Montreuil : la guerre de Voynet contre le cinéma Le Méliès en grève ,soutenu par ses spectateurs et de nombreux artistes

Publié le par dan29000

 

Culture

Voynet - Méliès : la guerre est déclarée


13 février 2013


Par Sólveig Anspach, Dominique Cabrera, Robert Guédiguian et Dominik Moll Cinéastes, membres du conseil du cinéma Méliès

Depuis plus de trois semaines, l’équipe du cinéma Méliès de Montreuil est en grève avec le soutien massif de ses spectateurs et des milieux de la création cinématographique. Le Méliès de Montreuil, salle municipale d’art et d’essai, est emblématique à plus d’un titre : reconnue pour ses choix éditoriaux exigeants et éclectiques, elle a su fidéliser un public nombreux et s’attirer la reconnaissance de tous, notamment pour son travail autour du cinéma de recherches, des films de patrimoine et du cinéma jeune public. De Michael Cimino à Claude Chabrol, de Tsaï Ming-liang à Oliver Stone, Agnès Varda et Nuri Bilge Ceylan, les plus grands réalisateurs français et étrangers y font escale pour montrer leur film et débattre avec un public passionné. En 2006, la municipalité de l’époque et le directeur artistique du Méliès, Stéphane Goudet, se sont engagés dans un projet d’extension. Il prévoit un déménagement des salles pour créer un nouveau lieu de six écrans au lieu de trois. Objectif, renforcer l’éditorialisation du cinéma en exposant mieux - c’est-à-dire plus longtemps - les films programmés, en renforçant la mission pédagogique envers les scolaires ainsi que le travail sur les films de patrimoine dans cette ville qui fut marquée par la présence des studios de Georges Méliès. Ce projet est alors violemment attaqué par deux des plus gros groupes français d’exploitation, UGC et MK2, qui prétextent un «abus de position dominante» et une «concurrence déloyale» pour tenter de stopper net l’extension des salles. Détournement de langage stupéfiant quand on connaît la position dominante de ces deux circuits dans l’espace parisien. Soutenu par son public et par certains des plus grands cinéastes du monde entier, le cinéma Méliès gagne la bataille et le projet d’extension suit son cours.

Elue maire de la ville en 2008, Dominique Voynet remet aussitôt en cause le projet engagé par son prédécesseur, estimant dans la presse le projet «trop cher», «élitiste», «bobo», et jugeant «arrogant» l’affrontement avec les deux groupes d’exploitation. Après moult tergiversations, la nouvelle équipe municipale se ravise, paraît soutenir le Méliès et revendique le projet d’ouverture de la plus grande salle publique de France dans sa ville. Cela ne dure pas. Depuis plus d’un an, la mairie n’a de cesse de déstabiliser l’équipe du Méliès afin de reprendre la main sur le projet mais sans ceux qui, par leurs compétences et leurs choix éditoriaux, l’ont rendu possible. Enquêtes administratives, procédures judiciaires, calomnies, mensonges et double discours, toutes les méthodes sont employées. La dernièreprocédure remonte à quelques semaines. Elle a provoqué la grève actuelle et la large mobilisation des spectateurs : à la veille des fêtes de fin d’année, Dominique Voynet porte plainte contre l’équipe du Méliès et suspend le directeur artistique et deux salariées pour «détournements de fonds». Il s’agit en réalité de recettes de projections «non commerciales», ne donnant pas lieu à une billetterie du Centre national du cinéma (CNC) mais à une deuxième caisse tolérée par le CNC. Un usage courant pour ce type de salles. Ici, le Méliès n’a fait qu’utiliser cet argent pour compenser des places offertes par la ville à des associations partenaires.

Aveuglée par des luttes de territoire politiciennes, Dominique Voynet ne semble pas voir l’essentiel. Qu’en déclarant la guerre au Méliès, elle affaiblit l’une des salles d’art et d’essai les plus exemplaires de France. Et que, ce faisant, elle rend plus difficile le combat de tous ceux qui se battent pour une meilleure exposition de nos films. Aujourd’hui, les grands circuits d’exploitation monopolisent une telle part des écrans qu’il arrive, certaines semaines, que cinq films occupent près de 4 000 écrans sur les 5 200 disponibles. La production indépendante est trop souvent cantonnée à une poignée de salles quand, au même moment, quatre ou cinq blockbusters occupent chacun 600 à 900 écrans. Cela aboutit à un turnover catastrophique pour les films sortis avec des moyens modestes : le public n’a pas le temps de les découvrir… qu’ils sont déjà retirés !

Nous pensons que la seule alternative à cet état de fait est le renforcement des salles indépendantes d’art et d’essai. Or, leur vitalité passe par des politiques éditoriales singulières, incarnées par des programmateurs passionnés. Ce sont eux qui donnent une identité forte à ces salles, tel le Méliès. L’aveuglement de la mairie de Montreuil aboutit à un immense gâchis et désespère tous ceux, spectateurs et cinéastes, qui croient encore que le cinéma n’est pas une marchandise comme les autres ; qu’une salle défendue avec ferveur par une équipe entière est une sorte de bien public que rien ne devrait pouvoir mettre à mal. Nous tenons à réaffirmer notre engagement au côté de l’équipe du Méliès, celle qui défend nos films avec enthousiasme et conviction.

 

 

Premiers signataires : Mathieu Amalric, Bertrand Bonello, Laurent Cantet, Jean-Louis Comolli, Arnaud Desplechin, Valérie Donzelli, Pascale Ferran, Agnès Jaoui, Gilles Marchand, Gérard Mordillat, Nicolas Philibert, Bruno Podalydès, Mariana Otero, Chantal Richard, Bertrand Tavernier, Jean-Pierre Thorn.

 

 

 

SOURCE / LIBERATION.FR

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