Malaise persistant chez EELV : démissions groupées à Argenteuil-Bezons

Publié le par dan29000

Non au marchandage électoral ! Nous démissionnons d'EELV

 

Dix-huit membres du groupe local Argenteuil-Bezons (Val d'Oise) ont décidé de quitter Europe Ecologie - Les Verts, et publient sur Rue89 cette lettre ouverte à la direction du Parti, qui, selon eux, préfère se répartir des postes plutôt que de défendre des idées. Alors qu'Eva Joly chute à 3% dans le dernier sondage BVA, cette fronde de la base est plutôt dirigée contre la secrétaire nationale, Cécile Duflot.

Au moment où la crise sociale et économique atteint un niveau des plus inquiétants, que les questions écologistes sont plus prégnantes que jamais avec les catastrophes que nous avons vécu récemment, au moment où commence une période électorale des plus déterminantes pour la gauche, au moment où notre société est en rupture de confiance et ne croit plus à nos valeurs républicaines de liberté, d'égalité et de solidarité, etc.

EELV est désespérément inaudible, absent des vrais débats politiques, et n'apparaît plus que pour donner une image de tambouille électorale, souvent au mépris de ses militants de base comme au mépris de ses propres statuts et textes fondateurs.

L'organisation et le fonctionnement d'EELV lors des investitures pour les dernières échéances électorales, des régionales en passant par les cantonales jusqu'aux sénatoriales, et aujourd'hui les législatives prouvent combien les militants de base sont ignorés et méprisés, et nos statuts adoptés démocratiquement sont désavoués.

EELV évolue vers un parti dirigé par ses éluEs et les salariéEs des éluEs. C'est une dérive grave car elle renforce également le sentiment d'exclusion d'une cour que certains fréquentent, mais dont les autres sont exclus !

Nous ne sommes pas seulement des colleurs d'affiches

La démocratie interne est bafouée dans l'intérêt d'une baronnie qui s'est créée contre l'intérêt général et contre l'intérêt collectif du mouvement défendu, néanmoins, jusqu'au bout, espérant toujours un changement qui n'est jamais venu. La règle du deux poids deux mesures règne de manière arbitraire, au mépris des règles statutaires, et s'impose à vous si vous avez le malheur de ne pas appartenir à la cour.

La direction doit savoir que nous ne sommes pas seulement des bras, distributeurs de tracts et colleurs d'affiches, et que nous n'acceptons pas d'être traités ainsi !

Des militantEs de terrain ont été sacrifiéEs pour satisfaire des dictas honteux et contraires à nos combats. Nous ne céderons pas devant l'impunité, le chantage ou les menaces.

Ceux qui gênent sont écartés

Quant à nos principes fondamentaux, ils sont en train de s'évaporer au fur et à mesure que la campagne législative approche et que des strapontins se dessinent, plus précisément pour les notables de cette cour.

Le partage des sièges lié à l'accord électoral s'est assis sur nos revendications de refus du cumul sous toutes ses formes, ou sur nos exigences en matière de nucléaire ou autres revendications d'urgence sociale. Notre volonté de justice sociale et de justice environnementale a été écartée au profit de certaines ambitions. Autant une ambition collective est légitime, autant nous avons l'impression que seules les ambitions personnelles sont aujourd'hui d'actualité !

Si les élections sont des moments importants pour porter haut et fort nos combats, pour faire connaître notre programme et faire émerger des voix, nous devons aussi mettre à profit les expériences et les compétences de ceux et celles qui ont fait leurs preuves…

Malheureusement ce n'est pas le cas, bien au contraire, si leur voix a gêné d'éventuels partenaires, sous divers prétextes EELV se charge de les écarter, de les faire taire et tente de les anéantir !

Nous donnons l'image de marchands de tapis

Nous pensions qu'une évolution sereine des Verts allait enfin être lancée grâce à EELV avec une réforme en profondeur. Or, si cette réforme a bien eu lieu, elle n'a pas été dans le sens que nous attendions et espérions !

Nous sommes passés de la démocratie à l'oligarchie. Notre radicalité d'hier dans les combats s'est transformée en marchandage électoral, et demain nous serons le PRG vert…

Aujourd'hui, avec l'image que nous donnons, nous sommes plus assimilés à des marchands de tapis qu'à des militants portant des convictions réelles, alors que depuis de longues années nous nous battons pour faire valoir nos idées.

Les militants de terrains des collectifs d'associations, syndicats, partis et de citoyens, que nous côtoyons depuis des années dans les différentes luttes locales (sans-papiers, nucléaire, solidarité Palestine, collectif logement, collectif poste, collectif hôpital, …) nous interpellent.

EELV n'est pas à la hauteur des enjeux

Le comportement de nos responsables nationaux est indigne des combats menés sur le terrain, qui ont permis à EELV de s'imposer localement.

Nous nous éloignons de plus en plus de nos convictions et des citoyenscitoyennes qui attendent de nous une réponse concrète, mais que nous sommes incapables de comprendre !

Nous savons que l'avenir va être dur, même si la gauche gagne on sait déjà qu'elle ne sera pas fidèle à ses promesses et ses engagements. Nous devons donc défendre une ligne politique clairement à gauche si nous voulons retrouver la confiance des citoyens et citoyennes.

Mais nous sommes devant un triste constat : EELV n'est pas à la hauteur des enjeux politiques que la société actuelle et ses défis nous imposent.

Relations schizophréniques avec le Parti socialiste

Alors qu'on nous appelle au rassemblement, la démarche de la direction apparaît de plus en plus incohérente, contradictoire et électoraliste.

A cela s'ajoute la confusion des orientations politiques entre notre candidate Eva Joly, que nous soutenons et en qui nous avions beaucoup d'espoirs, et nos responsables nationaux, à qui la tribune médiatique donne toute la place, laissant ainsi surgir de plus en plus de stratégies personnelles, d'incohérences et de contradictions dont nous refusons d'assumer la responsabilité puisque nous ne les partageons pas, pis nous les refusons avec force et détermination.

Nous savons que nous sommes nombreux et nombreuses à partager ce constat désastreux.

Nous avons pris conscience que la force de l'écologie politique, qui nous avait amené à faire confiance à EELV, est abandonnée au profit de manœuvres d'appareil et de relations schizophréniques avec un Parti socialiste qui nous méprise, nous ridiculise et veut nous mettre sous tutelle. Mais nous le disons avec force, nous ne sommes pas des supplétifs, et nous ne serons jamais ni des collaborateurs, ni des godillots !

Nous quittons EELV et résisterons dans la rue

Nous sommes profondément déçus et révoltés par cette situation : perte de crédibilité, disqualification, méfiance, faiblesse de la réflexion dans divers domaines, pas de valorisation du travail effectué par certainEs, que ce soit en tant qu'éluEs ou militantEs de terrain, …

Si parfois la direction fait semblant de se mettre en colère, le PS étant indispensable pour permettre d'obtenir quelques sièges, elle préfère se taire sur les reculs de nos fondamentaux, adopter la langue de bois, faire la sourde oreille et refuser de voir la vérité en face...

Mais ce n'est pas ainsi que nous construirons une alternative crédible à la politique sécuritaire et répressive d'une droite de plus en plus populiste, sécuritaire et raciste !

Les signataires de cette lettre ont décidé de présenter collectivement leur démission, après plusieurs semaines de réflexions et de discussions,

Ils considèrent que EELV ne ressemble plus en rien au mouvement qu'ils avaient rejoint pour faire de la politique autrement et porter leurs combats.

Ainsi ils préfèrent quitter EELV, résister dans la rue et continuer à mener des combats la tête haute, dans le respect des libertés de chacun, mais en se faisant également respecter…

Pourquoi ne pas se battre en interne pour changer les choses ?

Parce que nous ne croyons plus que ce soit possible de changer EELV de l'intérieur où on ne respecte plus ni les militants, ni la démocratie, ni nos propres règles, etc.

Parce que nous ne voulons pas continuer une politique de l'autruche stérile et hypocrite, qui par son silence légitime le reniement de nos fondamentaux,

Parce que nous avons fait le choix de poursuivre nos combats avec force et vigueur, sur le terrain associatif et avec les mouvements alternatifs dans la dignité qui honore nos luttes.

Les dix-huit signataires :

  • Karim Heddi,
  • Rachid Douidi,
  • Atika Sahraoui,
  • Saida Benhmad,
  • Claudine Thiery,
  • Abdelhafid AlhouariI,
  • Latifa Bouazza Alhouari,
  • Hamid Derouiche,
  • Fatima Cherouite- Tibari,
  • Eric Chambenoit,
  • Zohra,
  • Khadija Retiel,
  • Gérard Trainoir,
  • Alima Boumediene,
  • Rhita ,
  • Abdelhadi Zahaouani,
  • Mohamed Belaid,
  • Christian Guerbert.

Source : RUE 89

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