Michel Onfray : Apostille au crépuscule, dans toutes les librairies

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

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Michel Onfray versus Sigmund Freud, deuxième round
Par Hubert Artus | Rue89 | 

 

 

 

 



Au printemps, Michel Onfray déclenchait une belle polémique en s'attaquant à Freud avec « Le Crépuscule d'une idole ». A l'occasion d'une « Apostille au crépuscule », le philosophe revient pour Rue89 sur cette affaire, mais aussi sur le manque de soutien de son éditeur Grasset, sur les intellectuels français et sur ses engagements politiques.
Michel Onfray versus Sigmund Freud, le scandale

Paru en avril dernier, « Le Crépuscule d'une idole : l'affabulation freudienne » était la biographie non-autorisée et fort documentée d'un mythe : Onfray s'y attaque à Freud, dépeint comme un pervers sexuel, un conservateur, un philosophe qui déteste la philosophie, un camarade des régimes autoritaires fascistes, ou encore un homme qui fit exclure des confrères (Jung, Reich).



Certains de ces faits avaient été remarqués par des historiens, d'autres étaient connus des spécialistes, et d'autres encore ont déplu, choqué, secoué les dogmes.

Onfray ne s'attaquait pas à la psychanalyse, que Freud n'avait d'ailleurs pas inventée, mais seulement à la psychanalyse freudienne, démontrant qu'elle ne saurait être présentée comme la psychanalyse à elle toute seule.

Pour incendiaire que ça ait pu paraître, ça méritait bien un débat, qui n'a pas vraiment eu lieu. On a assisté à un pugilat, encore présent dans les esprits. On se rappelle la réponse virulente de la psychanalyste et philosophe Elisabeth Roudinesco. On se rappelle aussi l'article de Politis le 15 juillet, intitulé « La mort d'Onfray ».
Pas soutenu par son propre éditeur


Onfray affirme même que « Libération et Le Monde ont ostensiblement interdit la parution des papiers qui me défendaient ». Il revient sur cette période, sans oublier cette chose dont il n'avait pas encore parlé : l'absence de soutien de la maison qui l'édite, Grasset, et de son éditeur même, Jean-Paul Enthoven.

Contacté par Rue89, ce dernier était loin de Paris, et n'a pas souhaité répondre à la sollicitation. Signalons qu'il est aussi l'éditeur, entre autres, de Bernard-Henri Lévy, un des détracteurs les plus virulents d'Onfray. Un détail qui peut gratter.

Onfray reste néanmoins un « serial seller » (93 400 exemplaires vendu pour « Le Crépuscule » (selon Edistat) et un bon client télé, et c'est tant mieux. Et l'auteur de conclure, sur le sujet Grasset : « Il y aura une suite à ça. » Chez un autre éditeur ?


Pas un travail « contre », un travail « sur »

« Cette Apostille au crépuscule propose une aurore », écrit-il à la première page du livre. L'ouvrage se propose, comme le veut la définition même du terme « apostille », de rassembler notes, explications et addendum au livre scandale. 

Quoique l'on pense de Michel Onfray, il faut dire et redire que « Le Crépuscule » est, intellectuellement, la suite logique de tout son travail, qui repose sur la « démythologisation », débutée en 1989 avec « Le Ventre des philosophes », poursuivie avec les volumes de la « Contre-histoire de la philosophie », puis avec le best-seller « Traité d'athéologie ».

Même lorsqu'il écrit une « Contre-histoire », Onfray travaille avant tout « sur », et non « contre » le matériau qu'il délimite, cartographie et analyse. Bien resituer l'évolution, approfondissement et la rigueur de son travail permet à Onfray de montrer qu'il n'est pas le populiste et le corbeau noir que ses détracteurs souhaiteraient qu'il soit.

Poursuivant dans son élan, le philosophe annonce d'ailleurs dans notre entretien qu'après la religion et la psychanalyse freudienne, il s'attaquera à l'écologie, pensant, ouvrages à l'appui, « que les variations du climat n'ont rien à voir avec le fait qu'on roule en mobylette ou pas ». Ca promet !
La psychanalyse freudienne, « une niche fiscale »

Si Onfray a vu arriver sur lui ces obus de toutes sortes, c'est qu'il attaquait une figure sacrée. Une pratique sacrée. Dans « L'Apostille », il pointe d'ailleurs ce que la psychanalyse freudienne a de commun avec la religion : un lien vertical, par là-même hiérarchique, entre l'homme et les mystères, de sorte que l'homme puisse aussi bien prétendre rencontrer sa vérité que son propre saint.

Pour la « psychanalyse existentielle, non-freudienne » à laquelle il appelle, comme pour la politique et les savoirs, Onfray est de ceux qui militent pour un lien horizontal entre l'homme et sa connaissance (le monde, les autres, le savoir, le goût, le voyage, la croyance).

Les outils de cette plateforme existent, répète-t-il dans son ouvrage : Bachelard, Sartre, Deleuze et Guattari, voire Wilhelm Reich en ont donné des clés. Aussi la psychanalyse freudienne lui semble-t-elle caduque.

Dans la version intégrale de notre interview, il voit même en la pratique pure de la méthode freudienne (paiement cash et main à main) une « niche fiscale » [le régime des psychanalystes, le plus souvent, est celui de la micro-entreprise, ndlr]. Onfray plaide pour une réunion des savoirs freudiens et marxistes, ouvrant une discipline existentielle où « l'inconscient est psychique et matériel ».

C'est parce qu'il croit que l'inconscient se structure après la naissance, et non avant comme le veut la tradition freudienne, qu'Onfray a pu, en 2007, apporter la contradiction au candidat Sarkozy sur la question du prétendu déterminisme génétique des délinquants.

 

« Mes illusions me conduisent vers Jean-Luc Mélenchon »

Certains pourront sourire de voir Onfray, dans son livre aussi bien que dans notre entretien, utiliser moult fois les termes « horizontal » et « plateforme ». A la plateforme pour une « psychanalyse existentielle » qu'il appelle ici de ses vœux, répond celle qu'il réclame pour la gauche antilibérale depuis des années, dans la droite ligne de son héritage de libertaire vivant en République.

Le passé récent l'a vu soutenir très officiellement Olivier Besancenot et le NPA, puis José Bové. Déçu par ce dernier, « qui va à l'Europe et est avec Cohn-Bendit, Eva Joly et François Bayrou », Onfray dévoile ici la figure qu'il voit incarner son idée de l'unité à gauche :

« Mes illusions me conduisent vers Jean-Luc Mélenchon, un homme concret et pragmatique. »


Deux caractéristiques qui, toujours, ont été les postulats philosophiques du philosophe.

 

► Voir la version intégrale de l'entretien. Outre les thèmes abordés ici, Michel Onfray y évoque : Bernard Henri-Lévy, Alain Badiou, la religiosité de la psychanalyse freudienne, la politique, la gauche, et l'inscription dans le temps de l'homme d'aujourd'hui. 

 

Début de l'entretien : 3'55

 

 

 

 

 

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