Nous avons avorté, nous allons bien, merci, par Les filles du 343

Publié le par dan29000

Nous avons avorté, nous allons bien, merci !

Par Les filles des 343 Collectif créé en avril 2011 à l’occasion du 40e anniversaire de la parution du Manifeste des 343. Formé par des militantes féministes d’âges et d’origines divers, copines de blogs, appartenant pour certaines à des organisations ou associations féministes et/ou de la gauche de la gauche.

Face aux discours si éloignés du vécu de la très grande majorité des femmes, nous en avons assez de cette forme de maltraitance politique, médiatique, médicale. Avorter est notre décision qui doit être respectée : nous ne sommes ni idiotes ni inconséquentes. Nous n’avons pas à nous sentir coupables, honteuses ou forcément malheureuses. Nous en avons assez que d’autres parlent à notre place ou nous dictent ce que nous devons penser ou ressentir.

Parce que l’avortement est sans cesse présenté comme un acte aux conséquences psychologiques forcément dramatiques, nous avons donné la parole aux nombreuses femmes qui, comme nous, ont avorté et vont très bien. Non, cette décision n’est pas le drame de notre vie, et nous résistons aux injonctions. Comme Lucie («Il fallait pleurer, l’institution nous oblige à pleurer») ou Julie («La psycho du service vient me voir, me demande si ça va. Je réponds oui. Sa réponse : "Vous devez vous sentir coupable." Aujourd’hui encore, je crois que je l’ai entendu comme une injonction plus qu’une supposition.») Que dire de la société qui nous entoure et véhicule si bien cette obligation de souffrance ! Makous a trouvé et trouve toujours insupportable «le regard plein de malaise quand je dis avoir subi un avortement comme si tous ces regards me renvoyaient cette peine que j’aurai dû ressentir».

Souffrance obligatoire, culpabilisation, humiliation, traitements dégradants, tentatives de pression sont à affronter. Violences psychologiques et physiques aussi. Bérénice écrit : «Ce n’est pas l’IVG dont j’ai le regret, mais de ne pas avoir dit plus clairement à ce médecin combien il était odieux.» Hélène témoigne : «Le médecin qui m’a reçue au centre IVG était accompagné d’un interne et je n’ai pas eu le droit de demander à le voir seul. La situation était pénible, je lui ai fait part de ma gêne et il m’a dit que j’aurais dû réfléchir avant.»

A celles qui ont avorté et l’ont mal vécu, nous affirmons : ce n’est pas une fatalité. Cette pression sur leurs épaules et leur ventre contribue à rendre les femmes malheureuses. Comprenez que ces discours dramatisant l’avortement sont des prophéties autoréalisatrices. Si l’on pense que l’avortement ne peut être qu’un drame, comment bien le vivre ? Makous: «Merci, je comprends que je ne suis pas un monstre de ne pas avoir de peine d’avoir avorté.»

Cette décision est souvent vécue comme une «liberté». Ainsi Lou affirme : «J’ai 17 ans, je suis lycéenne et je ne regrette pas une seconde ma décision.» Les femmes ont avorté et avorteront même si elles risquent la prison ou la mort, même humiliées, culpabilisées, même si vous leur faites payer par la douleur. Ne vous en déplaise, elles n’en «crèveront» pas de honte et de culpabilité. A l’instar de la majorité des femmes, nous déclarons n’avoir aucun regret et disons : «J’ai avorté et je vais bien, merci !».

 

Source : Libération

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