Notre Dame des Landes, désintox : sur l'agression du vigile, c'est quoi ce Tarnac

Publié le par dan29000

nddl04-3Agression du vigile : c’est quoi ce Tarnac ?


15 nov


L’agression du vigile dans la nuit près de Notre-Dame des Landes par d’inconnus cagoulés n’en finit plus de soulever des questions, qui étrangement ne sont reportées que dans les médias alternatifs. La grande presse se tait, après avoir fait le procès avant l’ enquête sur la foi des seules informations diffusées par la Préfecture. Revue des points très flous dans cette affaire peu claire.

 

Imprécision des faits. Selon les différents médias, le vigile a tour à tour été soit extrait brutalement de son véhicule, soit brûlé pour Le Figaro soit tabassé (AFP). La préfecture a diffusé trois versions différentes de l’affaire en deux jours. En fait, le vigile est sorti de l’hôpital avec 5 jours d’incapacité temporaire de travail (ITT) pour cause de « contusions légères aux bras et aux jambes ».


Que faisait le vigile seul ? Le fait que le vigile était seul, de nuit, dans un coin très perdu, à proximité (1.5 km) d’une zone tenue par des gens dont la Préfecture ne cesse de rappeler à chaque occasion le danger est hautement suspect. Le vigile avait été envoyé par la société AGO, filiale de Vinci en charge de la construction de l’aéroport, surveiller qu’une maison, expulsée et murée le 18 octobre, démurée quelques jours après et réexpulsée depuis, ne soit pas à nouveau investie. Cette maison, située à 1.5 km du seuil de la future piste ouest, n’est pas dans la ZAD. Toutes les procédures au sein des entreprises de sécurité stipulent que les vigiles soient par binômes (à deux au moins) la nuit. Parce qu’un contre 20, ça ne fait pas l’affaire. Seulement, la personne qui a décidé qu’un vigile faisait l’affaire l’a mis en danger. Ce qui, juridiquement, a un nom. « Mise en danger délibérée de la personne d’autrui » (article 121-3 du Code pénal). Et le vigile peut demander à être dédommagé des blessures qu’il a subi par l’entreprise qui lui a donné l’ordre d’aller seul au charbon.


Véracité des informations. Le communiqué de la préfecture donnait des informations qui relèvent du secret de l’enquête, confiée sur le champ à la brigade de gendarmerie de Châteaubriant. Ainsi des « vingt cagoulés », « jeunes », le fait qu’ils parlaient un français hésitant etc. Il n’en reste pas moins que la nuit, tous les cagoulés sont gris. Etant donné que le vigile a été extrait de nuit, il est difficile de concevoir comment, dans la confusion, il a pu repérer l’âge, l’origine et le nombre de ses agresseurs. A moins d’être un chat.


Accès aux informations. Toutes les informations sur le sujet sont distillées par la Préfecture. Il n’a pas été donné de possibilité aux médias d’interroger le vigile directement, l’information est donc cadenassée et la Préfecture de police est libre de ses interprétations. Rappelons qu’elle est aussi le représentant du pouvoir dans le département, pouvoir qui est très favorable au projet aéroportuaire et dont le Premier Ministre est un certain Ayrault Jean-Marc, par le passé maire de Nantes et principal promoteur du projet. Autant dire que pour cette affaire comme pour l’occupation militaire de la ZAD, l’abus de pouvoir est au pouvoir.


Le rôle de la presse. Depuis le début des expulsions le 16 octobre, la préfecture a tenu les journalistes les plus éloignés au possible des lieux où intervenaient les policiers. L’apparition massive de journalistes sur la ZAD coïncide d’ailleurs avec la baisse du nombre de « bavures », d’usages de flashball en tir tendu puis avec la fin de la pression policière sur les lieux occupés par les opposants à l’aéroport.

Là, curieusement, c’est la préfecture qui fait appel à la presse. Et pas n’importe laquelle. A l’Agence France Presse, théoriquement indépendante depuis 1957, mais en fait financée par l’Etat via une convention pluriannuelle et la manne des abonnements publics (115 millions par an). L’objectivité est obligatoire, dit l’AFP. Mais elle ne fait pas partie des entreprises de presse qui appliquent la Charte de Munich  qui dresse les droits et devoirs du journaliste. Parmi les devoirs, le premier point est de respecter la vérité, le neuvième interdit de confondre le métier de journaliste avec celui de propagandiste et le dixième empêche de se soumettre aux pressions. Impensable pour l’agence de presse d’Etat qu’est l’AFP.

« Puisque l’AFP le dit, c’est que c’est vrai ». Voilà comment la plupart des médias français font du copier-coller de dépêches de l’AFP, sans prendre la peine de rectifier leurs flagrantes inexactitudes. Il se trouve qu’en l’occurrence, la dépêche de l’AFP avait repercutée, sans les réserves nécessaires, sans critique, sans questionnement, comme si c’était LA vérité, le communiqué tendancieux de la Préfecture Commise dans le rôle d’exécuteur des basses œuvres de l’Etat, la presse devait donc faire le procès des opposants à l’aéroport. Alors même qu’aucune certitude ne les accuse, alors même que l’enquête ne vient que de commencer. Voilà comment la Préfecture et la « grande presse » française ont foulé aux pieds la présomption d’innocence  et corrompu l’information.


Une barbouzerie ? Dans ces conditions, les pressions que certains journalistes exercent – au mépris de la charte de Munich et du bon sens – sur des opposants à l’aéroport  autorisent à se poser des questions sur l’opportunité de l’agression et ses auteurs véritables. S’interroger sur l’opportunité revient à répondre à la question « à qui profite le crime ? ». Comme nous l’avons démontré, pas aux opposants à l’aéroport, mais au pouvoir et aux forces de l’ordre. Notamment parce qu’elle permet au pouvoir d’Ayrault de faire oublier son impuissance à expulser, malgré une forte pression policière, les 150-200 opposants qui tienennt la ZAD (l’aire prévue pour l’aéroport) en s’appuyant sur les paysans locaux et leur connaissance du terrain. Par conséquent, si ce ne sont pas des zadistes, alors qui ? L’ombre des barbouzes flotte sur Notre-Dame des Landes. Au risque que le Tarnac Breton devienne le Rainbow Warrior des consorts Valls et Ayrault.


Comment sera menée l’enquête ? Si la deuxième option – qui implique une provocation émanant des forces de l’ordre – s’avère vraie, des débordements sont à attendre dans l’enquête. Pressions, manipulation, détournement de l’information, le pouvoir a déjà démontré que imposer l’aéroport Notre-Dame des Landes justifiait de traiter avec légèreté les libertés fondamentales et faire des médias l’auxiliaire d’une politique répressive. Si la deuxième option s’avère vraie, il est surtout hautement probable que l’enquête s’attache à démontrer la responsabilité des opposants par tous les moyens, quitte à faire comme à Tarnac, c’est-à-dire bâcler l’enquête. Des journalistes avaient alors mené leur contre-enquête et l’affaire de Tarnac s’était finie en queue de poisson. Qu’en sera-t-il de cette très énigmatique agression ?

 

 

SOURCE / BREIZH JOURNAL

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