Luttes-ô-Flon, une reconversion urbaine lausannoise mouvementée, Urs Zuppinger, éditions d'en bas

Publié le par dan29000

 

 

Flon

 

 

 

 

 

 

 

 

  Alors que deux luttes importantes sur l'aménagement du territoire se déroulent depuis quelques années, en France (contre le projet d'un futur aéroport près de Nantes à Notre Dame des Landes) et en Italie, dans le val de Sousa (contre le projet du train à grande vitesse entre Lyon et Turin), il nous semble intéressant de revenir sur un livre traitant d'une vaste reconversion urbaine qui donna lieu à de fortes résistances à Lausanne, dans le quartier du Flon, durant trois décennies.

 

  Le premier intérêt de ce livre-dossier est qu'il est basé sur une abondante documentation possédée par les auteurs. Ils furent en effet parmi ceux restés le plus longtemps sur ce front. De plus, de nombreux témoins du Flon alternatif sont toujours vivants et purent ainsi être rencontrés par les auteurs. Une longue résistance de seize ans, faite de bagarres entre les autorités, le propriétaire de la plateforme, les locataires, les usagers ou encore les acteurs économiques de Lausanne. Il est bien évidemment hors de question dans le cadre de cet article d'esquisser toute cette longue et passionnante histoire.


  Ce quartier, depuis sa création à la fin du XIXe siècle, fut d'abord un endroit de travail et de stockage où s'effectuait la manutention de marchandises acheminées par le train. Durant des dizaines d'années, nombreuses furent les batailles politiques lors de multiples projets de réaménagement sans aboutissement. Puis l'endroit devint une friche industrielle en plein cœur d'une des villes les plus dynamiques de Suisse.


  Il a fallu alors la profonde détermination de quelques citoyens convaincus par le potentiel des lieux pour que se crée une association - l'APAHF - qui allait mener une longue bagarre afin d'avoir un environnement urbain basé sur la convivialité. Un beau combat, en partie gagné, entre le pot de terre et le pot de fer. Un bel exemple qui nous montre que, même avec des moyens dérisoires, il est possible de gagner face aux autorités communales ou à un propriétaire.


  En cinq chapitres, la saga du Flon apparait aux yeux du lecteur qui peut, dans le même temps s'appuyer sur de nombreux documents, rendant le livre ainsi particulièrement vivant, photos, dessins, plans, graphiques. Et d'abondantes annexes viennent étayer les propos des auteurs.


  Bien entendu cette belle expérience n'est pas duplicable. Ce qui est par contre précieux, est la réflexion qui peut être tirée de ce livre, nous montrant qu'un long conflit peut être positif. Que la jonction entre une population donnée et des spécialistes (ici urbanistes et architectes) peut se révéler fructueuse.Qu'il est toujours possible de gagner.


  Une belle réussite des Editions d'en bas, éditeur helvétique dont nous vous reparlerons prochainement avec un livre de Maria Roselli : Amiante & Eternit...

 

Dan29000

 

Luttes-ô-Flon

Une reconversion urbaine lausannoise mouvementée de 1984 à 2012

Urs Zuppinger

Avec la collaboration d'Agneta Zuppinger, Alain Faucherre et Olivier Pavillon

Editions d'en bas

2012 / 30 euros / 272 p

 

Voir le site de l'éditeur

====================================

EXTRAIT D'UN ENTRETIEN AVEC  L'AUTEUR :

 

 

Entretien avec Urs Zuppinger


Nous publions ci-dessous, à l’occasion de la sortie de l’ouvrage intitulé Luttes-ô-Flon. Une reconversion urbaine lausannoise mouvementée de 1984 à 2012 (Ed. d’en bas, 2012), un entretien avec son auteur, Urs Zuppinger. Cet entretien permet de saisir la place d’une «lutte urbaine» dans une activité militante, sur le long terme.  L’ouvrage peut être commandé en librairie et, le cas échéant, aux Editions d’en bas (enbas@bluewin.ch) ou chez le diffuseur en France (www.lcdpu.fr).


(Rédaction A l’Encontre)

*****

Tu as consacré ta vie à militer contre la politique patronale, pour les droits et l’auto-organisation des salarié-e-s et contre les mesures et politiques qui stimulent les divisions en leur sein. Comment se fait-il que tu consacres, à 73 ans, un livre à un combat mené en marge de ces activités militantes et dont la portée ne semble pas – de prime abord – avoir grand-chose à faire avec l’émancipation de la classe ouvrière? 

Urs Zuppinger : A mon sens un militant marxiste-révolutionnaire doit se consacrer en priorité à la défense des intérêts des salarié-e-s. Mais en Suisse, en raison notamment du poids écrasant de la paix sociale, les difficultés de ce travail sont telles et les succès si rares qu’il est ardu d’en tirer des enseignements utiles. En urbanisme, à cause des mécanismes de la dite démocratie semi-directe, les choses se présentent différemment. Faire de l’urbanisme consiste pour l’essentiel à limiter les droits de bâtir des propriétaires fonciers par des plans. En Suisse, la mise en vigueur de ces plans relève, dans la majorité des cantons, de la compétence des autorités législatives communales dont les décisions peuvent être contestées, sauf exception, par le lancement d’un référendum populaire. Le nombre de signatures à récolter pour susciter une telle votation populaire et le temps requis pour y parvenir sont à la portée de tout groupe de citoyens bien organisés. Par ce biais, le système institutionnel suisse permet, dans certaines circonstances, à l’action citoyenne de remporter des victoires, notamment lorsque des opérations de rentabilisation de l’espace urbain mettent en question le cadre de vie de la population, qui, soit dit en passant, est aussi celui des salarié-e-s, des chômeurs et des retraité-e-s. Mais l’action citoyenne peut aussi échouer, soit en raison d’une répartition trop inégale des droits, soit en raison d’un savoir faire défaillant ou d’une mobilisation populaire insuffisante. C’est donc un domaine où l’analyse d’actions concrètes est instructive, d’autant que les faits sont en général bien documentés. Le thème s’est imposé à moi parce que j’ai travaillé dans un bureau d’urbanisme privé pendant 37 ans et que j’habite une ville où les problèmes d’urbanisme sont récurrents. Cela m’a amené à participer à plusieurs luttes urbaines et d’y faire des expériences intéressantes.

Bref, j’ai écrit ce livre pour montrer que même en Suisse, où la domination patronale et bourgeoise n’a jamais cessé d’être écrasante, certaines luttes collectives peuvent déboucher sur des résultats positifs. En outre je suis persuadé que ces luttes sont instructives non seulement pour celles et ceux qui se battent sur des questions similaires mais aussi pour toutes celles et tous ceux qui sont acculé-e-s à se défendre pour préserver leurs intérêts et ont engagé – ou envisagé d’engager – une mobilisation collective.

 

Lire la suite ICI

 

Source : A l'encontre, la brèche


Publié dans lectures

Commenter cet article