Mexique, Oaxaca : policiers et paramilitaires investissent San Juan Copala

Publié le par dan29000

Les paras et les policiers sont entrés dans San Juan Copala... 31 juillet 2010




La Municipalité Autonome de San Juan Copala se situe dans le lointain territoire des Indiens Triqui au nord-est de Oaxaca. C’est là que 700 familles Triqui, soit environ 5000 villageois, n’ont ni envoi de nourriture, ni électricité, ni téléphone et ils ne peuvent plus bénéficier, depuis près d’un an, ni de soins médicaux ni de services éducatifs. Ce sont les paramilitaires qui contrôlent les accès de communication. Depuis 25 ans, avec l’appui du gouvernement mexicain, plus de 400 habitants y ont été assassinés, et au moins 22 personnes depuis novembre 2009 !

L’EZLN, ou Armée Zapatiste de Libération Nationale, a été créée par Zapata au début du ving­tième siècle. Elle esit réapparue en 1994, lors de la prise de San Cristobal de las Casas. L’EZLN défend aujourd’hui les peuples du Chiapas en lutte, qui se regroupent dans des communautés indi­gènes autonomes. Là, les populations indigènes défendent leurs droits, et mettent en oeuvre l’accès à l’éducation, à la santé... La « logique » capitalise y est rejetée. Ils représentent désormais un des plus grands essais altermondialistes...

La guerre contre les narcotraficants est juste une façade sur laquelle se concentre le monde entier, pour faire oublier celle contre les zapatistes. Inutile non plus de préciser que la résistance zapa­tiste n’est pas du goût des dirigeants mexicains, qui essaient tant bien que mal de les anéantir. Force est de constater qu’ils ne parviennent pas à leur but, il suffit d’observer les panneaux indi­quant l’entrée dans les territoires zapatistes : « Esta usted en territorio zapatista en rebeldia, aqui el pueblo manda y el gobierno obedece » (« Vous entrez en territoire zapatiste en lutte, ici le peuple commande et le gouvernement obéit »).

La communauté de San Juan Copala était depuis quelques temps encerclée et sous blocus, dirigée par les paramilitaires à la solde du gouvernement. Une caravane humanitaire internationale, qui a voulu y entrer pour apporter des vivres et des médicaments le 27 avril 2010, a été mitraillée, bilan : 2 morts. Il y a plus longtemps, lorsque les paramilitaires y sont entrés, l’EZLN a réussi à les chasser et les habitants autochtones ont pu reprendre le contrôle de la communauté en installant une municipalité autonome.

Le 31 juillet 2010, malheureusement, les paramilitaires et les policiers sont entrés par la force à San Juan Copala. Et depuis ils ne sont toujours pas ressortis... On n’a pas plus de nouvelles. Une combattante a disparu. Deux femmes ont été blessées gravement (l’une d’entre elles, si elle survit, ne pourra peut-être plus jamais remarcher...).

Les radios associatives, très présentes, nous donnent des nouvelles de ce qu’il s’y passe quand elles le peuvent. Parmi elles, Radio Sabotaje.

Communiqué paru sur le site de la Radio Sabotaje.

“Par différents moyens, on nous rapporte que la police d’État est entrée il y a quelques heures dans San Juan Copala, et qu’avec des membres de l’organisation priísta-paramilitaire Ubisort, ils ont pris l’hôtel de ville de la municipalité autonome. Malgré le fait que depuis plusieurs mois, la communauté est encerclée et est sous le feu des paramilitaires d’Ubisort, malgré les assassinats de Jiri Jakkola et de Bety Cariño par les mains des paramilitaires, malgré le blocus qui, récemment, a empêché l’entrée de la Caravane de la Paix, le gouvernement et la police s’étaient maintenus dans l’ombre. Maintenant qu’Anastasio Juárez Hernández, frère de Rufino Juárez Hernández le lider d’Ubisort, a été tué lors d’un affrontement entre un groupe de chauffeurs de taxis à Santiago Juxtlahuaca, dans des faits extérieurs à la municipalité, ils ont profité de la situation pour essayer de rompre, par le biais de la violence paramilitaire et institutionnelle, le processus d’autonomie des camarades triquis de San Juan Copala."

Communiqué de la municipalité autonome incitant au respect, avant que la police n’entre dans San Juan Copala quelques heures plus tard :

"Bulletin urgent du 30 juillet 2010, San Juan Copala, Oaxaca :

Le gouvernement menace d’envahir les communautés de la Municipalité Autonome au prétexte d’arrêter les camarades injustement inculpés dans l’assassinat d’Anastasio Juárez, agent munici­pal placé par Ubisort, ladite organisation sociale qui a soutenu un affrontement le 29 juillet, à Juxtlahuaca, avec un groupe de chauffeurs de taxis...

AUX MÉDIAS

AUX ORGANISMES DES DROITS HUMAINS

AUX ORGANISATIONS SOCIALES

AU PEUPLE DE OAXACA ET DU MEXIQUE

Nous nous dirigeons vers vous pour vous mettre au courant des possibles barbaries que le gouver­nement d’Ulises Ruiz prétend commettre contre la Municipalité Autonome de San Juan Copala dans le but de faire disparaître ce projet autonome, qui résiste dignement devant l’encerclement paramilitaire d’Ubisort et de Mult.

Depuis mardi, dans la communauté de Sabana Copala, des membres d’Ubisort ont privé de leur liberté des chauffeurs de taxis de la municipalité Santiago Juxtlahuaca qui avaient porté un toast au service public, puis qui, selon les accusations, avaient endommagé deux drapeaux de ladite orga­nisation, laquelle exige la réparation des dommages.

Le problème s’est accentué le 29 juillet 2010, entre Ubisort et les chauffeurs, provoquant des dom­mages matériels et des crises de nervosité chez certaines personnes, crises dues aux 2 fusillades recensées à Santiago Juxtlahuaca. C’est à propos de ce problème qu’ils prétendent inculper les camarades de la Municipalité Autonome comme des assaillants directs d’Anastasio Juárez lors de son assassinat.

De vive voix, nous informons tous les camarades qui sont attentifs à de telles situations que le gou­vernement est en train de chercher un prétexte pour arrêter les camarades et ainsi en finir avec tout ce travail de lutte.

Nous clamons que, en tant que projet autonome, nous ne plaçons pas de grands espoirs dans le gou­vernement élu ce 4 juillet 2010 dernier, nous sommes attentifs aux agissements qu’il va pouvoir avoir devant tant d’injustice, de corruption, de répression, d’impunité, de pillage des biens du peuple, mais surtout devant tous ces crimes que le gouvernement actuel a généré dans notre État.

Nous avons une camarade disparue, et la répression continue, les attaques continuent dans San Juan Copala, les fusillades n’ont pas cessé, et nous avons peur pour nos camarades menacés de mort.

Nous craignons l’invasion militaire dans la région triqui car nous en avons déjà fait l’expérience dans nos grands luttes similaires... quand les militaires entrent, ils rasent tout.

Nous avons peur pour nos enfants, nos femmes, nos vieillards et pour toute la communauté en général.

Nous sommes attentifs à toutes les actions.

« Un peuple conscient, sera toujours un peuple rebelle » Municipalité Autonome de San Juan Copala.”
P.-S.

Source : Radio Sabotaje

Et pour plus d’informations : Radio Insurgente
Radio Zapatista Enlace Zapatista Zezta International
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Source : Rebellyon

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