Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

 

Une mairie UMP "surveille" les gens du voyage

 

 

La mairie de Moigny-sur-Ecole a publié, dans son bulletin de janvier, les photographies des plaques d'immatriculations de gens du voyage qui se sont installées en juillet dernier sur un terrain de sport. La Ligue des Droits de l'homme a porté plainte vendredi.



"A ce jour, 70% des 741 campements illicites recensés au 31 juillet sur le territoire ont été évacués, dont 118 des 190 d'Ile-de-France", déclare Brice Hortefeux dans Le Parisien de vendredi. Voilà une déclaration qui devrait réjouir le maire UMP de Moigny-sur-Ecole. La municipalité de cette petite commune de l'Essonne a fait preuve d'un zèle plutôt inattendu: dans son bulletin municipal de janvier, un billet d'humeur, non signé mais validé par le maire Pascal Simonnot, évoque "un envahissement sans précédent de 70 caravanes" de gens du voyage, en juillet dernier. Et d'ajouter, au côté de l'article, les photographies non-floutées des 40 plaques d'immatriculation des véhicules fautifs.

L'auteur du billet explique, pour justifier la publication des photographies: "Sans racisme primaire, nous avons adopté la politique du 'surveillant-surveillé'". Et d'évoquer un "nomadisme fiscal" – "ces 'déplacements' leur permettent d'éviter de payer un certain nombre d'impôts et de s'adresser à plusieurs caisses d'allocations familiales" – et une justice "beaucoup trop souvent du mauvais côté". En guise de bouquet final, il propose "un moratoire où les gens du voyage seraient centralisés administrativement aux Saintes-Maries-de-la-Mer, puisque officiellement, c'est leur point de convergence".

Lire le billet d'humeur visé sur leJDD.fr

Un "maire impérialiste"

Le dossier a été rapidement saisi par la Ligue des Droits de l'homme. L'ONG a annoncé vendredi avoir déposé plainte contre le maire, directeur de la publication et donc responsable juridique, pour "provocation à la discrimination", " diffamation à caractère raciale" et "atteinte au droit à l'image" et donc "à la vie privée". "Nous n'avons aucun commentaire à faire", déclare au JDD.fr la municipalité qui indique, par ailleurs, que Pascal Simonnot est "injoignable". Pour cause, de nombreux électeurs ont peu goûté la teneur du billet d'humeur.

"Les gens sont choqués par l'horreur de cet article et plusieurs d'entre s'en sont indignés dans des courriers destinés à la mairie", assure au JDD.fr Bernard Hainsselin, président de l'association "Moigny et vous". Cet opposant dénonce l'attitude "impérialiste" de son maire qui "abuse grandement de son pouvoir". A l'en croire, Moigny-sur-Ecole est "la seule commune pour laquelle il est nécessaire d'écrire au maire pour obtenir le compte-rendu municipal ou le Plan d'occupation des sols (POS)".

Un ami de NKM?

Sur le fond, Moigny-sur-Ecole pouvait en théorie refuser l'implantation des 70 caravanes que sa municipalité a comptées et photographiées. La commune d'environ 1.300 habitants est trop petite pour entrer dans le cadre de la législation, qui impose de prévoir des aires d'accueil. "Mais dans ces cas, on peut faire des efforts", regrette Bernard Hainsselin qui pointe le silence de son député, l'UMP Frank Marlin, mais aussi de Nathalie Kosciusko-Morizet, "une soi-disante grande amie de Pascal Simonnot".

Pour la Ligue des Droits de l'homme, le billet d'humeur est plus que la production d'un élu aux idées trop tranchées. "Nous observons depuis plusieurs années déjà une radicalisation de certains élus locaux au sujet des gens du voyage", explique au JDD.fr le service juridique de l'ONG, qui précise que: "Même s'il s'agit d'un phénomène étalé dans le temps, il paraît évident que le virage sécuritaire de l'été dernier l'a amplifié." Plusieurs procédures avaient déjà été intentées à l'encontre de journalistes ou de responsables publics. Mais, à en croire la Ligue, c'est la première fois qu'un élu est visé pour un "tel" discours sur les gens du voyage. Mais pourquoi Pascal Simonnot changerait son propos alors qu'il est à demi-mot validé par le ministre de l'Intérieur? "Que l'on soit français ou étranger, on ne peut s'installer de force dans un espace appartenant à autrui", a encore lancé Brice Hortefeux dans Le Parisien.

Gaël Vaillant - leJDD.fr

Vendredi 18 Février 2011

Tag(s) : #actualités

Partager cet article

Repost 0