Libye : vers les derniers jours de l'insurrection à Benghazy

Publié le par dan29000

 

 

 

 

Les insurgés libyens en pleine débâcle

De notre envoyé spécial en Libye

Retranchée à Benghazi, l’armée rebelle masque mal son inquiétude face à la progression des troupes de Kadhafi, en passe de prendre le contrôle de la ville stratégique d’Ajdabiya.


Par CHRISTOPHE AYAD Envoyé spécial à Benghazi

 

 

Les mauvaises nouvelles s’accumulent avec une rapidité affolante pour les insurgés libyens retranchés à Benghazi, capitale de la «Libye libre», qui attend désormais d’être assiégée. Les forces du colonel Kadhafi ont en effet attaqué hier Ajdabiya, la première ville de Cyrénaïque en venant de l’ouest et un nœud routier stratégique. En début d’après-midi, d’intenses bombardements ont obligé les combattants installés à l’entrée ouest d’Ajdabiya à décamper. Parallèlement, des tirs d’armes légères ont été entendus à l’est de l’agglomération. Ils seraient le fait de troupes gouvernementales débarquées par la mer, à 5 kilomètres de là, selon Soliman Mahmoud Soliman, le chef des opérations de l’armée rebelle. Si cette information est confirmée, il s’agirait d’une manœuvre particulièrement audacieuse permettant de prendre en étau cette ville de 130 000 habitants. La majorité des combattants et des civils se sont repliés vers Benghazi, mais quelques insurgés sont restés en ville avec la ferme intention de se battre.

«Temps». «Oui, Kadhafi a attaqué Ajdabiya, a réagi hier Mustafa Gheriani, porte-parole du Conseil national de transition. Mais il ne tient pas la ville et cela risque de lui prendre du temps, vu le nombre de combattants là-bas et le temps qu’il a mis à reprendre pied à Zaouia ou Zouara [villes de l’ouest libyen violemment réprimées, ndlr] alors que la population là-bas était beaucoup moins armée qu’ici. Il ne suffit pas d’attaquer les villes qui se sont soulevées, encore faut-il les tenir.» Ajdabiya n’est qu’à 160 km au sud de Benghazi, sans plus rien pour arrêter les troupes. Et de cette ville part aussi une autoroute qui traverse le désert en diagonale jusqu’à Tobrouk, à moins de 100 km de la frontière égyptienne. Gheriani ne croit pas plus à une rapide reprise de la zone frontalière : «Il lui faut parcourir 500 km à découvert et allonger démesurément sa ligne logistique.»

Dans la guerre de propagande à laquelle se livrent les deux capitales concurrentes, Tripoli et Benghazi, les insurgés ont annoncé avoir fait décoller un avion qui aurait réussi à couler, hier matin, deux navires utilisés par Kadhafi pour des opérations militaires. Une information fantaisiste démentie par un autre membre du Conseil national de transition. De même, les insurgés laissent entendre qu’ils sont en train d’acquérir les armes qui leur font défaut. Quelles armes, venant d’où ? Motus et bouche cousue. A mesure que les troupes de Kadhafi approchent, les informations les plus folles et contradictoires circulent à Benghazi, souvent diffusées par les dirigeants de l’insurrection. Hier soir, des rumeurs de démission de plusieurs membres du Conseil circulaient. Une foule se pressait devant le tribunal, siège du Conseil national et de la révolution, pour venir aux nouvelles et participer à la prière.

Malgré rodomontades et déclarations rassurantes, la direction de l’insurrection masque de plus en plus mal son inquiétude. La succession des défaites a entraîné une reprise en main des opérations militaires - jusque-là dirigées par Omar al-Hariri, un militaire à la retraite emprisonné pendant dix-huit ans - par Abdelfatah Younès, ministre de l’Intérieur de Kadhafi passé à la révolution. Sans effet manifeste. Face aux avions, à l’artillerie et aux tanks de Kadhafi, l’insurrection manque de tout, mais surtout d’hommes d’expérience. Or, nombre de militaires des zones insurgées restent dans leurs casernes, en attendant de voir qui va prendre le dessus. Tarik Jihani, un officier d’aviation rencontré à Benghazi, nous expliquait : «Nous avions des armes lourdes, mais quand nous sommes retournés dans les casernes, après les émeutes, nous avons découvert que les civils avaient tout pillé. Ils ne savent pas s’en servir et quand on le leur dit, ils s’énervent.» D’après lui, la brigade 32, dirigée par Khamis Kadhafi, l’un des fils du Guide, dispose de missiles anti-aériens français de type Crotale, achetés l’an passé. En cas d’imposition d’une zone d’exclusion aérienne, c’est une information embêtante…

Insuffisante. Mais de toute façon, les dirigeants de l’insurrection croient de moins en moins à l’adoption de cette mesure, qu’ils jugent aujourd’hui insuffisante. «Sans bombardements aériens ciblés sur le dispositif militaire de Kadhafi, nous sommes cuits, soupire Tarik Jihani. Kadhafi ne nous pardonnera pas ce que nous avons fait. Il va nous massacrer. Les gens préfèrent se jeter dans la mer que subir sa férule.» Il se souvient qu’en 1977, quand il avait 9 ans, un opposant baasiste accusé de tentative de coup d’Etat est resté pendu une journée sur la place principale de Benghazi.

 

Source : LIBERATION

 

Publié dans Monde arabe - Israël

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