Notre-Dame-des-Landes : au-delà de l'aéroport, un choix de société

Publié le par dan29000

Aéroport de Notre-Dame des Landes, un véritable choix de société

Après le rassemblement réussi en juillet dernier à Notre-Dame des Landes, nous avions dit que ce projet d'aéroport devenait « un conflit politique national que nul ne pourrait plus ignorer, un de ces conflits emblématiques qui polarise l'espace politique ». A la veille de l'arrivée à Paris de la tracto-vélo réunissant tous les opposants à ce projet aberrant, force est de constater que ce présage est confirmé.

 

 

 

Alors qu'un nouveau rapport indépendant démontre l'aberration économique et sociale de ce projet d'aéroport, les élus socialistes porteurs du projet s'entêtent. A commencer par Jean-Marc Ayrault, patron des députés PS, ou Jacques Auxiette, président de la région Pays de la Loire, fervents soutiens de François Hollande. Quitte à sacrifier des terres agricoles au moment où il faudrait rapprocher les zones de production maraichère des grands centres urbains. Quitte à parier sur la croissance du transport aérien alors que la France et l'Europe devraient diminuer leurs émissions de GES de 40 % d'ici 2020 et 95 % d'ici 2050.

 

 

 

Malgré les exigences de la population locale, ils refusent de revoir leur copie. C'est devenu un projet non négociable. Et au diable les opposants. Qu'on envoie les gendarmes pour déloger les occupants ou protéger les premiers travaux. Pour Hollande, candidat du PS à l'élection présidentielle, il n'y a pas à tortiller : l'aéroport se fera et il n'est pas question, pour lui, que « l'alternance puisse risquer de ne pas se faire à cause d'un aéroport ». Il faut entendre par là qu'Europe Ecologie Les Verts doit accepter ce projet pour préserver « les chances de succès en 2012 ».

 

 

 

Les termes de François Hollande ne sont pas anodins. Il parle d'alternance. Pas d'alternative. Comme si l'alternance suffisait à résoudre les défis auxquels nous sommes confrontés. Alors que les crises financières, économiques, sociales et écologiques exigent un véritable changement de paradigme.

 

 

 

Mais ces querelles tactico-électorales masquent un mal plus profond. Comme le rappelle Hervé Kempf, François Hollande a clairement explicité le 27 août dernier comment il conçoit la problématique environnementale : « Sans croissance, pas de perspective écologique, parce que c'est la condition, l'écologie, pour avoir davantage de croissance ». L'écologie, la nature, les ressources naturelles sont perçues comme des « leviers de croissance », des opportunités économiques et financières. Exit les désastres environnementaux et les dégradations des écosystèmes, leurs conséquences sur la survie et la santé des populations de la planète. De tout cela il n'est pas question.

 

 

 

Structurés par une idéologie productiviste et croissantiste incapable de penser le caractère fini de la planète et de ses ressources naturelles, François Hollande, ses ami-e-s et bien d'autres, portent l'idée que le capitalisme et l'économie peuvent-être verdis avec un peu de label vert ou HQE - promesse pour l'aéroport de Notre-Dame des Landes. Et qu'ils peuvent également être étendus à travers « une gestion durable de la nature », perçue comme un capital à gérer de la manière la plus efficiente et à faire fructifier.

 

 

 

Problème : ne peuvent être échangés sur des marchés que des marchandises ou des droits de propriété, et ces marchandises et droits de propriétés doivent pouvoir être source de profits accumulables de façon sonnante et trébuchante. Les apôtres du capitalisme vert ont la solution : étendre les droits de propriété et transformer en marchandises des pans entiers de la nature qui ne l'étaient pas encore.

 

 

 

Forêts et océans pris comme des stocks de carbone, gaz à effets de serre, biodiversité, services écosystémiques rendus par la nature, sont aujourd'hui l'objet d'un vaste processus d'appropriation capitaliste. De nouveaux droits de propriété sont émis, comme les certificats de réduction ou droits d'émission de gaz à effets de serre, qui peuvent être échangés sur des marchés financiers créés pour l'occasion. Après avoir été accaparées et transformées en marchandises, les ressources naturelles sont financiarisées pour le compte de quelques-uns.

 

 

 

On s'éloigne du sujet de Notre-Dame des Landes ? Pas tellement si l'on s'aperçoit que les logiques intellectuelles visant à affirmer qu'il est possible de construire un aéroport Haute Qualité Environnementale s'appuie justement sur les possibilités offertes par ces nouveaux marchés : compenser les conséquences environnementales de tels projets (suppression de terres arables et émissions de GES par exemple) par l'utilisation des marchés du carbone et de la biodiversité. Comme si des désastres environnementaux « ici » pouvaient se quantifier et se compenser pas des bienfaits supposés - pourtant jamais vérifiés dans les faits - ailleurs.

 

 

 

S'appuyant sur un imaginaire du siècle passé, et rendue possible par des outils financiers d'aujourd'hui, la construction de telles infrastructures gigantesques et inappropriées soulève un véritable débat de société. Entre capitalisme vert et véritable changement de paradigme, il va falloir choisir. C'est également tout l'enjeu du sommet « Rio+20 » qui se tiendra en juin 2012.

 

 

 

Espérons que la tracto-vélo de ce samedi 12 novembre, à laquelle se joindront d'autres luttes contre des projets aberrants (incinérateurs d'Ivry ou Clermont-Ferrand, gaz et huiles de schiste, etc...), fasse de la lutte contre ce projet d'aéroport un emblème pour toutes celles et ceux qui veulent construire une société démocratique, participative, juste socialement et soutenable sur le plan écologique. Un véritable changement de paradigme s'impose.

 

 

 

Maxime Combes, membre de l'Aitec et d'Attac, engagé dans le cadre du projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

 

 

Fresque humaine "Vinci dégage" !
Fresque humaine "Vinci dégage" !© André Bocquel

 

 

 

 

 

Source : MEDIAPART

Publié dans environnement

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Mitsuko 20/11/2011 19:20


Il semblerait que Notre Dame des Landes est encore à se demander si on fait ou si on ne fait pas ... c'est terrible quand même de faire un autre aéroport
alors qu'il y en a déjà un qui convient à tout le monde ...


On peut se demander pourquoi deux aéroports ???


Qui va bien vouloir répondre à cette question, qui n'est pas anodine ???

dan29000 20/11/2011 20:10



Pas de chance pour ceux qui luttent depuis plusieurs années, et pour ceux qui vont perdre leurs terres agricoles, leurs meilleurs alliés dans ce long combat, les Verts, viennent de renoncer, pour
une poignée de postes à l'assemblée...Beurk...Et si les Verts faisaient de la politique politicienne comme les autres partis UMPS ????