Michel Onfray, sa Chronique mensuelle, juillet 2011

Publié le par dan29000

 

 

La Chronique Mensuelle de Michel Onfray | N° 74 – Juillet 2011

QU’UN AMI VÉRITABLE… -

 

 

Montaigne écrivait, on le sait, qu’« un ami véritable est une douce chose »… J’avais un ami, et je ne le savais pas… Dans la centaine de courriers électroniques reçus quotidiennement, j’ai reçu un jour celui de Michel Perraudeau qui me parlait des Vendéens comme d’authentiques libertaires ! J’ai l’habitude d’extravagances, de manuscrits de trois feuillets destinés à faire un livre et promis à changer la face de l’univers pourvu que je rédige une préface, de romans qui révolutionneront la littérature occidentale pour lesquels on me réclame une postface ou d’essais philosophiques dans lesquels j’ai joué un rôle majeur, même si mon nom n’apparaît pas dans la bibliographie alors que tous les livres de mes adversaires s’y trouvent… Des Vendéens libertaires ? Oui oui…


Puis j’ai reçu le livre, Vendée 1793. Vendée plébéienne publié aux excellentes Editions Libertaires. J’ai lu la quatrième de couverture, feuilleté l’ouvrage, parcouru ici ou là, et finalement tout lu avec passion : en effet, le livre est convaincant. Michel Perraudeau propose une contre-histoire de l’histoire révolutionnaire et montre que, contre la légende d’une Vendée contre-révolutionnaire, monarchiste, catholique, antirépublicaine, les combats de la Vendée se menaient contre le nouveau pouvoir des bourgeois, contre le jacobinisme robespierriste, contre le pouvoir centralisé venu de Paris, contre la domination des villes qui méprisent les campagnes. Pour passer cette révolte populaire et campagnarde à la trappe, la bourgeoisie aux affaires grâce à la Révolution Française a fabriqué cette légende d’une Vendée contre révolutionnaire. Ce bref livre tonique ouvre des pistes considérables comme autant de contre-allées de la légende propagée par l’université.


Le même auteur publie un Dictionnaire de l’individualisme libertaire qui, c’est bon signe, se trouve mal accueilli par les milieux anarchistes officiels qui ne connaissent que catéchismes et génuflexions. Nouvel exercice de contre-histoire des idées, cette fois-ci : une contre-histoire libertaire de la pensée anarchiste qui détruit les codes et montre qu’on ne saurait être anarchiste dans le troupeau, chasser en meute ou psalmodier un credo tribal. On y trouve des notices sur des penseurs pour lesquels, selon l’heureuse formule de Nietzsche, il est tout autant odieux de suivre que de guider. Les dames catéchistes libertaires qui récitent les mantras de leur secte gagneraient à sortir des clous anarchistes en découvrant Déjacques et Deherme, Coeurderoy et Zo d’Axa, Tailhade et Emile Armand, de quoi donner un coup de fouet idéologique à la gauche libertaire anémique et apathique…

Michel, devenu mon compagnon en contre-histoire, m’envoie le synopsis de son prochain livre : une biographie d’Anselme Bellegarrigue, l’inventeur de l’anarchisme avant Proudhon. Cet homme, ignoré de tous, y compris par les historiens de l’anarchisme qui, eux-aussi, résument les notices au lieu de lire l’œuvre et de faire une enquête pour rédiger leurs pensums fautifs. Son héros a lutté contre le système, contre la violence révolutionnaire, il a invité à la défiance à l’endroit des partis politiques et promu l’individu et ses associations. Bonheur de Michel Perraudeau à lire d’urgence…


 © Michel Onfray – Juillet 2011

 

 

Source : Michel Onfray.fr

Publié dans lectures

Commenter cet article