Louisiane : James Lee Burke : "Obama n'a rien compris"

Publié le par dan29000

James Lee Burke : « Obama n'a rien compris à la marée noire »
Par Hubert Artus


James Lee Burke est un écrivain essentiel du roman noir US. Auteur, entre autres, du roman « Dans la brume électrique », adapté par Tavernier, il redonne voix à la Louisiane « d'avant » (Katrina) dans un recueil de nouvelles qui vient de paraître. Il réagit ici, pour Rue89, au drame actuel. Et se montre sceptique envers Barack Obama.

« Dans la brume électrique avec les morts confédérés », « Prisonniers du ciel » », « La Pluie de néon », « Black cherry blues », « Une tâche sur l'éternité », ou plus récemment « Hearthwood », « Bitterroot », et la toute nouvelle « Descente du Pégase » : James Lee Burke, ce sont des titres lumineux.

Vous avez pu voir son personnage phare, Dave Robicheaux, sous les traits de Tommy Lee Jones dans le film de Bertrand Tavernier, « Dans la brume électrique », ou encore sous ceux -bien différents- d'Alec Baldwin dans l'adaptation de « Prisonniers du ciel » de Phil Joanou (1996).
Au rythme d'un roman par an, Burke le métronome

Robicheaux, ce personnage apparu en 1986, est un lieutenant de police démissionnaire (il ne supporte pas la corruption chez les flics), vétéran du Vietnam déglingué par la bibine, privé classique du roman noir yankee. Quelque chose à voir avec son auteur, qui a dû attendre des années avant de publier, et vingt avant de connaître un léger succès.

James Lee Burke est aujourd'hui considéré comme le Faulkner du roman noir. Un des plus beaux poètes du bayou. Un ange du « deep South ». Ses histoires se déroulent en Louisiane, le pays où il vit depuis toujours, bien qu'il soit né au Texas et qu'il passe désormais une partie de son temps dans le Montana.

Septuagénaire hyper-productif, Burke livre à peu près un roman par an à ses éditeurs. « La Descente du Pégase », dernier épisode de Robicheaux traduit en France, qui vient de paraître, date de 2006. Depuis, il en a écrit deux autres.
Découverte : un recueil de nouvelles

En même temps que ce dernier opus, les éditions Rivages font paraître un recueil de nouvelles somptueux : « Jésus prend la mer ».

On connaît peu James Lee Burke dans ce format. Une fois le recueil achevé, on a l'impression d'avoir assisté à une kermesse mémorielle.

Neuf nouvelles, écrites entre les années 90 et 2007. Certaines ont été écrites après l'ouragan Katrina et donnent la mesure de la colère éprouvée par Burke.

La nouvelle qui donne son titre au recueil est une sublime vision apocalyptique de la Nouvelle-Orléans avant et après l'ouragan, emplie de visions fantomatiques et terrifiantes.

Certaines nouvelles ont des accents autobiographiques (les fifties au Texas ou en Louisiane), les autres parlent du blues et du rock, d'autres encore racontent la vie d'ouvriers sur les plates-formes pétrolières (métier qu'a exercé Burke), de gangs de motards, du quotidien des prospecteurs de pétrole, de la classe ouvrière, d'une génération tombée dans la came ou scotchée au Vietnam.

D'outre-Atlantique (Burke ne prend jamais l'avion), l'auteur nous a répondus par mail.


Cinq ans après Katrina, la Louisiane vit une nouvelle tragédie. Quelle a été votre première réaction quand est survenu ce nouveau drame ?

La Louisiane EST une tragédie. Je l'ai dit de nombreuses fois, depuis des années et des années. La Louisiane est assassinée. C'est une terre de sacrifices, un pays au cœur d'un environnement terrible. Toutes les zones marécageuses de la Louisiane ont été polluées de façon probablement irréversible cette fois. Tous les paysages du bayou. C'est là un processus qui a pris des décennies dans sa fabrication.

Les compagnies de pétrole ont taillé 10 000 miles [17 000 km, ndlr] de canaux dans les marais d'eau douce. Ces canaux servent de conduits pour la bourbe pétrolière, qui se lave maintenant à terre sur la côte de la Louisiane.

Je pense que ces gens ont induit tout le monde en erreur. La déclaration, par un PDG de BP, que la nappe de pétrole aura un « impact très modeste » est absolument dégoûtante. Quand tout sera fini, les marécages de la Louisiane seront probablement détruits. Il faudra plusieurs générations pour les réhabiliter. Je peux à peine en parler.

On a l'impression d'un Etat abandonné depuis des lustres par le pouvoir central…

Pendant et après Katrina, Bush a complètement abandonné la Nouvelle-Orléans. Obama, lui, veut le bien des gens, certes, mais sa réponse à la fuite pétrolière BP est une énorme déception. Il n'a rien compris à la dimension du problème. Il a tenu trop peu de conférences de presse et a permis à la direction de BP de devenir la principale source d'informations sur la fuite et ses conséquences ! Il n'a pas saisi la gravité de l'accident.

Je ne comprends pas l'attitude cavalière que beaucoup de gens ont envers cette pollution dand le golfe du Mexique : c'est peut-être la pire contamination des océans que le monde a jamais vu.

Que va devenir l'Amérique avec Obama, selon vous ?

Son élection a démontré au monde entier que nous sommes toujours le pays de Thomas Jefferson et Abraham Lincoln. Cependant, la fuite pétrolière et sa réaction au drame rendent sa réélection problématique. Si les Républicains choisissent un candidat modéré et prennent de la distance avec Mme Palin, avec les nativistes et autres fondamentalistes qui fréquentent le Tea Party, alors le mandat d'Obama pourrait devenir un « one-shot » [coup d'une fois, ndlr].

Dans la mythologie moderne, le Grand Ouest américain est la contrée des nouveaux départs. Qu'est-ce qui différencie la mythologie du Grand Ouest de celle du « deep South » ?

L'Ouest est égalitaire. Le Sud ne l'a jamais été. L'Ouest américain est une terre d'espoir, une terre de vision(s). Cependant, les forces pernicieuses que rencontre Robicheaux en Louisiane se croisent aussi à l'Ouest…

Source : RUE 89


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