Marseille : week-end de discussions autour des luttes contre la gentrification

Publié le par dan29000

JE M’OCCUPE : J’OCCUPE


Deux jours de discussions autour des luttes contre la gentrification et l’aménagement du territoire


 

MARSEILLE – 20/21 AVRIL 2013


La crise au quotidien


Depuis 2008, les crises et les plans d’austérité se succèdent, avec leur lot de paupérisation et de misère. Au-delà de la dimension qui peut sembler éthérée de la finance ou de la circulation des flux économiques, cette restructuration du capitalisme se matérialise concrètement dans le quotidien, tant au niveau privé que public. Les augmentations de loyer, les quartiers laissés à l’abandon puis vidés de leurs habitants, les expulsions, locatives ou non, qui se multiplient. Les chantiers (aéroports, lignes à grande vitesse, etc.) qui fleurissent à grands coups d’expropriations de logements et de terrains agricoles, de déplacements de populations, à travers des forêts de matraques et des nuages de gaz lacrymogène haute qualité environnementale. Occupation policière, développement de la vidéo-surveillance, multiplication et banalisation des contrôles.

 

Gentrification urbaine et aménagement du territoire


L’aménagement du territoire tient à la fois de la modification d’un espace et de la gestion des effets qu’engendre cette modification. Entre recherche de rentabilisation des territoires et gestion de la population, l’organisation du territoire est une pièce maîtresse de l’aménagement du système capitaliste. Dans les zones rurales, l’aménagement du territoire se manifeste aujourd’hui à l’échelle européenne par des grands projets de construction d’infrastructures de liaison des grands centres urbains, qui redessinent peu à peu les frontières. En ville, cela se manifeste entre autres par les phénomènes de gentrification et de “sécurisation”. Les villes se “revalorisent”, c’est-à-dire qu’elles sont modélisées en fonction des besoins de la production. Tous les moyens urbanistiques sont bons pour virer du centre ville les populations “inadéquates”, d’un point de vue de rentabilité et de prévention des risques. Par exemple, « Marseille capitale européenne de la culture » permet cette année de coupler art, culture et sécurité pour opérer cette”revalorisation”. L’art et la culture, concepts a priori dépolitisés et neutres, contribuent à l’attractivité des zones dans lesquelles ils prennent corps, et donc à l’embourgeoisement à moyen-terme de celles-ci. La “sécurisation” de la ville et son lot de zones de sécurité prioritaires, d’augmentation de la présence policière visible, de nouvelles géographies urbaines ou encore d’installation de vaste réseau de vidéo-surveillance, garantissent le bon fonctionnement de la machine.

Réfléchir ensemble

Ces dernières années, il nous a semblé constater que l’occupation (au sens large), s’est affirmé comme moyen évident pour tenter de répondre à une situation d’urgence mais aussi pour s’inscrire dans une lutte politique plus large. Différents groupes et collectifs ont choisi ce point d’entrée qui s’est affirmée comme évidence puis comme moyen politique moteur de l’agir collectif, Occupations de logements vides, grèves des loyers et luttes contre les expulsions à Toulouse, Grenoble, Lyon, Nantes, Marseille, Paris, sans oublier Turin, Barcelone, Berlin, etc. Occupation de terrains, de forêts, de champs et de maisons autour de Notre-Dame-des-Landes, en Val de Susa, au Pays Basque, dans la forêt russe de Khimki, etc.

Voilà donc en quoi consiste cette invitation : réfléchir ensemble, avec différents collectifs et individus, à ce que représente l’occupation en tant que moyen de lutte politique aujourd’hui, cerner quelles contradictions peuvent être soulevées en confrontant les différentes expériences et réalités qui composent ces luttes : en termes de rapports aux institutions, de dimension humanitaire et d’approche racisée qui peut ternir ces formes d’organisation, ou encore d’enfermement dans un rythme qui nous empêche de prendre le recul nécessaire.

Cette rencontre n’a pas pour vocation d’être une intersquat qui, ayant pourtant aussi son intérêt, ne recouvre pas le même champ des luttes sociales, dans le sens où nous ne superposons pas les occupants et les personnes participant à des luttes d’occupation. Certains d’entre nous vivent dans des lieux occupés, d’autres non. La plupart des gens et des collectifs invités ici participent à des luttes qui dépassent le cadre des camarades, des compagnons ou des groupes affinitaires, selon le nom que l’on préfère employer. C’est-à-dire que nous entendons privilégier le caractère de fond dans la discussion, plutôt que le caractère identitaire qui conditionne souvent les rencontres. Nous souhaitons réfléchir à des façons de penser la lutte contre l’aménagement du territoire en l’inscrivant dans une perspective révolutionnaire.

Le but de ces discussions n’est donc pas de trouver quelle serait la bonne solution, ni de bâtir une théorie révolutionnaire unitaire et programmatique au sein de laquelle tout commencerait par des occupations. Nous voulons simplement prendre ce temps de recul, de réflexion sur le fond politique des initiatives actuelles, pour faire déborder les occupations des murs entre lesquels elles sont souvent enfermées, pour penser politiquement le moyen-terme sans se cantonner au court-terme de l’occupation en tant que telle. Réfléchir ensemble à l’intérêt de ce genre de luttes, à leurs différences, à ce qui relie les phénomènes de gentrification urbaine et d’aménagement du territoire en zones rurales, nous paraît aujourd’hui quelque chose d’indispensable pour ne pas se perdre dans la reproduction acharnée et épuisante des mêmes erreurs, des mêmes limites et pour apprendre et inventer de nouveaux moyens de lutter. Au terme de  ces discussions, nous voulons repartir riches d’échanges et d’expériences partagées pour s’ouvrir à de nouvelles envies et à de nouvelles perspectives de luttes.


Ébauche de programme non exhaustif du week-end de discussion

Nous avons ébauché un « programme » du week-end et des thématiques de discussions que nous souhaitons aborder. Ce programme n’est pas figé et toutes vos propositions (de thèmes de discussions ou autre), seront les bienvenus.


Samedi 21 avril (à partir de 10 heures)

• Accueil et présentation du week-end et de la thématique des luttes contre l’aménagement du territoire et la gentrification.

• Présentation des différents collectifs invités et de leurs expériences et pratiques.

• Discussion collective sur les pratiques et méthodes de résistances aux expulsions et de luttes autour des questions de logement.

• Discussions en petits groupes sur les contradictions rencontrées à travers ce genre de lutte et sur les conditions de leur dépassement (rapport aux institutions et contradictions des luttes revendicatives, rapports à la question de l’assistanat et de l’humanitaire, contradictions posées lorsqu’on s’organise avec des sans-papiers…). Nous proposons ici plusieurs pistes de discussions. Nous espérons que cette liste sera étayée par d’autres réflexions issues de nos débats. Échange collectif sur les conclusions des discussions en petits groupes.

• Discussion collective sur l’intérêt des luttes contre la gentrification et de leur inscription dans le champs social et projections.


Dimanche 22 avril (à partir de 10 heures)


• Ateliers pratiques divers en petits groupes : organisation pratique contre les expulsions locatives, organisation face à la répression et points juridiques sur le squatt et les occupations (toute suggestion d’atelier pratique est bienvenue)

• Intervention de J.-P. Garnier sur l’aménagement du territoire et la gentrification

• Discussion collective sur ce qu’on peut nommer les « luttes de territoires », leurs enjeux, leurs contradictions (peut-être pourrons nous compter à ce sujet sur l’intervention de camarades luttant à la ZAD ou en Val de Susa). Comment faire des liens entre ces luttes et comment les inscrire dans des perspectives révolutionnaires.


Nous savons que certaines pratiques et positions politiques divergent entre les différents groupes et collectifs que nous avons invité à participer à ce week-end. Nous pensons cependant que les débats contradictoires peuvent enrichir nos réflexions et nos pratiques. Pour l’instant, nous n’avons pas encore défini le lieu où se déroulera ce week-end. Quoi qu’il en soit, nous accueillerons et hébergerons avec plaisir les personnes qui viendront d’ailleurs.


 

Pour qui veut venir ou avoir plus d’informations, n’hésitez pas à nous contacter.

 

 

SOURCE / JURALIB

Publié dans environnement

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