LOPPSI 2, on en veut pas : un projet de loi nuisible et inutile

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

 

loppsi 2FAI
Loppsi 2 : « un projet de loi nuisible et inutile »

par Christophe Auffray, ZDNet France.

 

 


Sécurité - L’efficacité du filtrage des sites dont l’orchestration est confiée à une autorité administrative est battue en brèche. Les résultats d’expérimentations en Australie, en Allemagne et au Royaume-Uni démontent les arguments du gouvernement en soulignant les dérives et le peu d’efficacité du filtrage.

Les syndicats de la magistrature ne sont visiblement pas seuls à s'élever contre le projet de loi Loppsi 2 porté par le ministère de l'intérieur. Syndicats des télécoms et industriels du secteur ont eux aussi émis des critiques.

L'agitation sécuritaire du gouvernement, si elle peut amadouer (un temps) l'électorat, n'est pas du goût des professionnels des réseaux et des services en ligne. La disposition qui fâche : le filtrage des sites Internet au nom de la lutte contre la pédopornographie.

Des sites abusivement classés en liste noire en Australie

Les expérimentations et les mises en oeuvre du filtrage dans différents Etats ont déjà apporté la preuve de ses limites, mais aussi de ses possibles dérives. Sur son blog Cercle de réflexion télécoms & média, la CFE-CGC/Unsa ne mâche pas ses mots et qualifie l'examen de la Loppsi 2 de « festival d'incompétence. »

Si le filtrage est techniquement réaliste, son efficacité et les dérives qui en découlent sont elles occultées par le ministère de l'Intérieur. « Filtrer le Web? L'Australie l'a fait. Résultat : des milliers de sites en aucune façon pédophiles ont été abusivement rangés dans les listes noires et rendus inaccessibles » s'emporte la CFE-CGC/Unsa.

Mais l'Australie n'est pas un cas isolé. L'Express rappelle ainsi les conséquences du filtrage demandé en décembre 2008 par l'Internet Watch Foundation, l'organisme britannique en charge de la lutte contre la diffusion d'images pédopornographiques.

Wikipedia bloqué après un excès de zèle de l'Internet Watch Foundation

Celui avait adressé une requête aux FAI afin de bloquer l'accès, sur Wikipedia, à la pochette de l'album "Virgin Killers", du groupe Scorpions. Conséquence : un surblocage, un effet de bord souvent cité par les FAI, de l'encyclopédie en ligne, inaccessible aux internautes anglais durant 48 heures.

En 2008 toujours, L'opérateur Pakistan Telecom avait lui tenté d'interdire l'accès dans le pays à la plate-forme YouTube via une intervention sur le protocole de routage BGP, provoquant l'inaccessibilité du site de vidéo en dehors de ses frontières numériques.

L'Allemagne à elle fait machine arrière après des tests non concluants. Parmi la liste noire de 8000 sites de la police, 110 contenaient effectivement des images pédopornographiques. Ces sites avaient été listés sans contrôle par l'autorité judiciaire, comme le propose la Loppsi 2. Après notification des hébergeurs (y compris à l'étranger), 93% des contenus avaient été retirés.

Le filtrage comme ultime recours après des tentatives de retrait à la source

Le traitement à la source permettrait donc à la fois efficacité et réactivité. « La cyber-criminalité se combat à sa source. Sa réelle disparition du Web ne peut provenir que de sa destruction à la racine. En l'état, voter la Loppsi2, c'est comme jeter une couverture sur un brasier: une illusion temporaire » prône ainsi la CFE-CGC/Unsa, qui dénonce un effet d'affichage de l'UMP.

Et le syndicat partage cette position sur le retrait à la source avec d'autres acteurs. L'AFA, l'association des fournisseurs d'accès, estime que le blocage doit être l'ultime recours. Elle rappelle par ailleurs qu'elle lutte depuis 1998 contre les sites pédo-pornographiques en aidant à leur retrait à la source via www.pointdecontact.net.

La fédération française des télécoms et l'Asic, l'association des services en ligne, ont toutes deux adopté des positions critiques. L'Asic soutient ainsi la validation de la liste noire de sites par l'autorité judiciaire. Mais le gouvernement, et désormais le sénat, ont confié ce pouvoir à une autorité administrative.

Dans les rangs mêmes des fonctionnaires chargés de la lutte contre la pornographie enfantine, le filtrage ne fait pas l'unanimité. L'officier de gendarmerie Hervé Recoupe a notamment contribué à un ouvrage contestant la possibilité de filtrer le Web.


Publié dans écrans

Commenter cet article