Nantes : résistance à l'aéroport, sortie du livre : "C'est quoi c'tarmac ?"

Publié le par dan29000

 

Sortie du livre : "Un projet d'aéroport au nord de Nantes - C'est quoi c'tarmac ? Profits, mensonges et résistances""

 

4e de couverture de "Un projet d'aéroport au nord de Nantes - C'est quoi c'tarmac ? Profits, mensonges et résistances"

Projet obsolète de la technocratie des années 70, l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes n’existe toujours pas. Nantes possède en effet déjà un aéroport international de taille suffisante, fonctionnel et modulable. Réactivé par une gauche municipale en panne de projet social et écologique, ce projet de deuxième aéroport est devenu aujourd’hui le symbole magique d’une improbable « voie nantaise du développement ».

Le discours délirant de l’attractivité par le transport aérien mélange ici marketing territorial et gentrification, cumul des mandats et proximité aux grands groupes industriels. Le collectif SUDAV (composé d’indigènes ruraux et métropolitains) invite le lecteur à une extension des échelles d’analyse (de la destruction d’une communauté rurale péri-urbaine à la question des inégalités sociables et environnementales dans une grande agglomération) et à une critique honnête du médiocre et répétitif argumentaire pro-aéroport (des petits arrangements entre amis à l’escroquerie d’un greenwashing généralisé).

Ici, en Loire-Atlantique, ont été enterrées les centrales nucléaires du Carnet et du Pellerin, l'extension du port à Donges-Est et bien d'autres fadaises d'élus et technocrates sans imagination et perpétuellement en retard d’une stratégie.   

 Ce livre collectif est un outil dans une lutte longue et tenace, une lutte qui se joue à différentes échelles, du local au global. C’est à nous, habitants souverains, d’empêcher l’acte irréparable, daté et ruineux. Il est temps de ménager le territoire et la société.

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Document de présentation  « Un projet d'aéroport au nord de Nantes - C'est quoi c'tarmac ? Profits, mensonges et résistances - Extraits :

Vinci : marchés publics, profits privés Où l'on se glisse au sein d'un des leaders mondiaux du BTP qui ne fait pas que du béton et du bitume, et trimballe aussi des casseroles, des profits de guerre aux profits de l'air

Du ciment armé à l'Armement Coté en bourse, partie prenante du CAC 40, Vinci est un groupe jeune qui a une vieille histoire. Sous ce nom, Vinci n'existe que depuis l'an 2000. Le groupe de béton est l'héritier direct qu'une société surnommée « Girolou », créé en 1899 par deux polytechniciens, Alexandre Giros et Louis Loucheur, avant de devenir la SGE, Société Générale d'Entreprises. Le second a laissé son nom à une loi sur le logement et les habitations à bon marché. Passé des affaires à la politique, Louis Loucheur, industriel spécialiste du ciment armé se retrouve naturellement à l'armement en 1916, sous-secrétaire d'État à l'Armement et aux Fabrications de guerre. Malgré des accusations de « profiteur de guerre » largement reprise par la presse en 1919, il sera élu parlementaire, passera aux ministères du commerce, à l'industrie, au travail, aux finances dans divers gouvernements.

(...) Vieilles affaires  Vis à vis du groupe Vinci, les socialistes nantais sont déjà en affaires. Eurovia, filiale Vinci s'occupe par exemple de la maintenance du tramway. Mais avec Vinci, les socialistes retrouvent de vieux amis et de vieilles affaires. Au début des années 1990, le BTP contribue grandement aux financements occultes du parti socialiste. C'est l'époque des fausses factures et des enveloppes passées en marge des appels d'offres. Trois réseaux de collecte de fonds sont en concurrence au service des élus socialistes : Trager, Reyt (du nom des porteurs de valises en chef de ces réseaux) et Urba (un bureau d'études). Outre la grande distribution, le secteur du bâtiment et travaux publics est le grand pourvoyeur de ces sommes sous le manteau. « Sur certains chantiers chaque coup de pelle rapportait au Parti socialiste »,relate la presse locale (Ouest-France, 15 avril 1991). Parmi ceux qui se sont fait épingler dans l'affaire Trager, figurent notamment la Sogea ou l'entreprise Jean-Lefebvre, depuis absorbées par Eurovia, toutes filiales de Vinci aujourd'hui.

« Arrêtons de jouer les hypocrites! Avant le loi du 15 janvier 1990, instaurant à la fois un financement public des partis et un plafonnement des dépenses électorales, toutes les formations politiques ont fait appel à des financements assurés par des entreprises en dehors de toute législation », avoue Jean-Marc Ayrault en pleine tourmente des affaires de surfacturation et de financement occulte de son parti (Presse-Océan, 18 juillet 1992).

Au delà du microcosme nantais, on retrouve aujourd'hui Vinci dans de nombreuses opérations douteuses : Vinci est mis en difficulté lors de la construction d'une enceinte de confinement à Tchernobyl (Politis, 7 octobre 2010), mais aussi accusée par l'ONG Transparency international de corruption de bureaucrates du ministère russe des transports, y compris le ministre, et de destruction écologique pour le tronçon d'autoroute traversant la forêt entre Moscou et son aéroport international de Cheremetiev (AFP, 20 juillet 2010) (...)

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(..) L’écologie selon Vinci Quand les impératifs de l'écologie imprègnent les esprits et que l'aéroport n'emporte nullement l'unanimité, il faut tenter de désamorcer les oppositions. Vinci affiche un attirail de mesures dédiés à la nouvelle « farce verte » sauce Notre-Dame-des-Landes. Dans les annexes de la convention par laquelle l'État attribue la concession à Vinci, le cahier 6 (« prestations à la charge du maître d'ouvrage ») envisage de créer une  Amap, dédiée aux salariés de l'aéroport. Une Amap est une « association pour le maintien d'une agriculture paysanne » et travaille avec des agriculteurs qui réorientent l’agriculture contre le système agricole et commercial dominant.

Pour que la manipulation soit totale, Vinci a cherché à associer le collectif de coordination des Amap à son projet. La coordination, attachée aux principes d’autonomie et de circuit court, n'a pas marché pas dans la combine, car, dans le cas de Vinci, tout est parachuté. C'est une cadre de Vinci, membre du staff dirigeant de l'aéroport et préposée au développement durable dans l'entreprise, qui veut convaincre son personnel.

Ainsi, même les « modestes » Amap sont appelées à servir la communication, l’image et le taux de profit de la multinationale. Quant aux zones libres face à l'aérogare, pour « maximiser les emprises » foncières « en attendant les extensions des parkings, et des entreprises directement liées à l'activité aéroportuaire (fret, etc.), les terrains inoccupés pourront être mis à disposition des agriculteurs dans le cadre de conventions de gestion ».

On en pleurerait de rire devant tant de provocation ! L'annexe de la concession liant Vinci et l'État, s'est dotée d'un chapitre intitulé « Tribune des agriculteurs dans l'aéroport » ! On y découvre une « ferme de démonstration » folklorisant l'agriculture locale pour voyageurs pressés en mal d'authenticité, peut-être à mi-chemin entre la ferme Célébrité et l'exposition coloniale, un « parcours pédagogique imaginé par le concessionnaire ».

Ne riez pas maintenant, attendez la suite : Vinci autorisera les agriculteurs à être employés pour l’entretien des zones compensatoires (« maintien et pérennisation des habitats naturels et des espèces patrimoniales »), les quelques mares artificiellement recreusées comme consolation. Est aussi prévu un « observatoire du suivi agricole », la création de « jardin collectifs » pour « les salariés des entreprises présentes sur la plate-forme et des habitants des communes avoisinantes » et même pour des « gens en difficultés sociales » et en réinsertion. « Le fruit de leur culture pourra être vendu aux salariés en complément des produits issus de l'Amap ou dans les boutiques de l'aéroport », peut-être en duty free pour emmener sous les Tropiques ? Vinci, grotesque géant « vert » !

Et pour masquer toute l’escroquerie intellectuelle, on projette d’acheter des universitaires : faire réaliser un « document témoin sur l'histoire du site, éventuellement le sujet de mémoire d'une thèse ou d'un doctorat », financer partiellement une formation pour s’en attribuer la paternité et la l’ambiance idéologique  

« Vinci construction va accompagner une chaire en génie civil et sans doute une chaire développement durable » dans le cadre d'une fondation (Ouest France, 23 février 2011) pour « rapprocher l'université du monde économique ». La loi LRU réformant les universités en réorientant une part significative de leur financement sur des acteurs privés du genre Vinci ou Veolia est manifestement passée par là. Localement, la fondation « Vinci pour la cité » arrose déjà des associations pour l'insertion, du soutien scolaire, du recyclage à Nantes, Bouguenais, Vallet, Saint-Nazaire, Prinquiau, Ancenis. Ainsi, la prédation se couvre des habits non seulement de l’écologie, mais aussi de l’humanitaire, du social, culturel, de l'universitaire. Vous avez dit « totalitarisme tranquille », monsieur Orwell ?

 

>> 10 euros - 208 pages dont 36 couleur, disponible dans les librairies nantaises 

>> Photo ci-dessus extraite de nantes.indymedia.org

 

 

Source : CitiZen Nantes

 

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