Mediator : Servier, le laboratoire qui soigne mieux les cardiologues que les malades

Publié le par dan29000

 

 

 

 

Servier sait soigner les cardiologues

Deux professeurs proches du labo annulent brusquement leur participation à un congrès de cardiologie.


Par CÉDRIC MATHIOT, YANN PHILIPPIN

 

 


Difficile d’imaginer timing plus catastrophique. A partir d’aujourd’hui, la Société française de cardiologie (SFC) tient au Palais des congrès à Paris ses journées européennes. Car si officiellement le «thème d’actualité» (sic) est «la thrombose et les médicaments antithrombotiques», ce raout annuel sera empoisonné par le scandale du Mediator et la prochaine publication du rapport de l’Igas, samedi. L’affaire soulève la question des relations incestueuses entre les labos, les médecins et leurs sociétés savantes. Un journaliste présent hier au Palais des congrès pour repérage décrit une ambiance «depanique et d’extrême tension».

Casting. Et pour cause. Selon nos informations, les deux coprésidents de la «séance à thème» sur le Mediator et les valvulopathies cardiaques, ajoutée au programme à la dernière minute en décembre, ont décidé, la semaine dernière, de se retirer des débats. Le casting avait de quoi faire grincer des dents, puisque Geneviève Derumeaux, présidente de la SFC, et Bernard Iung, cardiologue à l’hôpital Bichat, ont tous deux mené une étude sur le Mediator pour le compte de Servier. Le malaise aurait été d’autant plus fort que Bernard Iung accuse désormais Servier d’avoir caviardé la présentation de son étude (lire page 2). «Nous n’avions absolument pas envisagé qu’on pouvait être perçus comme les porte-parole de Servier», nous a indiqué hier Geneviève Derumeaux, qui fera demain une brève intervention pour expliquer son choix. Les deux intéressés disent avoir pris cette décision seuls. «Ils l’ont fait suite à une suggestion de l’Igas», assure pourtant une source proche de la SFC.

Vœux. Ce retrait en catastrophe pose le problème des liens étroits que Servier a tissé avec (entre autres) les spécialistes en cardiologie, l’un de ses axes de recherche. «Servier a toujours eu une politique très active de recherche et d’essais cliniques. Etant basé en France, ils ont fait travailler les grands spécialistes. Tous les laboratoires ont des liens avec les grands médecins. Tous les médecins ont des liens avec certains laboratoires. Mais vous ne trouverez aucun labo qui ait, comme Servier, des relations avec la quasi-totalité des grands acteurs de la cardiologie. C’est le résultat de vingt ans de travail», explique un ancien du labo.

Jacques Servier s’est chargé d’enfoncer le clou. «Les cardiologues nous soutiennent», a-t-il lancé la semaine dernière lors de ses très controversés vœux au personnel du labo, où il avait soutenu que le Mediator n’avait fait «que trois morts». La réaction de Geneviève Derumeaux a été pour le moins ambiguë. D’un côté, elle a nié tout «soutien» de la SFC et indique que la société savante n’a jamais nié la dangerosité du Mediator. Mais c’est pour mieux ajouter, dans un entretien au Monde.fr, que «Servier est un grand laboratoire qui ne mérite pas cette polémique». «Mes propos ont été sortis de leur contexte», assure-t-elle aujourd’hui. Elle a également mis en doute les calculs «complexes» qui ont conduit l’épidémiologiste Catherine Hill à attribuer 500 décès au Mediator. Estimation également attaquée par Servier.

Faut-il y voir les conséquences du soutien financier apporté par Servier à la SFC, mentionné dans son rapport 2008 sur le mécénat? Le labo a également mis la main à la poche pour financer la newsletter de la SFC lors du dernier congrès européen de cardiologie. Et Geneviève Derumeaux préside le jury de la bourse de recherche Edouard-Coraboeuf, financée par Servier.

Promo. En matière d’indépendance, cette dernière a deux facettes. Côté pile, c’est elle qui a insisté pour que soit ajouté à l’étude Regulate, qu’elle a menée pour le compte du labo, un examen échographique. Ce qui a permis d’établir un lien entre le Mediator et la dégradation des valves, contribuant au retrait du médicament. Côté face, cela n’empêchera pas la présidente de la SFC de coprésider, aujourd’hui, lors du congrès, un débat aux allures de séance promo pour le Procoralan, l’un des derniers produits Servier. «C’est un débat organisé par Servier qui ne s’inscrit pas dans le cadre du programme défini par notre comité scientifique. Nous avons fait un erratum pour le préciser», indique Derumeaux. Une conférence qui rappellera des souvenirs à certains cardiologues français présents lors du congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC), cet été à Stockholm. Cette manifestation, la plus importante de la cardiologie mondiale avec 25 000 participants, avait été marquées par deux présentations en grande pompe d’une étude sur le Procoralan, dont l’une par le responsable de l’étude, le Français Michel Komajda, tout nouveau président de l’ESC. «Ils en ont trop fait, juge un cardiologue, membre d’une commission de l’ESC. Et je doute que cela soit très rentable». Et le même de remarquer que Komajda s’inscrit dans une lignée d’ex-présidents de l’ESC ayant tous mené des études cliniques pour le laboratoire français. Histoire de dire que l’influence de Servier sur la cardiologie ne se limite pas à la France.

 

Source : LIBERATION (janvier 2011)

 

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Mitsuko 11/05/2011 07:35



Bonjour Dan,


Je trouve que tout est résumé dans le titre :


"Médiator : Servier, le laboratoire qui soigne mieux les cardiologues que les malades"


A lire cette simple phrase dont tous les mots sont importants mais qui ne soigne pas les maux des patients ...


Bon mercredi à toi, Dan. A bientôt. Bises.


Mitsuko



dan29000 11/05/2011 08:26



Quand on pense que Servier ne veut pas vraiment indemniser les victimes et que ce labo a en caisse, 2 milliards d'euros ! Bonne journée à toi