Michel Onfray : Les dix ans de l'Université Populaire de Caen

Publié le par dan29000

La chronique mensuelle de Michel Onfray | N° 85 – Juin 2012


DIX BOUGIES -


J’ai créé l’Université Populaire de Caen en octobre 2002. Les dix années de cette aventure ont été fêtées fin mai. Elles ont été passées sous silence par la presse. La presse locale, bien sûr, (systématiquement invitée, elle n’assiste à aucune présentation générale des années au cours desquelles les amis bénévoles, vingt à la dernière rentrée, expliquent en quoi consistent leur séminaire), mais également la presse nationale.

En dix années, la chose est facile à compter, nous n’avons obtenu que… trois articles spécifiquement consacrés à l’UP de Caen : l’un, honnête, de trois pages, rédigé par Philippe Petit pour Marianne ; l’autre, en mai 2005, est un entretien avec un bref chapeau neutre de Valérie Marin La Meslée pour le Magazine Littéraire ; le dernier, le vendredi 29 octobre 2004, est une commande passée à Roger-Pol Droit par son journal Le Monde et qui était également un entretien avec une brève présentation faisant référence au livre que j’avais associé à cette aventure, La communauté philosophique. Manifeste pour l’université populaire (Galilée), un ouvrage présenté comme « excessif et caricatural »… Il y eut également deux ou trois articles sur les Universités Populaires en général, mais mises en perspective avec les Universités inter âges, l’université de tous les savoirs, les cafés-philos et autres cafés citoyens…

Cette même presse, sauf Le Point, m’a traîné dans la boue lors de la parution de mon livre sur Freud : on a annoncé ma mort physique dans Politis, on a titré « Merde à Onfray » dans Le Journal du dimanche, Les inrockuptibles ont signalé qu’ils ne s’interdiraient pas de parler d’un livre qu’ils n’avaient pas l’intention de lire, Libération et Le Monde ont rivalisé d’ingéniosité pour mettre à la poubelle tous les textes qui me soutenaient, tout en commanditant des papiers pour me déconsidérer, sinon m’insulter. Libération parvint même à réunir BHL et Badiou contre moi, un honneur, pendant que Le Monde alignait six signatures contre moi en deux jours – tout en m’expliquant que, faute de place, ils ne pourraient passer ma défense, une commande du directeur de l’époque, Eric Fottorino, outré du traitement qu’on me réservait dans son journal… Ces deux journaux reprenaient en coeur les éléments de langage fournis par Elisabeth Roudinesco : je réactivais les thèses d’extrême droite, je faisais preuve d’antisémitisme, j’étais un pédophile refoulé (puisque je m’étais dissocié de cette gauche parisienne qui trouvait des vertus à Roman Polanski, c’était bien la preuve que mon refus masquait ce que mon inconscient portait : une attirance pour la pédophilie…)- et autres vomissures du même acabit.

Il était pourtant facile d’assister à l’une des vingt et une séances consacrées à Freud cette année-là et de débattre avec moi au lieu de m’insulter sans m’avoir lu…. Quarante-deux heures sur vingt-et-une semaines entre octobre et mai, voilà qui permettait à la meute déchaînée de me mettre en difficulté devant les mille personnes présentes à mon cours ! On aurait pu aussi constater qu’il existait un séminaire psychanalyste animé par une amie praticienne en vertu du principe qui m’anime qu’à l’UP on débat et l’on n’endoctrine pas. La même harpie qui fédérait cette haine en sous-main orchestrait une pétition visant, « au nom de la liberté d’expression » ( !), l’interdiction de la diffusion de mon cours. Cette année-là, Olivier Poivre d’Arvor, directeur de France Culture, m’apprit qu’il y avait eu 450.000 podcasts, records pulvérisés. Pas de papiers bien sûr…

À l’heure des dix bougies de l’UP, un sourire me vient aux lèvres : les journalistes sont vraiment, comme ils disent, la garantie de la démocratie, la preuve de la liberté, le rempart contre la tyrannie, l’expression de la justice et de la justesse dans un monde qui en manque tant !


Michel Onfray

 

 

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