Nano-technologies : Réponse aux attaques de Chantal Jouanno

Publié le par dan29000

Chantal Jouanno attaque les opposant-e-s aux nano-technologies, et nous ripostons


Vous ne connaissez pas Chantal Jouanno ? Suivant ses propres dires, la secrétaire d’Etat à l’écologie "n’est pas une baleine" mais, d’après Le Point, la "karaté kid" et "la chouchoute" de Sarkozy à qui elle reconnaît tout devoir, et qui l’a "formatée" [1] (sic). Dans une tribune publiée par Le Monde sur son site Internet mercredi 17 février, elle tente d’inquiéter le lecteur à propos du naufrage de la campagne d’acceptabilité des nanotechnologies menée par la Commission nationale du débat public. On se souvient que pour entretenir l’illusion de l’indépendance de la CNDP, la règle du jeu veut que le commanditaire et maître d’ouvrage (ici, sept ministres, plus la secrétaire d’Etat à l’écologie), disparaisse pendant la période du "débat public". "Le maître d’ouvrage s’abstient de toute communication en-dehors du cadre du débat piloté par la commission", dixit la CNDP. Patatras. Chantal Jouanno a craqué six jours avant la dernière réunion du 23 février. Il faut que l’opération ait pris bien mauvaise tournure pour que, dans cette tribune prématurée, elle attaque les opposants au nanomonde en dissimulant deux éléments : leur nom, et la vérité. Nous les rétablissons.

"Nous ne construirons une société écologique que dans une démocratie réaffirmée. Briser l’élan de la parole, empêcher les débats publics et l’information sont les voies redoutables de la tyrannie, non pas verte, mais tout simplement obscurantiste. Ce sont pourtant ces procédés qui bloquent aujourd’hui le débat autour des nanotechnologies, ouvert le 15 octobre 2009 et qui doit se clore le 23 février 2010. Cet engagement du Grenelle de l’environnement, voulu par tous ses acteurs – associations, syndicats, acteurs économiques et experts – est aujourd’hui en butte à d’inquiétantes entraves."

Par respect pour le lecteur, précisons que les "procédés" et les "entraves" évoqués ne sont ni des ectoplasmes, ni tombés du ciel, ni le fait d’obscurs comploteurs. La vérité oblige à rappeler à Chantal Jouanno, gestionnaire ordinaire du système technicien, que des êtres humains s’opposent aux décisions de son gouvernement. Que des centaines de personnes ont manifesté dans la plupart des 17 villes traversées par la caravane publicitaire des nanotechnologies. Voire que Pièces et Main d’œuvre, qui travaille et enquête sur le fait technologique depuis huit ans, avait appelé, dès le mois de septembre 2009, à boycotter et à saboter une entreprise de manipulation de l’opinion. Les communicants des ministères auraient pu, afin d’éviter le ridicule à la secrétaire d’Etat, lui déconseiller l’usage du terme "obscurantiste". Autrefois essayé pour discréditer les opposants aux nanotechnologies, celui-ci a depuis longtemps été abandonné, y compris par les chercheurs du Commissariat à l’énergie atomique et le techno-gratin grenoblois. La ficelle était trop voyante, d’accuser d’obscurantisme ceux-là même qui avaient jeté la lumière sur les nanotechnologies et le projet du nanomonde, diffusé les informations alors ignorées de la population – sans que jamais celles-ci ne fussent prises en défaut – et qui avaient lancé le débat public sur ce sujet dès janvier 2003 avec le premier texte critique en France, "Nanotechnologies, maxiservitude". Il est vrai que Chantal Jouanno, alors chargée de communication auprès du directeur de la police nationale, et "plume" du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, était trop occupée pour s’intéresser aux nanotechnologies. "Inquiétantes, tout d’abord, parce qu’elles trahissent les fondements mêmes de notre démocratie que sont la libre parole dans l’espace public et l’accès à l’information. Remplacer le verbe par la menace ou la violence, c’est manquer à notre tradition de liberté éclairée et partagée. Empêcher la tenue d’un débat dont le principe a été discuté, admis et inscrit dans la loi Grenelle 1 du 3 août 2009, c’est dénier la démocratie."

C’est vrai, c’est effrayant quand on y pense, nous avons lancé des mots et des avions en papier à la face des experts, des vigiles et des policiers en civil armés, mobilisés pour faire participer la population. Touchante défense de la démocratie de la part d’une secrétaire d’Etat dont le gouvernement a, d’abord, décidé le développement massif des nanotechnologies – plan Nano Innov adopté en 2009 au nom d’une "véritable révolution industrielle que la France ne doit pas manquer" (Valérie Pécresse, 5/05/09), construction de deux nouveaux pôles de type "Minatec" à Toulouse et Saclay, investissements dans le cadre du Plan de relance et du "grand emprunt" – et qui, ensuite, fait croire à la population qu’elle peut en débattre. Chacun sait que cette campagne de la CNDP a été menée pour occulter la contestation du nanomonde et de la fuite en avant technologique. Suivant l’adage des sociologues de l’acceptabilité, les décideurs ont compris que "faire participer, c’est faire accepter". La soumission publique valait bien les trois millions d’euros gaspillés par la CNDP dans sa tournée de promotion.

"Inquiétantes, aussi, parce qu’elles ferment la voie à ce que l’évolution du monde nous impose aujourd’hui de fonder : une politique appuyée sur des choix éclairés et débattus. Dans un domaine récent et en croissance rapide, les débats entre experts scientifiques sont une nécessité : il n’est pas de décision responsable qui soit fondée sur l’ignorance. Les bénéfices espérés des nanotechnologies pour nos modes de vie peuvent être majeurs, leurs effets potentiels sont à explorer. Elles appellent donc une information et une réflexion collectives. Elles appellent de nouveaux processus de concertation, ceux-là mêmes que le Grenelle de l’environnement a inaugurés. Empêcher le débat, c’est limiter l’accès au savoir et insulter notre société."

Qu’est-ce au juste que cette "évolution du monde" qui imposerait aux décideurs de débattre des choix politiques – fabuleuse concession - sinon la révolte d’opinion incarnée par les opposants ? Lesquels, depuis la contestation du nucléaire et le "syndrome OGM", constituent pour le pouvoir une contrainte externe à intégrer dans le processus de recherche & développement. Saboter une campagne de manipulation, c’est précisément révéler l’absence de vrais débats, cette insulte révoltante à la société, c’est accéder enfin au vrai savoir – politique et non technique. Sans la contestation de ces pseudo-débats, et en amont, depuis sept ans, de l’avènement du nanomonde, la discussion publique ressasserait des ergotages sur les nanoparticules, esquivant soigneusement le seul débat qui vaille : quelle vie, dans quel monde, voulons-nous ? Un débat qui n’appelle aucun "éclaircissement d’expert" puisque d’évidence nous sommes tous les experts de nos propres vies. Horresco referens pour Chantal Jouanno pour qui il n’est pas question de débattre entre égaux d’un avenir commun, mais bien de confier aux "experts scientifiques" l’éclairage des décideurs.

Qu’est-ce que ce "domaine récent et en croissance rapide", sinon le produit délibéré de programmes étatico-industriels lancés en toute discrétion il y a une décennie ? et nullement une évolution spontanée et pour ainsi dire, fortuite. Notre secrétaire d’Etat à l’écologie ne peut l’ignorer, qui vante partout la "croissance verte" au bénéfice de "nos PME et nos champions internationaux, tels Veolia, Suez, Areva et EDF, aux avant-postes de l’innovation et de la compétitivité". [2] Quant aux "bénéfices espérés" des nanotechnologies, ils sont connus, et mesurés : mille milliards de dollars de chiffre d’affaires escompté pour l’industrie en 2015.

"Entraves inquiétantes, enfin, parce que si elles ferment la porte du savoir et du progrès, elles ferment tout autant celle de la précaution. Ne nous mentons pas : la sûreté de notre société ne peut être construite dans l’ignorance des évolutions qui sont en cours. Car parler de nanotechnologies, c’est parler de quoi ? Non seulement de l’avenir, avec les inquiétudes autant que les espoirs qu’il soulève, mais c’est aussi parler de notre quotidien. Des cosmétiques à l’électronique, en passant par les emballages alimentaires, les médicaments ou les raquettes de tennis, leurs applications se multiplient. C’est donc aujourd’hui qu’il nous faut apprécier leurs impacts potentiels, qu’ils soient sanitaires, environnementaux, économiques ou éthiques, pour accompagner leur développement."

Autrement dit, une fois le nano-fait accompli par le complexe scientifico-industriel, il importe de le faire avaliser à la multitude, moyennant un feint souci de son bien-être, quelques normes, quelques mesures, quelques étiquettes, quelques protocoles d’usage. C’est ce que Chantal Jouanno appelle la "précaution".

Quant à son inventaire faussement naïf des nanotechnologies : qui croira que nous, Pièces et Main d’œuvre, avons consacré des livres, des centaines d’articles, des dizaines de réunions publiques à la critique des raquettes de tennis du futur ? Ouarf. Parler de nanotechnologies, quand on prend ses lecteurs au sérieux, c’est parler du basculement dans le nanomonde. Le projet politique du nanomonde, c’est celui de la connexion (numérique, électronique) permanente à tout et à tous, de la dépendance envers le système technicien et industriel pour la moindre activité, dans les gestes jusqu’ici réalisés de façon autonome – depuis les courses pour la maison jusqu’au soin des enfants ou des personnes âgées. Ce projet de réification de l’humain, de pilotage central de la société-fourmilière régulée par la machine (la planète intelligente d’IBM), et de contrainte individuelle par l’usage d’implants électroniques neuronaux, se nomme totalitarisme. C’est de cela qu’il est question quand il s’agit de développer les technologies convergentes. C’est cela que la CNDP avait pour mission d’éliminer du débat et que Chantal Jouanno dissimule. C’est cela que nous combattons depuis janvier 2003.

"Prétendre qu’un tel débat n’a pas de sens est imprudent puisque, précisément, certaines nanotechnologies sont déjà sur le marché. Le développement des sciences et des technologies est encouragé par notre société et c’est à notre société de construire une démocratie capable de les réguler et de les encadrer. C’est à notre société de refuser que les applications de la science deviennent incontrôlables. Le débat est une voie de régulation, car il permet de discuter et de fonder nos choix collectifs. La transparence, clé d’un accès partagé au savoir, l’est tout autant. C’est pourquoi nous avons voulu mettre en place un inventaire obligatoire de toutes les utilisations connues de substances nanoparticulaires dans le projet de loi Grenelle 2, actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. C’est là une première, qui fait de la France une pionnière en matière de débat public et de vigilance sur ces questions." Prétendre que la secrétaire d’Etat parle pour ne rien dire est imprudent puisque précisément, sa mission est de ne rien dire. Le développement des techno-sciences est piloté par l’Etat et le complexe scientifico-industriel, qui, du plan Messmer au plan Nano Innov, ont imposé à la société les orientations de la recherche & développement (investissements, infrastructures, plans pluri-annuels) pour nous plonger sans retour dans la société nucléaire, génétiquement modifiée, numérisée et machinisée. C’est justement parce que la "société" refuse depuis 30 ans ces programmes de technification du monde, et qu’elle le fait à propos des nanotechnologies avec une précocité, une véhémence et une ténacité inédites, que le pouvoir doit mettre en scène une pseudo démocratie technique et participative. Ces pseudo-débats ne sont pas une initiative bénévolente du gouvernement, mais sa réponse à la contestation.

"Il nous appartient de construire un monde qui soit capable d’intégrer des technologies nouvelles. Nous ne devons pas en avoir peur. Le choix est simple : ne pas progresser, ne pas s’informer, ne pas dialoguer... ou inventer, connaître et choisir collectivement, pour un monde conscient et serein."

Chantal Jouanno parle couramment le galimatias, appâtant le chaland sans argument, mais en manipulant des mots chargés émotivement : inventer, connaître, collectivement, conscient, serein. Ça ne lui coûte pas plus cher qu’à Anne Lauvergeon, patronne d’Areva, de vanter le nucléaire comme "l’énergie au sens propre". Gibier publicitaire, voyez comme on vous parle.

"Pour toutes ces raisons, nous avons besoin d’un débat ouvert sur la question des nanotechnologies. Un débat où chaque citoyen puisse s’exprimer, interroger, mesurer les risques. Il est encore temps de construire l’avenir en ce domaine, respectons le moment du débat. Donnons-nous, ainsi, les moyens de construire une société durable, qui soit une société du savoir et de la démocratie."

Pour toutes ces raisons, nous appelons chacun à enquêter et à agir, à refuser les puces espionnes RFID, les gadgets communicants, les organismes atomiquement modifiés, les technologies de surveillance et de contrainte. Fauchons les champs de recherche & développement, comme les champs d’OGM, et ne laissons pas les experts et les technarques décider à notre place.

Salutations luddites,

Pièces et Main d’œuvre
Atelier de bricolage pour la construction d’un esprit critique à Grenoble

Publié dans environnement

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Il y trop de navo-technologie!!!