Mediator 150 mg, un livre d'utilité publique, au sous-titre censuré

Publié le par dan29000

Vu l'actualité récente, nous publions de nouveau notre chronique en date du 02/08/2010 sur le livre du docteur IRENE FRACHON du CHU de BREST, un livre à lire en priorité afin de mieux comprendre comment des centaines de victimes reconnues, et d'autres potentielles, sont en droit de demander des comptes aux laboratoires SERVIER...

 

 

Lire aussi sur le sujet : Mediator, un médicament dangereux trop tardivement retiré de la vente

 

Tout d'abord, saluons l'arrivée d'un nouvel éditeur en Bretagne, il se nomme EDITIONS DIALOGUES.FR. Il est basé à Brest. Nous n'en  dirons pas plus, mais si vous connaissez déjà une des plus belles librairies de l'hexagone nommée Dialogues, vous connaissez aussi le fondateur de la librairie et de ces nouvelles éditions.  Nous allons y consacrer un article dans les jours prochains car cette initiative nous réjouit. Il n'est pas facile de lancer une maison d'édition. Alors nous y reviendrons dimanche prochain.

Manque de chance pour Charles Kermarec, dès les premiers livres publiés, procès.

Vilaine affaire, mais vous le savez si vous lisez régulièrement notre site, en général les laboratoires sont assez vilains, surtout quand quelqu'un dit la vérité sur un de leurs médicaments. En cause avec ce livre, les laboratoires Servier qui n'ont pas du tout apprécié, le sous-titre :

Combien de morts ?

Pourtant la couverture était bien réussie, en couleurs, avec Mediator 150 mg sur un beau fond bleu, et en dessous sur un fond blanc, écrit en rouge : Combien de morts ?

Donc vous l'avez bien saisi, on ne doit pas écrire : Combien de morts ? 

Pour les laboratoires Servier on peut mettre sur le marché un médicament dangereux, on peut sortir (heureusement) un livre sur le sujet, mais l'auteur aurait dû avoir le bon réflexe de faire dessiner la couverture de son livre directement par Servier. Le procès aurait été évité.

Bref le laboratoire demandait la suppression de "Combien de morts ?", estimant qu'elle représentait "un dommage imminent", sans rire ! Le tribunal des référés de Brest, dans sa grande sagesse face à ce péril imminent, début juin, a donné raison à Servier,  en " ordonnant la suppression immédiate, par tous moyens, de cette mention, sur tout exemplaire de l'ouvrage, sous astreinte de 50 euros par exemplaire distribué, offert à la vente ou vendu, à compter de l'exécution de la présente décision ".

Ouf, la population des lecteurs allait enfin être bien protégé de ce "dommage imminent". 

Ajoutons à cela que la SAS Loisirs et Culture est condamnée à verser 2.000 euros et aux dépends. 

Circulez, il n'y a rien à voir ! Les intérêts des laboratoires sont bien gardés avec une telle justice.

Charles Kermarec doit faire appel de cette décision honteuse. Difficile de lui donner tort.

Mais alors qu'en est-il de ce fameux livre, tiré à 5500 exemplaires, et dont il va falloir modifier la couverture.

Disons-le d'emblée, il s'agit d'une enquête, sérieuse, organisée et édifiante d'Irène Frachon qui est médecin des hôpitaux, spécialiste de pneumologie au CHRU de Brest. Elle a réussi, avec quelques autres médecins brestois, à faire suspendre le fameux Mediator, un antidiabétique, utilisé aussi comme coupe-faim. L’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé) a décidé le 30 novembre 2009 de suspendre le Mediator en raison d’un risque avéré de valvulopathie. 

Mais qu'est-ce que la valvulopathie ? Bonne question. C'est une maladie des valves du coeur.

 

En prologue de son livre, l'auteur revient utilement sur l'ISOMERIDE, célèbre coupe-faim dangereux, employé il y a quelques années par plus de sept millions de Français en grande difficulté de poids. Il faut dire que la promotion de ce médicament fut agressive, avec, comme d'habitude le vecteur nocif des  tristement fameux visiteurs médicaux, bras armé de l'industrie pharmaceutique. Relire l'excellent livre dont nous vous parlions il y a quelques semaines : LES MEDICAMENTEURS. Isoméride fut clairement accusé d'avoir un lien entre lui et les HTAP (hypertension artérielle pulmonaire). Les autorités de santé prennent alors la décision de réserver le médicament aux seuls obèses suivis en milieu hospitalier spécialisé.

Vous ne devinez pas qui commercialisait l'Isoméride, mais oui, les laboratoires SERVIER. Un colossal bénéfice s'évaporait soudainement !

L'histoire du Mediator peut commencer.

Durant de longues années, 300 000 Français consommèrent quotidiennement du Mediator. Pour faire court, car je suis certain que vous allez acheter le livre bientôt, les premiers éléments d'une possible toxicité datent de 1997...Et c'est en novembre 2009 que l'AFSSAPS annonce la suspension de l'autorisation de mise sur le marché du médicament.

Le corps du livre d'Irène Frachon peut, par moment, se lire comment un polar, puisqu'il s'agit bien d'une enquête, avec des déplacements de Brest  à Paris, des rencontres, des attentes, des espoirs, des doutes, et des témoins, que nous appelerons des patients.

Certains livres à caractère médical sombrent parfois dans l'ennui, ce qui n'est pas le cas ici, sans doute le talent, qui vient s'ajouter au courage et à la ténacité de l'auteur.

Laissons lui les derniers mots :

"La transparence est une condition de la qualité de la politique de santé des populations. C'est pourquoi je témoigne dans ce livre de ce que j'ai vécu, de la manière la plus factuelle possible. Mon objectif est de permettre à chacun de comprendre comment sont prises certaines décisions de santé publique en France et de contribuer ainsi au début public, constitutif de l'exercice de la démocratie."

Manifestement l'objectif est réussi malgré les prédateurs en embuscade. 

Cerise sur le gâteau, une postface de l'indispensable Rony Brauman qui, en quelques pages, cadre bien le sujet, avec concision, à son habitude.

 

A noter pour les amateurs, un accès gratuit au fichier numérique inclus.

 

En complément on pourra aussi lire :

 

Les médicamenteurs, un livre de Stéphane Horel  

 

Dan29000

 

MEDIATOR 150 mg

Irène Frachon

Postface de Rony Brauman

Editions-dialogues.fr

2010 / 152 p / 15,90 euros

 

 

Publié dans lectures

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pabois 24/12/2010 11:55



à suivre : la revue PRATIQUES, la revue de la médecine utopique, a dès le début, débatu de ce produit . De même, mais sur un plan très pharmacologique, une revue que tous les médicaux au moins
sinon les citoyens devraient lire : la revue PRESCRIRE, indépendante de tout financement autre que ses abonnés comme la revue Pratiques d'ailleurs



dan29000 24/12/2010 11:57



Oui, nous connaissons un peu, on va essayer de faire un article en janvier dessus, effectivement très utile...