Nantes : Royal de Luxe contre Coca-Cola

Publié le par dan29000

photos-25-6178.JPGLe géant de terre contre le géant de fer

 

 

 

Royal de Luxe vient de porter plainte contre Coca-Cola pour plagiat. La compagnie nantaise de théâtre, célèbre dans le monde entier pour ses spectacles de rue et ses grandes parades de géants s’attaque à la multinationale, starisée grâce à sa boisson phare éponyme, dont la principale vertu à mon goût est d’endiguer la tourista, ou diarrhée du voyageur. En cette période de fête, vous me direz que c’est déjà pas mal et qu’il n’est pas inutile de le rappeler, même si le vrai sujet est ailleurs.

 

 

 

En mai 2012, Coca-Cola contacte Royal de Luxe et lui demande, je cite le communiqué de la troupe nantaise, « un Santa Claus de douze mètres de haut, animé à la façon de (leurs) géants ». Le but était de réaliser une publicité pour Noël. Royal de Luxe décline, ne souhaitant pas « être au service d’une marque ». L’échange aurait dû en rester là. Seulement, voilà, en langue Coca-Colique, non signifie oui. Ah flûte ! Pas de bol pour nos amis nantais qui, s’ils avaient connu cette particularité langagière, auraient d’emblée répondu par un « Oh oui ! » enthousiaste, ce que les Coca-Colites auraient pris pour un refus clair. J’ouvre une parenthèse, ça me fait penser à la première fois que j’ai séjourné en Bulgarie. J’ai mis un temps fou à intégrer que lorsque les Bulgares secouent la tête de droite à gauche, cela veut dire oui. Inversement, quand ils opinent du chef, c’est non. J’ai donc passé de longs moments de solitude à attendre un jus d’orange qui n’arrivait jamais, tandis qu’on me collait sous le nez un yaourt écœurant que je n’avais pas commandé. J’en déduis que Coca-Cola est une entreprise bulgare, que personne ne le sait, pas même ses dirigeants, et que Royal de Luxe en fait les frais. Je ferme la parenthèse.

Donc, nos amis Coca-Coliens, grisés par ce oui non par ce non enfin tout jouasses, firent leur publicité comme prévu avec, en son cœur, un immense Santa Claus qui ouvre les yeux et a les mêmes « attitudes, mouvements, actions, regards » que les géants inventés par le Royal de Luxe. Pour mieux vous en rendre compte, vous n’avez qu’à regarder le spot en question, il circule sur le net. Je ne vous mets pas le lien, je ne suis pas là pour faire de la réclame aux faussaires, même ayant un problème de traduction. C’est vrai quoi, les Coca-Colesques ont les moyens de se payer un interprète, voire deux, pour leur expliquer que non chez les Nantais c’est... non. Interprètes qu’ils pourraient tant qu’ils y sont refiler gratos aux violeurs qui souffrent eux aussi, en plus du reste, de gros troubles de la communication, en confondant en permanence le refus avec l’accord. Bref, la pub de la world company, cherchez-la vous-même, en revanche je joins en bas de ce billet le lien vers le site de Royal de Luxe. Vous verrez toutes les choses épatantes qu’ils font sur terre, ces humains-là, quand ils ne sont pas contraints d’user leur belle énergie à se défendre. Jean-Luc Courcoult, le directeur de la compagnie, commente sobrement l’affaire : « Cela me semble surtout assez symptomatique de l’irrespect qu’une marque comme Coca-Cola a pour la création. Une grande firme se saisit d’une image, puis en fait ce qu’elle veut, avec derrière 150 avocats pour défendre ses intérêts. »


Depuis, la « grande firme » a répliqué : « Royal de Luxe ne peut pas réclamer le copyright sur l’idée d’utiliser une marionnette géante. Notre figure du Père Noël, une marionnette de huit mètres de haut et pesant deux tonnes est unique dans cette forme. Nous racontons aussi une nouvelle histoire. » Deux points me chiffonnent dans ce communiqué.


D’abord, j’aimerais savoir qui l’a écrit. Il est juste signé « Coca-Cola ». Un peu vague non ? Je veux bien admettre l’inadmissible (après tout, on a échappé à la fin du monde) à savoir que la marque est devenue tellement puissante que la voici désormais dotée de la parole. Coca-Cola parle, soit. Mais est-ce Monsieur Coca-Cola, le patriarche fondateur (celui qui a joué entre autres dans « Les dieux sont tombés sur la tête », moyennant paraît-il un cachet qui ferait pâlir d’envie nos stars exilées en Belgique), ou bien sa femme, Mam’ Coca-Cola light (obsédée par son look, son poids, son âge, pourtant elle a facile 30 ans de moins que lui) ou encore leur fils bobo, le jeune Coca-Cola zéro (comment voulez-vous réussir dans la vie avec un nom pareil ?), celui sans sucres simples mais avec édulcorants ? A ce jour le mystère demeure entier sur l’identité du membre de la famille qui s’exprime ici, ça manque de courage, de panache.


Autre point à relever, la dernière phrase du communiqué : « Nous racontons aussi une nouvelle histoire. » Là, zéro… doute, ils sont très forts chez les Coca-Cola père, mère et fils. En gros, ils peuvent prendre n’importe quel personnage créé par un autre et le mettre dans leur pub, pourvu qu’ils inventent « une nouvelle histoire ». On devrait donc bientôt voir Dark Vador, avec son casque et son armure noire, sabre laser au flanc, faire du surf sur une plage de Malibu en sirotant du coca. Et si George Lucas vient râler, les Coca-Cola lui rétorqueront en chœur qu’il est de mauvaise foi, que dans leur réclame ça ne peut pas être « son » Dark Vador, vu que son Dark Vador dans Star Wars jamais il se la coule douce sur une plage au soleil, et en plus il boit pas de coca alors, mollo sur la parano ! Sérieux, j’ai hâte de voir la nouvelle pub pour la boisson à bulles marron, rien que pour voir sa tête, à George Lucas.  

 


http://www.royal-de-luxe.com/fr/le-mur-d-images/

 

 

 

 

 

SOURCE / MEDIAPART

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