Mediator : en 1977, la revue Pratiques dénonçait les mensonges de Servier

Publié le par dan29000

 

EXCLUSIF. Mediator : la preuve des mensonges de Servier

     par Le Nouvel Observateur

    

Dès 1977, la revue médicale "Pratiques" dénonçait l'escroquerie sur la nature du Mediator. Comment Servier pouvait-il ignorer ce que des médecins écrivaient déjà noir sur blanc ? Par Anne Crignon.

Molécule du Mediator dans "Pratiques" de février 1977. (Scan "Pratiques" - DR) Molécule du Mediator dans "Pratiques" de février 1977. (Scan "Pratiques" - DR)

A l’hiver 1977,  "Pratiques ou les cahiers de la médecine utopique", la revue du Syndicat de la médecine générale, publie un article de trois pages sur une pilule inconnue nommée Mediator, présentée  comme une nouveauté. Nouveau, ce médicament ? Pas vraiment, à en croire les rédacteurs de "Pratiques" qui - déjà - flairent l’arnaque.

"Mediator nous a demandé dix ans de recherche", annonce le laboratoire Servier. A d’autres,  répliquent en substance les médecins de la revue : "Pourquoi Servier ne nous dit-il pas que son Mediator est, sur le plan chimique, un dérivé de l’amphétamine et un dérivé d’un autre produit de son laboratoire, l’anorexigène Pondéral ?",  écrivent-ils. En d’autres mots, c’est un coupe faim, et non pas un simple antidiabétique, dénoncent-ils plus de trente ans avant qu'éclate le scandale Servier.

 

L'article de la revue "Pratiques" de février 1977 intitulé : "les laboratoires Servier pour le Médiator" :

 

Et c’est cette vérité, dissimulée pendant trente ans, qui sera rétablie en 2008 par Irène Frachon au CHU de Brest, et ce malgré les mensonges réitérés du fabriquant.

Exhumée par Irène Frachon, la parenté entre la structure chimique de l'amphétamine et celle du Mediator.
Exhumée par Irène Frachon, la parenté entre la structure chimique de l'amphétamine et celle du Mediator. (Irène Franchon - DR)

Tout aussi stupéfiante, la clairvoyance du rédacteur de "Pratiques" qui redoute des complications sanitaires à venir : "Pour un  produit à vocation internationale qui se veut être prescrit des années en continu, écrit-il, il est indispensable que les prescripteurs soient prévenus de ce tout petit détail [le Mediator est une amphétamine et un coupe-faim: NDLR]. Pour mieux surveiller les réactions des malades par exemple. Les laboratoires Servier sont trop expérimentés en matière de lancement de produit pour ne pas y avoir pensé.  Alors… dissimulation volontaire ?"

Ainsi, la question à laquelle s’efforcent de répondre aujourd’hui trois juges d’instruction parisiens est posée dès 1977 par la revue on ne peut plus sérieuse d’un syndicat de généralistes.

Concernant la valeur thérapeutique du Mediator, "Pratiques" est tout aussi  sceptique. Le journal  incite les généralistes à ne pas se laisser embobiner par le baratin de Servier et ses longs argumentaires étayés de références biochimiques. "Ca fait sérieux ça fait honnête, poursuit le rédacteur. Mais il ne faut pas se laisser impressionner par la grandeur des mots. Les malades ne sont pas traités par des démonstrations chimiques, sur leur luxueux papier mais par des produits efficaces. "La revue estime que les généralistes ne disposent pas d’éléments nécessaires pour savoir si le médicament est efficace ou non. Et surtout, ils se méfient beaucoup d’un laboratoire  "champion de la promotion médicale,  c’est à dire de la publicité, de la relance postale, des courriers luxueux sur papier glacé, de la visite médicale". Servier est - déjà - en 1975 au premier rang parmi les laboratoires pour le budget alloué aux visiteurs médicaux. Et l’article de "Pratiques" s’achève ainsi : "Et dans quelques années,  quand on commencera à avoir un petit bout de vérité, ça en fera des millions de boites de Médiator vendues. Et avec cet argent, les laboratoires Servier auront bien vécu." CQFD.   

Anne Crignon - Le Nouvel Observateur

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