Monstre sacré, un roman décapant signé Donald Westlake

Publié le par dan29000

 

 

 

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Donald E. Westlake a écrit beaucoup. Beaucoup trop parfois, dirent les mauvaises langues. Certes quand on a écrit plus d'une centaine de romans, il semble difficile de cumuler les chefs d'œuvre. Voyez Simenon. Pourtant la plupart de ses romans qui abordèrent les divers genres de la littérature policière (roman noir, thriller, fantastique ou encore roman ironique) sont réellement passionnants et surtout très personnels, car il a un ton Westlake.

 


D'ailleurs pour ceux qui fréquenteraient plus les salles obscures que les librairies, signalons au passage que ses romans furent adaptés pour le grand écran, souvent avec bonheur, par Costa-Gavras, Deville, Cavalier ou encore Ferreira-Barbosa. Rien qu'en France...

 

Déjà publié en anglais en 1989, Monstre sacré pourra surprendre les habitués de l'auteur. Disons-le, ce roman est atypique, et peut au début surprendre. Mais rapidement la magie d'un grand auteur opère et les ingrédients qui sont la signature de Westlake sont bien là : humoir, noir, très noir, et aussi l'ironie. Tout cela étant mis au service d'une mordante satire du show business américain.

Mais on est en droit de penser que cela pourrait aisément se transposer dans le petit milieu du show bizz franchouillard. Seule la taille changerait...

 

Construit en flash-back, Westlake nous fait partager un moment de la vie de Jack, une super-star, très riche, mais en perte de vitesse. Un matin, lors d'un réveil "difficile" au bord de sa piscine, il ne parvient plus à se rappeler les excès commis la veille. Débarque alors le second personnage important de cette étrange histoire très hollywoodienne.

Michael, reporter plus vrai que nature, du  magazine People, qui obtient non sans mal une interview où la star adulée va lui raconter sa biographie...

 

Au fil des pages et des nombreux dialogues particulièrement ciselés, l'un va mettre toute son habileté à faire parler l'autre. Peu à peu les barrières des propos autorisés et donc aseptisés vont tomber et lentement mais surement la vraie personnalité de la star va apparaître.

En particulier la relation plus que malsaine avec un copain d'enfance, Buddy.

Et, bien entendu, fidèle à son art, Westlake nous réserve longtemps l'un de ses célèbres coup de théâtre dont il a le secret.

Si le roman est typiquement américain, difficile de ne pas songer à quelques noms de célébrités de chez nous.

Une belle lecture pour cet été qui débute.

Donald Westlake n'a eu qu'une grave faute de goût dans sa belle carrière, celle de nous avoir quitté le dernier jour de 2008. On lui en veut un peu...Mais il avait tout de même 75 ans et on peut lui pardonner car il a beaucoup donné à la littérature policière que nous aimons.

Donc il nous a beaucoup donné...

 

Dan29000

 

 

Monstre sacré

Donald Westlake

Traduit de l'anglais (USA) par Pierre Bondil

Collection dirigée par François Guérif

Rivages/Thriller

2011 / 272 p / 18,50 euros

 

EXTRAIT / Page 17


Buddy lui intima une petite poussée et Jack s'approcha de la Buick invisible, il trébucha mais se rattrapa et poursuivit son chemin. Dans le noir, ses mouvements étaient semblables à ceux de Buddy, fluides, empreints d'une sournoise assurance. Puis il s'arrêta et se retourna. Au firmament, les nuages s'écartèrent et la sueur qui couvrait son visage renvoya soudain une pâle lueur au clair de lune. Jamais pareil sourire ne s'y était inscrit. 

"Buddy ?" appela-t-il, immobile sous les rayons de la lune. "Merci !" Puis il fit volte-face et reprit sa marche dans le noir avec les mouvements fluides de son ami. 

Je souris en direction du ciel au souvenir de cet incroyable moment, celui où j'ai ouvert la portière de la Buick et où la lumière s'est allumée... comme au début d'un film, comme lorsque le rideau se lève au théâtre. Elle était là, et je n'avais jamais rien vu de tel. Et elle m'a tendu les bras... 

J'ai levé les bras vers le ciel, comme la fois où j'ai incarné le prince des Aztèques. Rouge. Il y a du sang sur ma main, ma main droite. Séché, foncé, terne. Je porte la main à ma bouche et je lèche tout le sang. Il n'y en a plus du tout. Plus de preuve. Aucune importance. J'oublie tout. 

"C'était incroyable", dis-je, entièrement obnubilé par cette première fois qui remonte à si longtemps. "Tellement excitant. Ma toute première fois. J'ai perdu... j'ai perdu tout contrôle de moi-même. C'était comme une explosion. C'est là que j'ai vraiment commencé à vivre pour de vrai." 


 

Lire aussi notre article sur "UNDERWORLD USA" de James Ellroy chez le même éditeur, ICI

 

Pour voir le site de l'éditeur, c'est ICI

 

Du même auteur, chez le même éditeur, nous avons aussi particulièrement aimé : 

 

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"Westlake manie merveilleusement l’absurde." (New York Times Book Review)


"Westlake est toujours original." (Elmore Leonard)


"Le spécialiste des coups tordus qui vous prennent toujours au dépourvu." (James Grady)

 

 


The late crime novelist Donald E. Westlake, memorialized in his own words, with apologies to the Buena Vista Social Club (he really liked the music).

Publié dans lectures

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Piyou 04/04/2012 21:16


La succession de petits chapitres fait avancer l'histoire par touches et les évènement s'enchainent naturellement, comme s'il ne pouvait en être autrement, y compris les liens entre les
personnages et l'épisode final comme seule issue possible.

dan29000 04/04/2012 23:48



Westlake est un monument de l'histoire américaine du polar, par son talent, sa longévité et son humour décapant, ici nous sommes sur un roman,, certes excellent, mais un peu atypique, décalé dans
son œuvre...