Lot, Bégoux : des socialistes aimant le béton, abattant des arbres centenaires

Publié le par dan29000

Vive le bitume, mort aux arbres, triste épilogue


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 Avant


« Gouverner, c'est prévoir», dit le proverbe.


Pas pour nos politiques. Pour les élus socialistes du Lot – comme pour ceux qui siègent au national, d'ailleurs - , gouverner, c'est seulement gérer au quotidien. Au cas par cas. Sans programme, sans projet d'avenir, sans imagination, sans idéal. A courte vue, selon le bon vieux précepte du « moins disant ».


J'ai écrit cet article pour le journal local Le Lot en action, qui sort aujourd'hui en kiosques :


Comme vous le savez peut-être, les platanes de Bégoux sont promis à un prochain abattage « sur décision de nos élus », après une seule réunion de riverains, le 8 mars dernier, où cent personnes étaient présentes sur les deux mille que compte le quartier … « Pour des raisons de sécurité ».

Comme le disait Victor Hugo, il y a si longtemps, que sans doute l'avons nous oublié : « Il y a deux choses s’agissant du patrimoine, son usage et sa beauté; son usage appartient à son propriétaire, sa beauté à tout le monde; c'est donc dépasser son droit que le détruire... »

Car oui, ces 36 platanes de Bégoux n'appartiennent à personne, ou plutôt, ils appartiennent à tout le monde.

Car les plantations d'arbres le long des routes ne datent pas d'hier : en France, l'ordonnance du roi Henri II, en 1552, enjoint aux "seigneurs hauts-justiciers et tous manants et habitants des villages et paroisses" de planter le plus d'arbres possible le long des grands chemins publics.

Pour fournir du bois, produire du fourrage pour le bétail ou encore des fruits. Pour assécher et stabiliser les voies et les accotements. Pour éviter que les propriétaires riverains n'empiètent sur le domaine public. Pour abriter les voyageurs du vent ou du soleil. Mais aussi pour les guider dans les nuits obscures ou par temps de neige, en délimitant le tracé de la route.

Et c'est bête, mais vrai, il y avait un autre « critère » pris en compte par les ingénieurs des anciens Ponts et Chaussées : l'esthétique … En 1812, le secrétaire général de la direction générale de cette noble institution, un dénommé Courtin, rappelait ainsi « qu'aux moyens de conservation des routes, on a voulu aussi ajouter ceux d'embellissement. » En 1970, le directeur, Michel Fève, écrit : « ces plantations, généralement réalisées sous la forme d'alignements, enserraient nos routes sous une voûte de verdure, conférant à notre réseau une image de marque rayonnant jusqu'à l'étranger ». Les routes, comme vitrines de nos territoires... Les arbres, poumons verts de nos villes, architecture vivante, colonnades à l'antique, et disons-le, cathédrales végétales... Ambiance lumineuse, toute particulière et changeante au gré des heures et des saisons.

Autres temps, autres mœurs...

En 1900, la France comptait trois millions d'arbres le long de ses routes, soit près des 2/3 des emplacements susceptibles d'être plantés. Depuis cette date, nos bords de route ont perdu entre 80 et 90 % de leur patrimoine. Chaque année, abattages, mauvais traitements et pratiques inadaptées, maladies, vieillissement et absence de plantations se conjuguent pour entamer un peu plus ce qui reste de notre patrimoine... La raison principale de ces disparitions, nous la connaissons : l'alibi de la sécurité routière.

Pourtant, un lotois célèbre, Président de son état, M. Georges Pompidou, s'était élevé dans les années 70 contre ces abattages, déplorant "que l'abattage des arbres le long des routes devienne systématique sous prétexte de sécurité". Il savait de quoi il parlait : il était né ici.

Car les chiffres montrent qu'il n’y a pas de corrélation entre les indicateurs de sécurité routière et la densité d’arbres d’alignement d'une région. La suppression des arbres ne fait que déplacer le risque : d'autres obstacles ne sont pas prêts à être éliminés, les murets de pierre sèche, nombreux chez nous, les maisons construites au bord des routes, et … les autres usagers. Par exemple.

Chacun de nous adapte sa conduite en fonction de sa perception du danger. Et comme toutes les mesures qui ne s'appuient pas sur l'éducation et la responsabilité individuelle de chacun, abattre les arbres ne sert à rien. A ce compte-là, supprimons les piscines, parce que malgré les barrières, des enfants continuent de s'y noyer chaque année. Ça s'appelle un accident.

Le plus étonnant, c'est que les alignements d'arbres jouent, en fait, un rôle positif en matière de sécurité routière, qu'il s'agisse du guidage, de la perception de la vitesse ou de la lisibilité de la route. Une étude vient d'ailleurs de le démontrer en Grande Bretagne, où du coup, on replante des arbres... En Allemagne, dans le Mecklembourg, entre 1991 et 2007, le nombre de tués a été divisé par quatre, non en arrachant les arbres, mais en agissant sur les comportements, en plantant des arbres, et en préservant ceux qui existaient déjà.

Et nous, pendant ce temps ? Nos élus fantasment sur le risque que poseraient les arbres. Curieusement, fossés, talus, parois rocheuses, pourtant associés à un plus grand nombre de blessés graves, ne suscitent pas le même émoi...

Et en 2007, un audit sur les politiques locales de sécurité routière indiquait que « les obstacles latéraux peuvent, contrairement aux idées reçues, jouer un rôle visuel de régulateur et de modération pour la vitesse. »

Toujours selon cette étude, nos arbres peuvent aussi rapporter gros. Parfaitement. A l’heure où la France et les régions vont définir leur « trame verte et bleue », conformément à la loi "Grenelle 2", les allées d'arbres sont des éléments essentiels à préserver. Car ces arbres entraînent un abaissement de température entre 4°C et 10° C en période de canicule, ils précipitent les poussières, réduisent les concentrations en CO2, en ozone et en PCB, et dégagent de l'oxygène. Ces effets sont à mettre en regard du nombre de décès prématurés dus aux poussières, bien plus élevés que ceux dus à la route... sachant que le coût de la mortalité due à la pollution liée au trafic routier se compte en milliards d’euros chaque année, rien que pour la France ...

Et avec ces allées d'arbres, on dispose aussi de barèmes reconnus - notamment par les assureurs - de l'arboriculture ornementale. Ainsi, comme l'indique le rapport, la valeur repère pour un alignement d'arbres adultes, espacés en moyenne de 12 mètres, est de l'ordre de 1 million d'euros au km. Cette valeur patrimoniale devrait logiquement figurer dans les comptabilités publiques. Elle rend visible la richesse du patrimoine aux yeux de tous, citoyens et décideurs, et permet, le cas échéant, des arbitrages budgétaires à bon escient.

Le maintien d'un patrimoine de cette valeur peut-il dépendre du seul bon vouloir, de la culture et de l'engagement de gestionnaires ou d'élus dont les mandats sont sans commune mesure avec la durée de vie des arbres qui le constituent? Cet avenir peut-il se jouer au gré de pressions diverses, lorsqu'on sait qu'un arbre ne se reconstruit pas, contrairement au patrimoine de pierre ?

Outre l'alibi de la sécurité routière, nos élus ont trouvé d'autres arguments : les arbres seraient malades, l'un d'eux est d'ailleurs tombé l'an dernier, à la suite d'un coup de vent. Oubliant de préciser que ces arbres ne sont plus ni soignés, ni élagués depuis plus de dix ans, leur haute futaie offrant ainsi plus de prise au vent. Priorité étant donnée aux arbres du Bd Gambetta, dans notre bonne ville de Cahors, abattre 36 platanes centenaires à Bégoux, c'est toujours ça d'entretien en moins. Vive le bitume, mort aux arbres.

Une députée allemande résumait l'enjeu ainsi : "la sécurité routière peut être assurée sur les routes bordées d'arbres si tous les usagers de la route se comportent de manière responsable. L'utiliser comme argument contre les alignements d'arbres serait un signe de manque d'imagination et d'impuissance". Nous saurons bientôt si nos élus ont de l'imagination.

Et donc, l'info est "tombée" hier soir : nos platanes centenaires de Bégoux seront abattus lundi 10 septembre 2012, à partir de 10 heures. Évidemment, les militants associatifs seront là : l'ASPAS, Lot nature, le GADEL, et tous ceux qui auraient bien aimé qu'on trouve d'autres solutions.

Cette fois, c'est confirmé : les élus socialistes du Lot n'ont pas d'imagination. Ils pensent comme les précédents, que "l'écologie, ça commence à bien faire". Ils gèrent.

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Après

Je remercie Chantal Pradines, ingénieur de l'École Centrale de Paris, expert du Conseil de l’Europe, membre de l'association Arbres et Routes , pour son aide : les éléments qu'elle m'a transmis ont été précieux pour la rédaction de cet article.

 

 

SOURCE / MEDIAPART

Publié dans environnement

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