Nice : policiers et fachos de Nissa Rebella contre des demandeurs d'asile

Publié le par dan29000

 

 

 

 

Show de police contre un squat de demandeurs d'asile à Nice
Par Jean-Baptiste Malet | Journaliste | 




Une spectaculaire opération de police, avec fracas de portes d'entrée et fouille en règle du bâtiment, s'est déroulée jeudi à l'aube dans le squat occupé par 115 demandeurs d'asile dans le centre de Nice dont Rue89 vous parlait déjà la semaine dernière, dans un reportage que nous reproduisons ci-dessous.


Selon Emmanuelle Gaziello, élue communiste niçoise, qui s'est rendue sur place à 6 heures du matin jeudi, les policiers lui ont déclaré que cette opération était « destinée à vérifier que tout était bien en sécurité dans cet immeuble ». Pourquoi alors avoir cassé la porte d'entrée, demande l'élue.

A 6h30, les policiers sont repartis bredouille. Une opération d'autant plus surprenante que deux jours avant, une audience en référé en justice avait décidé de… renvoyer l'affaire à une audience ultérieure pour que les juges puissent statuer sur le fond, estimant qu'il n'y avait pas d'urgence.


L'intervention policière est peut-être plus à rapprocher de la manifestation d'extrême droite qui s'est produite le 13 novembre devant le squat, et dont nous avions déjà raconté les détails.

(De nos archives) Depuis le 7 novembre, 115 demandeurs d'asile occupent un immeuble situé dans le centre-ville de Nice. Vendredi soir, sous l'œil des forces de l'ordre, les identitaires niçois sont venus manifester devant le bâtiment pour un face-à-face musclé avec les militants du droit d'asile.

Problématiques de l'asile, du logement, procédure administrative… La vie du squat de la rue Clémenceau pourrait ressembler à d'autres en France. Mais à Nice, la « jeunesse identitaire », structurée sous la bannière de « Nissa Rebela », son émanation politique locale, est très implantée. Elle a été à l'origine d'un face-à-face surréaliste vendredi soir, rue Clémenceau.

Fidèle à son militantisme forcené, Nissa Rebella a déposé cette semaine en préfecture une demande de manifestation en face de l'immeuble occupé, avant que le MRAP n'écrive à son tour au préfet pour demander, en vain, son interdiction.
« Non au kebab, oui à la socca »

Vendredi, peu avant la manifestation autorisée, femmes et enfants en demande d'asile ont donc quitté l'immeuble par précaution, abandonnant biberons et peluches colorées sur de vieilles tables en formica.

Puis, à l'heure dite, une trentaine d'activistes de Nissa Rebella sont arrivés avec fumigènes et drapeaux niçois, arborant une banderole noire sur laquelle était inscrit : « Dégagez-les ! ».

En face, les militants du collectif à l'origine de l'occupation avait accroché, au balcon de l'ancien appartement de fonction du directeur du CHU de Nice, un drap sur lequel était inscrit : « Ici vivent 17 familles et 50 enfants ».

Au total, une trentaine de jeunes identitaires se sont opposés à plus de 150 contre-manifestants. 70 d'entre eux étaient militants du PCF, du NPA, du PS, de RESF ou membres d'associations ; les autres, des demandeurs d'asile pour la plupart tchétchènes, ou de simples badauds ralliés à eux pour l'occasion.

Au traditionnel « Première, deuxième, troisième génération : nous sommes tous des enfants d'immigrés », les identitaires ont détourné la seconde partie du slogan par « nous sommes tous des mangeurs de cochons », amusant ainsi quelques policiers parmi la douzaine formant le cordon de sécurité entre les deux groupes de manifestants. Puis, l'appétit aidant, c'était aux formules « Non au kebab, oui à la socca » (spécialité niçoise) de répondre à « Couscous, paella, socca, même combat ». 


Michel Abada, animateur local des enfants de Don Quichotte :

« En n'interdisant pas cette manifestation, ou du moins en ne la déplaçant pas un peu plus loin, la préfecture espérait sûrement pouvoir boucler l'immeuble pour trouble à l'ordre public. Heureusement, cela ne s'est pas mal terminé. »


Mais certains couteaux étant disséminés ça et là et à la teneur des invectives entre identitaires et tchétchènes, le résultat aurait pu être sanglant.

Après une heure de forte tension, la formation d'extrême droite a mis fin à sa manifestation peu avant 20 heures.
De l'extrême droite aux identitaires

A l'initiative de bon nombre des manifestations de Nissa Rebela, il y a son président, Philippe Vardon, 29 ans, dont quinze de militantisme à l'extrême droite. Candidat aux dernières municipales de Nice en 2008, il a réalisé le score de 3%, face à un Front national à 4%.

Celui qui est aussi membre du bureau exécutif du Bloc identitaire et qui se présente comme « petit commerçant », bien que diplômé de science politique, raconte :

« Dans la cité des Moulins où j'ai grandi, nous étions la seule famille gauloise de l'immeuble. Heureusement que j'ai pu faire du scoutisme pour découvrir d'autres valeurs, parce qu'aujourd'hui dans les cités, c'est le blanc qui doit s'assimiler. »


Xavier Garcia, porte-parole du Parti socialiste à Nice, a eu Philippe Vardon comme élève dans son DESS. Selon lui :

« Vardon passe pour un bourrin violent, mais il peut être assez fin, car il sait mêler son activisme, sa stratégie et ses convictions d'extrême droite. Comme le FN local est moribond, les identitaires occupent l'espace. A très court terme, sur les scrutins locaux, Nissa Rebella peut faire jeu égal avec le FN. »


Pour preuve, la cantonale partielle de septembre 2009. Lors de ce scrutin, Benoît Loeuillet, ancien militant nationaliste-révolutionnaire au sein de « Troisième voix » et gérant de la librairie d'extrême droite « Le Paillon », était le candidat identitaire « 100% niçois, 100% antiracaille ». Il a réalisé le score de 7,7%, soit quatre voix de moins que le FN.
« La préfecture est dans l'illégalité »

Côté squat, c'est Michel Abada, animateur local des enfants de Don Quichotte, qui a « ouvert » l'immeuble grâce à des clefs dont il garde l'origine secrète. Situé 1 rue Clémenceau, le bâtiment est la propriété du CHU de Nice. Michel Abada explique :

« Nous avons décidé d'occuper cet immeuble car la préfecture est dans l'illégalité. Elle n'applique pas les décisions du tribunal administratif. De nombreuses familles de demandeurs d'asile doivent être relogées conformément à la procédure, et elles ne le sont pas. »


L'élue locale la plus impliquée aux côtés de Michel Abada, la conseillère municipale PCF Emanuelle Gazoiello, ajoute :

« Cet immeuble salubre est vide depuis cinq ans. A Nice, il y a 1 300 demandeurs d'asile, mais la préfecture ne dispose que d'un budget d'hébergement pour 500 personnes. Ils font le choix onéreux des chambres meublées, alors qu'il suffirait de réquisitionner les immeubles vides. »


Alors que le CHU a porté plainte contre le squat, les communiqués de presse s'enchaînent : qu'ils soient favorables à l'initiative ou franchement hostiles, comme ceux du président du conseil général des Alpes-Maritimes Eric Ciotti ou du ministre de l'Industrie et maire de Nice Christian Estrosi. A « Dupond et Dupont », il faut également ajouter le préfet, Francis Lamy.

Une militante de RESF voit d'ailleurs dans l'ambiance régnant actuellement à la préfecture « des indices qui font redouter une expulsion pour ce week-end ».

Loin des cris et des slogans tapageurs, le père Bruno Dubouloz, responsable du collectif associatif Inter-Secours, conclut lentement :

« Quand il y a des familles et des enfants qui sont dehors, dans la rue, à l'approche de l'hiver, et qu'on les met à l'abri dans un immeuble vide, c'est pour moi la base de la dignité humaine. »


Mais autres valeurs, autres méthodes. Après une permanence politique et un bar associatif, Nissa Rebella inaugurera la semaine prochaine l'ouverture d'une annexe de son local : une salle de boxe.

►Article initialement publié le 13 novembre 2010
Source : RUE 89

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