien. Un "politiquement correct" assez insupportable à ceux et celles qui sont encore dotés d'un esprit ouvert.

 

  En cinq chapitres, Morgane Merteuil s'explique avec clarté et conviction.


  Difficile de ne pas reconnaître que le féminisme est actuellement hétérogène et que médias et politiciens depuis quelques années nous saoulent avec Amara ou Alonso, développant leurs grandes théories, nous expliquant ce qu'est le "vrai" féminisme. Les adeptes de NPNS, en fidèles alliées du clan Sarkozy, tentèrent d'inculquer aux "ignorantes" comment les femmes devaient être libres, et surtout ni putes ni voilées ! Sinon, la femme perdait toute dignité ! Bien dans l'air du temps islamophobe et raciste, tendance "stigmatisons, stigmatisons, il en restera bien quelque chose". Idem pour Osez le féminisme, avec cette fois un zeste d'élitiste et un trait d'arrogance, divisant les femmes en deux camps, celles qui ont déjà osé et donc compris, et celles, sans doute un peu demeurées, qui n'osent pas encore... Passons, car le grotesque ne tue plus. Jadis le conformisme était plutôt à droite, on voit qu'aujourd'hui il se porte bien au-delà des clivages politiques.


  Autre mise au point salutaire de Morgane Merteuil, les idées reçues sur la prostitution, le silence obligé des putes, les clients, le fric, le viol et aussi le consentement. Avec une belle lucidité et un certain sens de la provocation positive, l'auteur se demande et donc demande à ses lecteurs, si le sexe gratuit existe ou si les féministes abolitionnistes ne seraient pas complices d'un certain patriarcat ambiant ?


  De bonnes questions.


  Avant une trop brève conclusion sur le STRASS (Un livre serait utile sur ce syndicat, un livre dans la lignée de LUTTES XXX), un dernier chapitre particulièrement constructif intitulé : Pour un féminisme réaliste et inclusif, qui pourrait se résumer par : "Pute si je veux, soumise quand je veux".


  Les luttes pour l'avortement, la contraception, la libre disposition de son corps, ne doivent pas être laissées aux seules féministes médiatiques de droite ou de gauche. Ce petit bouquin, petit par la taille, mais ambitieux par son contenu, permet de faire le point, une vraie et saine désintoxication face aux idéologies dominantes actuelles. Donc un geste de résistance qui ne peut que nous réjouir.


  A lire et faire lire pour ne plus être conditionné par les discours dominants sur cette question.


 

Dan29000


 

 

Libérez le féminisme !

Morgane Merteuil

Collection Idées et Controverses

L'éditeur

2012 / 144 p / 13 euros

 

Voir le site de l'éditeur

 

Lire aussi l'article de Peggy Sastre.

 

 

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EXTRAIT :

 

"J'ai découvert que partout, dans le monde, nous sommes des milliers, voire des dizaines de milliers, à nous battre, non seulement en tant que putes, mais aussi en tant qu’êtres humains ayant une certaine conception du féminisme. Nous avons une véritable soif de liberté, et aspirons à faire exploser les différentes oppressions que la « norme » impose à celles et ceux qui s'en éloignent. On ne décide pas toujours d'être différent, on ne choisit pas d'être gouine, pédé, bi, trans'. Et même si on décide d’être pute ou salope, cela implique d’entretenir un rapport particulier à son propore corps et à son sexe sexe. Et parce
que nous sommes pédé, gouine, bi, trans’, salope ou pute, on doit se battre pour le simple droit d'exister aussi en tant que tels.
Aujourd’hui, un certain féminisme milite pour un rapport au sexe normalisé à vocation universelle, considérant que ceux qui vivent différemment ne sont que des déviants et doivent donc être aidés, car leur particularité ne saurait être qu'une une douloureuse soumission au patriarcat. Face à cette offensive virulente, à vocation totalitaire, il est nécessaire de réaffirmer avec force qu’il existe une multitude de
façons de vivre, de penser, d’agir et de pratiquer la sexualité ( tant qu’elle ne porte pas atteinte à autrui) et qu’il convient de défendre ces différences, justement au nom du féminisme, c’est à dire d’un féminisme enfin libre."


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