Lyon : communiqué du comité NO TAV 69 et appel à monter à la ZAD

Publié le par dan29000

no-tav-no-ma2e5f-2c1f3Communiqué du comité NO TAV 69. Après le 3 décembre ; constat et appel à monter à la ZAD

 


Publié le 10 décembre

 

 


Le 3 décembre, un millier de personnes en lutte contre le TAV s’est rassemblé à Lyon, en marge du sommet franco-italien destiné à finaliser le financement du projet.

 


12h : les stands se met­tent en place : thé, café, soupe, tables de presse... Les No TAV arri­vent pro­gres­si­ve­ment. Apparaissent dans les arbres des ban­de­ro­les : « TAVoulu la guerre, ZAD’appren­dra », « TAVu, on est là ! », « Si vous prenez la ZAD on exe­cu­tre les oTAV »... En face, il y a les grands clas­si­ques du main­tien de l’ordre pour les contre-som­mets. Il y a la zone rouge, les habi­tuel­les grilles anti-émeutes, le canon à eau, les héli­co­ptè­res, des poli­ciers et des gen­dar­mes aussi loin que les regards peu­vent aller le long des six ave­nues don­nant accès à la place.

Pour l’occa­sion, l’espace Schengen est sus­pendu. L’opé­ra­tion média­ti­que qui pré­cède et annonce le dis­po­si­tif poli­cier agite l’épouvantail de « l’ultra-gauche », des « vio­lents ». Les bus des No TAV ita­liens sont arrê­tés plus de cinq heures à la fron­tière. Il y a aussi la répres­sion pré­ven­tive : fila­tu­res, sur­veillan­ces des lieux et mai­sons col­lec­ti­ves, fouilles et arres­ta­tions en masse le matin du ras­sem­ble­ment. Tout est sous contrôle, chef ! Il y aurait de quoi rire et trou­ver ridi­cule une telle mas­ca­rade s’il ne s’agis­sait pas en fait d’un par­fait exem­ple du main­tien de l’ordre.

Alors, la soupe et le café ont bien du mal à réchauf­fer l’ambiance du ras­sem­ble­ment où les quel­ques cinq cents fran­çais atten­dent impa­tiem­ment l’arri­vée des onze cars d’oppo­sants ita­liens sous une pluie fine et conti­nue, face à un dis­po­si­tif qui se referme peu à peu.

15h : les bus arri­vent enfin. Des feux d’arti­fi­ces sont tirés depuis la place et aussi de l’autre coté des lignes de flics . La place est bou­clée afin d’empê­cher tout départ en mani­fes­ta­tion. Il n’y aura désor­mais plus moyen de sortir de là autre­ment que par deux, la tête basse, malgré les ten­ta­ti­ves de sor­ties col­lec­ti­ves et les vaines négo­cia­tions avec les forces de l’ordre. En soli­da­rité les No TAV ita­liens refu­sent de partir sans que les No TAV fran­çais ne sor­tent aussi. Le temps passe. Les flics pous­sent pour contrain­dre les bus à partir. Gestion sans heurts ou pres­que. Les coups sont dis­crè­te­ment dif­fu­sés avec par­ci­mo­nie. Ce jour-là, le main­tien de l’ordre a des gants de velours.

20H : Les cars ita­liens sont escor­tés un à un, avec des flics à l’inté­rieur jusqu’au péage le plus proche : périph et auto­route vidés et blo­qués pour l’occa­sion. L’illu­sion selon laquelle la vie serait plus douce sous la gauche et que la ges­tion poli­cière des conflits serait l’apa­nage d’une droite décom­plexée tombe consi­dé­ra­ble­ment à l’eau.

Ce ras­sem­ble­ment orga­nisé par les mou­ve­ments No TAV fran­çais et ita­lien, avec un repas chaud et des prises de parole, sem­blait porter un habit bien trop grand face au dis­po­si­tif poli­cier.

Pour autant, l’ampleur de ce dis­po­si­tif répond à une menace bien réelle que font planer la lutte en Val Susa et celle de Notre Dame des Landes. Cette menace, c’est la cons­ti­tu­tion de ter­ri­toi­res (ZAD, Libre République de la Maddalena), qui sont autant de réa­li­tés rejoi­gna­bles où s’élabore pra­ti­que­ment dans la lutte une vie hors-contrôle. Le tracé du TAV a eu la mau­vaise idée de vou­loir tra­ver­ser le Val Susa dans lequel il s’embourbe depuis plus de vingt ans. Le « Grand Ouest », si cher à Jean-Marc Ayrault, enten­dait se déployer serei­ne­ment jusqu’à St Nazaire. Mais, là aussi, les amé­na­geurs doi­vent désor­mais res­sor­tir leur Sun Tzu et les oppo­sants pro­met­tent déjà que Notre Dame des Landes sera leur Vietnam.

La dou­ceur appa­rente du déve­lop­pe­ment métro­po­li­tain, carac­té­ri­sée ici par la flui­dité d’un dépla­ce­ment en TGV ou encore le cocoo­ning d’un aéro­port, est sérieu­se­ment mise à mal quand il s’agit, pour le réa­li­ser, de mili­ta­ri­ser une zone. A Lyon ce jour-là, à la ZAD ou autour du chan­tier de la baïta en Val Susa, c’est la même mili­ta­ri­sa­tion, ce sont les mêmes grilles avec les­quel­les ils ten­tent de venir à bout de toute oppo­si­tion déter­mi­née.

La lutte contre le projet d’aéro­port de Notre Dame des Landes a long­temps pris la forme d’une guerre sourde, avant de deve­nir, depuis les expul­sions, ce ter­ri­toire au carac­tère séces­sion­niste. La zone d’amé­na­ge­ment est désor­mais un espace où les flux de la métro­pole ne cir­cu­lent plus. Une zone qui s’auto­no­mise avec ses pro­pres réseaux de com­mu­ni­ca­tions, ses com­pli­ci­tés iné­di­tes où l’argent n’a plus d’impor­tance. Départementales blo­quées par des bar­ri­ca­des, mise en commun de terres agri­co­les, can­ti­nes col­lec­ti­ves, radio pirate : ce sont mille réa­li­tés en puis­sance qui se des­si­nent. Les cartes sont brouillées. La géo­gra­phie est deve­nue une affaire par­ti­sane. Ce qui sem­ble­rait être des allian­ces de cir­cons­tance face à un projet d’aéro­port sont désor­mais des liens irré­ver­si­bles.

Se battre contre le TAV, ce n’est pas com­bat­tre uni­que­ment la cons­truc­tion d’une ligne TGV. C’est oppo­ser une réa­lité à une autre. En cela, l’oppo­si­tion au TAV en France comme celle a OL Land à Lyon doit néces­sai­re­ment tirer sa force de ce qui se joue main­te­nant à la ZAD. Ces luttes ne peu­vent que se répon­dre et se nour­rir réci­pro­que­ment comme des fronts ouverts dans une même guerre. C’est d’ailleurs ce qu’ils crai­gnent au plus haut point. C’est pour­quoi, il faut se rendre à la Zad mais aussi, depuis là où nous sommes, répan­dre la conflic­tua­lité au coeur même des métro­po­les. Parce que la com­mune de la Zad appelle à se mul­ti­plier par­tout, NoTAV 69 est aussi le nom d’un des mul­ti­ples fronts de notre époque.


Toute vic­toire sera une vic­toire com­mune.


Comité NoTAV, Lyon le 8 décem­bre 2012

 

 

 

SOURCE/ REBELLYON.INFO

Publié dans environnement

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