Liberté sur le net : les réseaux de la résistance s'organisent

Publié le par dan29000

Les réseaux de la résistance

par Marie Lechner

 

Les Freedom Towers comportent modem, routeur et radio.

 

La guerre pour le contrôle d’Internet se durcit. Dans ce western moderne, on a d’un côté les gouvernements travaillés au corps par les industries culturelles et ayants droit qui sortent l’artillerie lourde afin d’accroître la surveillance du Net à grand renfort de lois (Acta, Sopa, Pipa, Hadopi, Loppsi…) et, de l’autre, la guérilla des hackers, Zorros des libertés numériques.

Pour l’instant, le champ de bataille se déploie sur le réseau internet existant, qu’il s’agisse d’actions symboliques, tel le Sopa Blackout Day qui a vu, le 18 janvier, une partie du Web américain se draper de noir, ou plus virulentes avec les escarmouches ciblées en ligne des Anonymous. « Plus les gouvernements tenteront de réguler Internet, et plus les gens vont essayer de construire un Internet impossible à censurer, à filtrer et à bloquer », estime Jeff Moss, fondateur du mythique congrès de hackers Defcon cité par le magazine Vanity Fair dans « World War 3.0 ».

 

 

De fait, les projets pour bâtir un Internet bis se sont multipliés ces derniers mois. Comme celui porté par la Free Network Foundation, objet d’un documentaire réalisé par Motherboard, le magazine connecté. Une initiative qui vise à revenir aux fondements du Net, à la communication de pair à pair, en libérant Internet de l’interférence des industries et des gouvernements.

 

 

On suit son cofondateur, l’hirsute Isaac Wilder, 21 ans, venu de Kansas City prêter main-forte aux énervés d’Occupy Wall Street et planter ses « Freedom Towers » dans le parc Zuccotti, à Manhattan. Ces tours, qui comportent modem, routeur et radio, ont permis aux protestataires de Los Angeles, d’Austin ou de New York de communiquer directement les uns avec les autres en utilisant une vieille idée, celle du réseau maillé (mesh). Via cette « radio pirate internet », la Free Network Foundation espère revenir à un Internet décentralisé et distribué.

De l’autre côté de l’Atlantique, The Pirate Bay, le site de partage de torrents, dans le collimateur des autorités suédoises, étudie la possibilité de déplacer ses serveurs dans le ciel en les délocalisant sur… des drones. Le think tank britannique Tomorrow’s Thoughts Today travaille à la mise au point d’un Internet pirate nomade, constitué d’une flottille de drones capable de transmettre des signaux jusqu’à 300 mètres alentour et de partager localement des fichiers dans les zones soumises à la censure.

 

 

Cette sorte de « Napster aérien » n’est rien comparée à l’ambitieux projet du Chaos Computer Club, le puissant groupe de hackers allemands, qui veut bâtir un système de communication alternatif, indépendant des Etats, en lançant ses propres satellites. Le projet Hackerspace Global Grid consiste en un réseau de petites stations terrestres peu coûteuses (environ 100 euros), financées par des particuliers, qui trianguleraient des satellites à basse orbite et se serviraient d’eux pour échanger des données.

Derrière cette floraison de « réseaux de résistance » do it yourself s’exprime une utopie déçue, celle d’un Internet libre, ouvert, émancipateur, non marchand, tel qu’imaginé par ses fondateurs. Tous ces projets de contournement plus ou moins réalisables souhaitent renouer avec cette vision idyllique, au prix d’efforts et de moyens considérables. Ce qui fait dire à certains qu’au lieu de s’exténuer à créer un Internet parallèle, et apporter une réponse technique à un problème politique, mieux vaudrait se battre sur le terrain des idées et, donc, investir le débat public. Le récent succès du Parti pirate aux élections régionales dans la Sarre, en Allemagne, est de ce point de vue plutôt de bon augure.

 

Paru dans Libération du 7 avril 2012

 

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