Mais que deviennent les "sources" ?

Publié le par dan29000


Que deviennent les "sources"


Que deviennent les « sources » ? Une constante politique des affaires qui affolent le monde politique financier ou industriel, dès que les feux de l’actualité se sont déplacés vers de nouveaux sujets, est la disparition des « sources » à l’origine des révélations. Que sont devenus Claire Thibout, Jacques Glassman, et même Denis Robert pourtant journaliste ? Que deviendra Sébastien Bernardo policier à la BAC Nord à Marseille ? Julien Assaange sera-t-il extradé ? Parfois nous parvient un écho de leur nouvelle vie mais pour l’essentiel ils sont les oubliés des médias.

Dans la nouvelle affaire Jérome Cahuzac Fabrice Arfi est constamment interrogé sur l’identité de ses sources. Sans leur présence charnelle  pas de preuves, pas d’affaire, pas de coupable. Il  à beau répéter que c’est son devoir de les protéger en signalant les risques qu’ils encourent en se dévoilant, rien n’y fait.

Un retour sur quelques affaires récentes montre le sort qui leur est réservé.

 

Qu’est devenue Claire Thibout la comptable de Liliane Bettencourt ? Pendant toute la période d’intense médiatisation, la police, le procureur de Nanterre Philippe Courroye, une partie de la presse (E. Mougeotte du Figaro) lui rendirent la vie impossible. Dans le seul but de la mettre en contradiction avec ses premières déclarations. Elle subit des interrogatoires multiples (plus de quinze) dont un en pleine nuit, avec intervention de la police sur son lieu de retraite. Elle cherche en vain aujourd’hui à  retrouver un travail. Son mari, qui avait dupliqué les bandes magnétiques du majordome, a vu le matériel informatique de son entreprise confisqué par le juge Courroye, rendant son activité professionnelle impossible.

Traitée comme coupable alors qu’elle était témoin, on lui a fait payer sa détermination à révéler ce que la justice reconnaît aujourd’hui comme des faits condamnables.

 

Rappelons-nous le scandale des matches truqués de juin 1993, lorsque Bernard Tapie payait les joueurs de l’équipe adverse pour laisser l’OM l’emporter sans se fatiguer.

Que devient Jacques Glassman, le joueur de Valencienne contacté par un joueur de Marseille ? Il avait refusé le marché et révélé les pratiques de la direction de l’OM.  Son contrat avec son club de Valencienne ne fut pas renouvelé, il fut sifflé sur les stades. Alors qu’il était titulaire en Ligue 1 il ne trouva de nouveau clubs que chez les amateurs, à Maubeuge puis dans le club de Ste Rose à la Réunion. Tapie, s’il connut quelque temps la prison, est, lui, redevenu une des plus grosses fortunes de France avec l’appui du pouvoir Sarkozyste.

 

Dans l’affaire Clearstream, Denis Robert, dont l’enquête mit à jour les pratiques frauduleuses de cette banque luxembourgeoise à connu les pires ennuis. Pendant dix ans il dut subir plus de soixante procès qui l’ont ruiné. Au bout de cette guerre menée par des cabinets d’avocats, la justice a reconnu la validité de son travail. Une victoire payée chèrement par une décennie de procédures et l’impossibilité de continuer son travail. Ses livres furent interdits de vente pendant dix ans.

 

Julien Assange, le fondateur de wikileaks, le diffuseur de ces milliers de documents permettant de mieux comprendre le dessous de la politique étrangère états-unienne, accusé de viols est toujours réfugié dans l’ambassade de l’Equateur à Londres. Washington réclame son extradition vers les Etats-Unis où il risque la peine de mort.

 

Que subit aujourd’hui Sébastien Bernardo, le policier qui a eu le courage de dénoncer ses collègues corrompus de la BAC Nord à Marseille ? Il a d’abord été révoqué de la police pour insubordination. Il déclare dans Libération du 17/12/2012 : « On me fait payer le fait d’avoir brisé l’omerta ». Ils sont quatre à avoir témoigné des trafics, des rackets pratiqués par leurs collègues. Tout a été vérifié et s’est révélé exact. Ont-ils été décorés, promus ? Au contraire. Sébastien Bernando déclare : « Nous on sait bien qu’un de nous quatre va mourir. La morale, c’est que, dans la police, il vaut mieux garder le silence et laisser l’omerta perdurer ». Chassé de la police il est redevenu pizzaïolo.

 

 

 La liste pourrait être plus longue si l’on sort de l’oubli ces milliers d’hommes de conviction qui voient chambouler leur vie, professionnelle et familiale, pour avoir révélé ce que des personnes de pouvoir désiraient garder secret.

 

Si l’on salue le courage de ces sources il nous faut bien reconnaître que ce qu’il leur est advenu nous transmet un message de passivité et de peur : « Restez dans votre coin ou il vous en cuira ». Il est loin de la morale officielle et enseignée qui ne semble concerner que les citoyens ordinaires, il est  à l’opposé de la morale d’un citoyen responsable dans une démocratie. Les mauvais coups portés à ces lanceurs d’alerte sont des mauvais coups portés à chacun d’entre nous. Nous avons besoin de ces sources courageuses mais elles seront impuissantes si nous ne sommes pas nombreux et solidaires à porter les valeurs d’une société décente.

 

 SOURCE / MEDIAPART

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