Maroc : le mouvement du 20 février appelle au boycott du référendum

Publié le par dan29000

 

Référendum au Maroc : le mouvement du 20 février appelle au boycott

Appel au boycott du mouvement du 20 février au Maroc

 

 


"Le Makhzen présente la participation à ce référendum comme un 'devoir citoyen et démocratique'. Pourtant, une multitude d’irrégularités lui ôtent, d’avance, toute crédibilité et toute légitimité. Par refus de cautionner un processus fondamentalement non démocratique, le mouvement du 20 février appelle au boycott" du référendum du 1er juillet portant sur le projet de nouvelle Constitution marocaine, dans un appel publié sur le site Internet Mamfakinch (Nous n'abandonnerons pas).

Le mouvement a lancé, à cette occasion, la campagne "Mamsawtinch" (Nous ne voterons pas), en dépit de la thèse répandue selon laquelle le boycott serait interdit conformément à l'article 90 du code électoral. Une thèse que le blogueur et juriste marocain Ibn Kafka infirme.

Le mouvement du 20 février justifie sa position au vu des nombreuses "atteintes à l'intégrité du scrutin référendaire" : un processus anti-démocratique et non transparent ; un débat constitutionnel bâclé ; un manquement du Roi à son rôle d'arbitre ; un non respect des lois de la campagne pour le référendum ; une instrumentalisation irresponsable et dangereuse de la religion, avec des appels à voter oui lors des prêches des imams dans les mosquées ; des actes d'agression et de harcèlement des partisans du non ; une répartition du temps à l'antenne inégalitaire ; une atteinte dangereuse à la liberté d'expression ; des fraudes électorales à craindre ; des violations flagrantes du code électoral concernant le vote des Marocains de l'étranger ; des actes de corruption des citoyens pour les faire voter 'oui' ; des versements de sommes importantes à des partis politiques pour soutenir le oui ; et une ingérence étrangère inacceptable, notamment de Nicolas Sarkozy.

Voir les précédentes notes de blog sur les motifs avancés par les partisans du non au référendum, sur la forme et sur le fond.

Le 27 juin, le mouvement du 20 février a diffusé une vidéo appelant au boycott du référendum constitutionnel. La traduction :

"Le jour du référendum, je n'irai pas voter car cette Constitution ne nous concerne pas. Elle ne parle pas de nous. Elle ne protège que les intérêts des voleurs. La commission constitutionnelle ne représente pas le peuple. Ce sont les mêmes qui ont œuvré pour truquer les précédentes élections. La Constitution a été rédigée de façon non démocratique. Maintenant, ils veulent que nous votions 'oui' sans la comprendre ou la discuter et sans avoir l'occasion de voir ce qu'elle nous apporte.

La Constitution n'est pas bonne pour nous. Elle ne garantit pas nos droits. Nous rejetons cette farce référendaire. Ces partis politiques nous ont menti pendant si longtemps. Ils ont reçu des millions pour vous convaincre de voter 'oui', alors que les gens qui appellent au boycott sont battus et harcelés. Que nous votions 'oui' ou 'non', notre voix ne sera pas entendue. Nous devons les obliger à accepter une assemblée constituante élue, qui rédigera une nouvelle constitution. Manifestons ! Occupons la rue ! Protestons ! Mamfakinch ! (Nous n'abandonnerons pas !)"

Le mouvement contestataire accuse ainsi le régime chérifien de mettre tout en œuvre pour "affirmer que la grande majorité du peuple est de son côté ; que seule une petite minorité soutient le Mouvement du 20 février". Craignant des fraudes massives, et notamment que "des centaines de milliers de citoyen(ne)s, peut-être des millions, seront transportés par les autorités jusqu’aux bureaux de vote" pour voter 'oui', le mouvement appelle les militants de toutes ses coordinations locales à se rendre dans les bureaux de vote pour veiller au bon déroulement du scrutin et recueillir des témoignages vidéo.

Manifestation des partisans du boycott le 26 juin à Casablanca

LA TOILE DÉBAT DE L'UTILITÉ D'UN BOYCOTT

De nombreux blogueurs marocains ont déjà rejoint cet appel au boycott. Larbi, auteur du blog Comme une bouteille jetée à la mer, dénonce une "parodie de campagne référendaire" qui se traduit par "un matraquage ridicule pour le oui dans les médias et dans la rue". Il explique pourquoi il a choisi le boycott :

"S’agissant du rejet du contenu de la Constitution proposée, je considère que le non et le boycott font un bon couple, d’ailleurs les tenants des deux positions présentent généralement les mêmes arguments pour refuser cette Constitution. S’agissant du processus, le pouvoir ne s’est pas gêné à s’entêter et à continuer son processus anti-démocratique. [...] Il a besoin d’être discipliné et de comprendre que la politique du fait accompli ne mène nulle part. Pour cela, je considère que le boycott est mieux indiqué".

"Vendredi, je penserai très fort au 'non' lorsque je n'irai pas voter", renchérit le blogueur Le Politiquonaute, qui dit adopter un peu malgré lui la posture abstentionniste. "Mon choix de citoyen aspirant à une véritable démocratie, c’est de faire barrage à ce raz-de-marée avec lequel on veut nous submerger. L’objectif (la bataille du référendum est déjà perdue), c’est de faire rater au régime la danse du paon qu’il s’apprête à exécuter le soir du référendum", précise-t-il.

Une position contre laquelle s'insurge le blogueur Citoyen Hmida, estimant qu'"il faut avoir le courage de voter". "Boycotter revient en termes de technique de vote à s’abstenir ! Or, les chiffres des abstentions sont comptabilisés et publiés !", justifie-t-il. Il dénonce la "fuite devant les responsabilités" des partisans du boycott : "un appel motivé et circonstancié à voter NON aurait été un geste politique plus courageux et surtout plus payant ! Mais il aurait nécessité de la maturité politique et une assise populaire !"

Pour l'auteur du blog Poli... Politis...Politique, qui vote pour la première fois, "il est hors de question que je m'abstienne ni que je boycotte". "Pour une fois que j'ai la chance de dire ce que je pense, je ne vais pas m'en priver ! Par mon OUI, et peut-être plus par mon NON, j'aurai apporté une toute petite contribution à la construction du Maroc de demain : j'aurai exercé mon droit de citoyen et j'aurai répondu à mon devoir de citoyen !", poursuit-il.

 

Source : LE MONDE

Publié dans Monde arabe - Israël

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Mitsuko 01/07/2011 19:02



Cela devait arriver et c'est arrivé ...


Un bon point pour le mouvement du 20 février appelant au boycott du référendum ...


J'espère que tout ira bien ...



dan29000 01/07/2011 20:12



le fait d'appeler au boycott est déjà un geste fort et audacieux, très mal vu par une partie de la société marocaine qui demeure hélas encore très attachée au Roi !!!!



phil 01/07/2011 15:50



une action indispensable, tout à fait indispensable dans le cas présent...!!!!



dan29000 01/07/2011 18:26



boycotter est toujours une action politique forte avec un grand écho...