Michel Onfray, sa chronique mensuelle : la salope éthique

Publié le par dan29000

La Chronique Mensuelle de Michel Onfray | N° 77 – Octobre 2011


LA SALOPE ETHIQUE


 

 

Quelques bourgeoises qui s’ennuient à Paris ont décidé de se dire féministes comme sur un coup de tête on va prendre un thé et manger des macarons chez Ladurée. Entre deux bouchées sucrées, on brise des lances et on refait le monde : « inadmissible que le masculin l’emporte sur le féminin… dans la grammaire ! Faisons donc la révolution » disent ces dignes descendantes de Louise Michel ! Désormais on parlera de professeure, d’auteure, de réalisateure, de sénateure, et passim. Nouvelle lubie, il y a peu, il s’agissait d’en finir avec « Mademoiselle ». Nouvelle révolution… Ce féminisme médiatique fait honte aux femmes – en même temps qu’il doit faire la joie des hommes : tant qu’ils n’ont que ce genre d’adversaires, ils peuvent continuer à dormir sur leurs deux…

Et puis je lis dans « Le Monde » (dans lequel l’ancien patron, Eric Fottorino, m’avait accordé une chronique qu’on m’a supprimée avec une bonne méthode : on a fait le mort à tous mes signes et j’ai disparu des plannings qu’on m’a envoyés un temps…) un excellent article de Frédéric Joignot intitulé « Salopes et fières de l’être » (24 .IX.2011). Il y est question d’une « Marche des Salopes » qui réunissait au Canada, puis dans soixante-dix villes du monde entier, des défilés de femmes avec minijupes, talons aiguilles et décolletés.

Sonya Barnett qui fonde ainsi un nouveau féminisme a voulu réagir au lieu commun supposant que le viol des femmes est provoqué par leur tenue. Autrement dit : le criminel sexuel n’est ni responsable, ni coupable, en revanche, le décolleté ou la jupe courte d’une femme, si. Sonya Barnett est une lectrice attentive de La salope éthique, un magnifique titre oxymorique qui n’est pas traduit en français. Cet ouvrage de Dossie Easton & Janet Hardy a été publié en 1997. Best-seller, il est « devenu le manifeste des partisans d’une sexualité libre, déculpabilisée et morale ».

La salope éthique est amoureuse, mais elle vit des relations multiples. Pour éviter l’inévitable souffrance du partenaire, elle met en place une éthique de la prudence qui évite autant la transparence sartrienne que le silence petit-bourgeois. Elle suppose une pragmatique concrète, par exemple, une vie de couple, mais dans des appartements séparés. Ce texte se propose de réhabiliter le plaisir sexuel qui fait des vagues même, et surtout, parmi les féministes dont certaines sont prudes, communient dans la haine des hommes pensés comme des agresseurs sexuels par principe, méprisent les jeux amoureux entre égaux des corps sexy, ludiques et joyeux, etc.

Les salopes éthiques ne condamnent pas la pornographie en soi, mais son usage brutal, violent,qui reproduit le schéma dominant de notre société patriarcale , capitaliste et libérale. L’une d’entre elles, Annie Sprinkle, dit fort justement : « La réponse au mauvais porno, ce n’est pas d’interdire le porno, c’est de faire du bon porno ». Le journaliste de citer Virginie Despentes qui abonde en ce sens et affirme : « Le mouvement post-porno est une nouvelle étape de la révolution féministe ». Ignorant ces combats outre-Atlantique, j’avais pour ma part défendu la même idée dans Le souci des plaisirs. Je me sens moins seul…

© Michel Onfray 2011

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