Nantes : enfin un policier devant le tribunal pour tir de flash-ball

Publié le par dan29000

Premier procès d'un policier pour un tir de flash-ball

 

Par LIBÉRATION.FR

La liste des blessés s'allonge année après année. Depuis que l'utilisation des flash-balls et de ses dérivés a été étendue à la police de proximité en 2002, on compte une douzaine de victimes. Parmi elles, Pierre, qui a perdu un œil en 2007 lors d'une manifestation lycéenne. Âgé de 16 ans à l'époque des faits, il a été victime d'un LBD40 – une arme à balles souples (gomme-cogne), à la portée et la précision supérieures à celle de marque Flash-Ball.

Le jeune homme a décidé de porter plainte contre le policier auteur du tir. «Pour que l'affaire ne soit pas aussitôt enterrée, oubliée, et surtout pour calmer au moins temporairement la police, envoyer un message, dire "On ne peut pas mutiler impunément un lycéen, on ne peut pas tirer sur une manifestation"», explique-t-il à Mediapart. L'affaire est jugée jusqu'à mercredi devant le tribunal correctionnel de Nantes.

Le parquet avait requis un abandon des poursuites. Mais les juges d'instruction ont toutefois estimé que «les conditions de nécessité et de proportionnalité» invoquées pour justifier le tir étaient «suffisamment discutables» pour renvoyer l'affaire devant le tribunal correctionnel. Si le prévenu conteste avoir tiré sur Pierre, le rapport de l'IGS, lui, assure qu'il n'existe «aucun doute» sur le fait qu'il est à l'origine du tir.

Ce procès, «le premier en France d'une mutilation au flash-ball» selon les plaignants, est l'occasion pour les détracteurs de l'arme de dénoncer son usage excessif. Le fabriquant Flash-Ball, dont l'arme contient une balle en caoutchouc de 29 grammes de la «taille d'une balle de jokari», spécifie qu'elle ne doit jamais être utilisée à moins de 7 mètres. En mai 2009, la Direction centrale de la sécurité publique avait rappelé la proscription de viser «au niveau du visage ou de la tête» et la nécessité d'une utilisation «proportionnée». Ce qui n'empêche pas de nombreux accidents. Voici les plus emblématiques.

 

 

7 juillet 2005, aux Mureaux (Yvelines). Un garçon de 14 ans est sérieusement blessé à l'œil par le tir d'un policier qui le poursuit. Le policier indique s'être senti menacé quand l'adolescent s'est arrêté pour ramasser un objet au sol.

19 mars 2009, à Toulouse (Haute-Garonne). Joan Celsis (lire son portrait), un étudiant de 25 ans, est gravement blessé à l'oeil en marge d'une manifestation d'étudiants à Toulouse quand la police tente de déloger un groupe de manifestants d'un magasin Monoprix.

1er mai 2009, à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis). A la cité des Fauvettes, Samir Aït-Amara, 18 ans, joue à une «chasse à l'homme» avec des jeunes de la cité lorsque, selon sa sœur, un policier sort d'une voiture et lui tire dessus à moins de trois mètres sans sommation. Il perd l'audition de l'oreille gauche.

8 juillet 2009, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Le réalisateur Joachim Gatti, 34 ans, perd un œil après avoir été touché par un tir policier alors qu'il manifestait contre une expulsion de squatteurs. Le 19 août 2009, l'Inspection générale des services déclare que les policiers n'ont pas respecté les règles de tir.

12 décembre 2010, à Marseille (Bouches du Rhône). Le résident d'un foyer de la ville est victime d'un arrêt cardiaque par le tir au thorax par des policiers intervenant dans une rixe avec autre locataire. L'homme de 43 ans meurt le lendemain.

7 février 2011, à Audincourt (Doubs). Un adolescent de 17 ans est éborgné par un tir. Une information judiciaire à l'encontre d'un policier est ouverte en janvier 2012.

4 octobre 2011, à Mayotte. Un enfant de 9 ans perd un œil à la suite du tir d'un gendarme, qui est mis en examen.

 

 

Source : Libération

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