Nous, princesses de Clèves, un film de Régis Sauder, en salles

Publié le par dan29000

 

 

Marche ou «Clèves»

Par GILLES RENAULT

Lafayette . A Marseille, des lycéens de quartiers sensibles se livrent devant la caméra du documentariste Régis Sauder.

 


Shellac

Notre président de la République se caractérise, entre autres, par une singulière forme de franchise en matière de choix culturels, de son dégoût pour la Cité du design («ce truc vert») à l’admiration qu’il voue au chanteur Didier Barbelivien. Un jugement affirmé qu’il étend aussi à la littérature classique : «L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur la Princesse de Clèves…»

«Polémique». Par deux fois au moins, en 2006, le chef de l’Etat s’en est pris à Madame de Lafayette et à son héroïne, près d’un demi-millénaire après qu’icelle eut fait tourner les têtes à la cour des Valois. La saillie de Sarkozy a créé un joli tollé et offert une cure de jouvence à l’œuvre. Aujourd’hui, celle-ci donne son titre au documentaire de Régis Sauder, Nous, princesses de Clèves, qui, ainsi libellé, confine à la profession de foi générationnelle. «Le moteur premier n’a pas été cette polémique, précise le cinéaste. Il s’agissait vraiment pour moi de montrer comment des jeunes d’un quartier populaire, d’origines très diverses, parfois en grande difficulté, peuvent s’approprier un texte du XVIIe siècle, l’apprendre, le connaître, s’y reconnaître.»

Sept ans après l’Esquive, d’Abdellatif Kechiche, qui transitait par la fiction pour faire germer l’écriture de Marivaux au milieu des tours, Nous, princesses de Clèves reconduit le même type de confrontation entre une langue a priori archaïque et une réalité autrement prosaïque, telle que vécue par des jeunes des cités. A Marseille, des élèves de première et de terminale d’un lycée des quartiers Nord (les plus difficiles) rejouent des passages du roman et, surtout, saisissent les tracas amoureux de Mademoiselle de Chartres pour évoquer leurs espoirs et, plus encore, leurs craintes concernant un statut incertain sur tous les plans - sentimental, professionnel, familial…

La majorité sont des filles, d’origine immigrée, de confession musulmane. Tous ces ados marquent les esprits par la franchise et la lucidité avec laquelle ils composent un panorama sociétal où le lien avec les parents paraît cruellement distendu. «Moi, j’aimerais bien sortir avec ma mère, aller au théâtre, à l’opéra, même au ciné, faire un petit truc ensemble, expose Manel. Mais bon, elle se rabaisse beaucoup parce qu’elle a le voile. […] Je lui dis au contraire : montre qu’une femme voilée peut être instruite, peut s’intéresser à des choses comme ça !»

Fragilité. Filmés chez eux, ou dans le cadre d’une visite à Paris - où, devant un tableau de François Ier, une Noire salue ses ancêtres les rois de France, avant qu’une camarade de classe ne pointe la confusion -, ces jeunes assument le rapport frontal à l’objectif pour exprimer sans doute bien plus de choses qu’ils n’ont jamais osé le faire avec leurs proches. Aussi sensible qu’éloquente, cette parole, qui cumule les incertitudes liées à l’adolescence et à un environnement «défavorisé», révèle au moins autant de courage que de fragilité. Par exemple, quand Albert, un jeune homo, fait part de son envie de partir un jour à Paris, «pour ne pas passer à côté du bonheur. Je suis comme tout le monde, j’y ai droit, donc je ne vois pas pourquoi je vais m’en priver».

Le film, qui inclut une dramaturgie liée à l’examen du bac, a été tourné en 2009. Depuis, précise Régis Sauder, «certains font des études, d’autres vivent de petits boulots. Pour tous, c’est dur, mais ils s’en sortent plutôt bien».

Nous, princesses de Clèves documentaire de Régis Sauder. 1 h 09.
Source : Libération

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Mitsuko 06/04/2011 08:06



Bonjour Dan,


Je pense que je vais aller voir ce film là ... s'il passe à Reims ou peut-être à Angers !!!


Ca semble vraiment bien ... Ca me parle ...


Bon mercredi à toi, Dan. A bientôt. Bises.


Mitsuko



dan29000 06/04/2011 09:09



tu as raison, hélas je crois qu'il n'y a que peu de copie, mais faut essayer de le voir quand même, bonne journée  à toi, et bises