Mediator : médicament mortel des laboratoires Servier, dont Sarkozy faisait l'éloge

Publié le par dan29000

 

 

 

 

Quand Sarkozy encensait Jacques Servier, fabricant du Mediator

Effets imprévisibles ou négligence? Le médicament qui aurait causé la mort d’au moins 500 personnes n'a été retiré du marché qu'en 2009. L'année où son patron a été fait Grand-Croix de la Légion d'Honneur par le chef de l'Etat.

 



Au moins 500 morts à cause d’un médicament contre le diabète, largement utilisé comme coupe-faim. C’est quatre fois plus que les décès officiellement attribués à l’hormone de croissance, objet d’un retentissant procès. Responsabilité du fabricant, des autorités sanitaires alors que le médicament avait été retiré du marché aux Etats-Unis en 1997, en Italie et en Espagne en 2005? Après son retrait en France en 2009, le bilan du Mediator reste à établir.

"En tant qu’entrepreneur, vous avez été souvent sévère à l’endroit de l’administration française. Vous critiquez l’empilement des mesures, des normes, des structures et vous avez raison", disait Nicolas Sarkozy de Jacques Servier, patron des laboratoires du même nom, en l'élevant au rang de Grand Croix de la Légion d'Honneur en 2009. Des "mesures", des "normes" qui auraient peut-être gagnées à être renforcées dans le cas du Mediator.

Deux études récentes de la Caisse d’assurance maladie concluent à la dangerosité du médicament. Selon la première, les diabétiques traités par le Médiator ont eu trois fois plus de risques de souffrir de cardiopathies vasculaires et quatre fois plus de risques d'avoir une chirurgie valvulaire que ceux suivant un autre traitement.

L’autre, à paraître dans les prochaines semaines et déjà citée par Le Figaro, se risque même à avancer le chiffre de 500 à 1000 décès sur toute la période de circulation du médicament, entre 1976 et l’an dernier. Environ une personne exposée sur mille serait victime de graves atteintes cardiaques.

Le député socialiste Gérard Bapt a demandé le 17 novembre la démission de Nora Berra, secrétaire d'Etat à la santé. Elle avait déclaré : "il faudra voir la relation d'imputabilité entre le médicament et ses effets". Le 16 pourtant, Xavier Bertrand, nouveau ministre de la santé, avait appelé "tous ceux qui ont pris du Mediator" à consulter un médecin. Il était interrogé sur le sujet à l’Assemblée nationale.

 

Depuis plusieurs années, la pneumologue Irène Frachon tentait d’alerter les autorités sanitaires sur les dangers du Mediator. Son livre Mediator, combien de morts? - le sous-titre a été censuré à la suite d’une procédure judiciaire intentée par le fabricant - synthétise ses travaux sur le sujet. La pneumologue souligne les risques que le médicament fait courir en terme de santé publique.

Reprochant aux autorités françaises leur inertie sur le Mediator, la chercheuse souligne également la responsabilité du fabricant :

“Très clairement, il y a un très gros problème de transparence du côté du laboratoire, notamment au niveau de l'information qu'il a donnée sur ce médicament. Il n'y avait pas assez d'informations sur la nature du médicament à la disposition des prescripteurs et des consommateurs."

Elle accuse même Servier d’avoir donné “des informations qui ne correspondent pas, je pense, à la réalité scientifique”. Ce n’est pas la première fois qu’un médicament coupe-faim se révèle nuisible: l’Isoméride, à la composition proche du Mediator, retiré du marché en 1997. Et élaboré par le même laboratoire : Servier.

Un labo dont le patron, Jacques Servier, a été distingué par le président de la République, qui l’élève au grade de Grand-Croix de la Légion d’honneur en 2009. Sans doute fier de sa breloque, le patron exhibe sur le site de son laboratoire l’allocution présidentielle débitée à cette occasion.

Nicolas Sarkozy a l’air content : après avoir vanté “un personnage hors du commun” avec “une conception profondément humaine” de son métier, le Président se lâche :

“Vous vous êtes battu toute votre vie pour soulager et pour guérir, pour proposer aux médecins et à leurs patients des médicaments efficaces. [...]

Vous n’avez eu de cesse de prendre des risques. Je sais bien que passer d’Orléans à Neuilly, c’était déjà, pour reprendre vos mots, se développer à l’international. [...]

La Nation vous est reconnaissante de ce que vous faites. Vous êtes une publicité vivante pour les médicaments SERVIER parce que, franchement, l’âge n’a absolument aucune prise sur vous.”

L’âge non, la justice peut-être : des patients traités par Mediator ont déposé plainte contre le groupe Servier.

Mise à jour le 17/11 à 19h15 : Ajout de la position de Gérard Bapt, qui demande la démission de Nora Berra.
Source : Les inrocks 

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