Occupy Wall Street ! Textes, essais et témoignages des Indignés

Publié le par dan29000

 

occupy wall 

 

 

L'année 2011 fut marquée par deux grands événements internationaux, les révolutions arabes, réussies ou non, et le mouvement international Occupy Wall Street (OWS) aux Etats-Unis qui secoua de nombreuses villes, en écho au mouvement des Indignés de la Puerta del sol de Madrid. Comme cela était prévisible, cette vaste mobilisation qui toucha aussi Londres et Paris s'estompa durant l'hiver, pour revenir en ce printemps.

 

  Comme d'habitude, les grands médias dominants ne se bousculèrent pas vraiment pour nous expliquer la réalité, ou plutôt les réalités, de ce phénomène aussi récent que nouveau. Des milliers de jeunes, ou moins jeunes d'ailleurs, qui se mobilisent, dans la durée, qui s'organisent, sans faire appel aux partis politiques.

 

 Surprenant et aussi très excitant.

 

 Alors ce premier livre paru en avril tombe à pic.

 

 Préfacé par la journaliste Jade Lindgaard, qui participe à deux médias que nous aimons bien, les Inrocks et Médiapart, cet ensemble rassemble des textes, des essais courts et aussi des témoignages. Cette proposition en forme de mosaïque est particulièrement originale, permettant de mieux comprendre à distance ce qui se passait alors. Un mélange réussi d'écrivains comme Benjamin Kunkel ou Chad Harbach, et de penseurs importants comme Zizek (dont nous avions à l'époque publié un texte) ou Judith Butler, sans oublier des rédacteurs de revues comme Dissent, Triple Canopy ou The New Inquiry...

 

 Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur OWS, sans oser jamais le demander...

 

 Comment s'organiser sans organisations et partis structurés ?

 Comment agir dans la durée ?

 Comment faire vivre la démocratie participative ?

 Comment fut la vie quotidienne à Zucotti park ?

 Comment autogérer avec les décisions au consensus ?

 

 A l'automne dernier, la journée mondiale d'action des Indignés exista dans 82 pays, touchant alors 951 villes, dont 146 aux Etats-Unis. Un mouvement protéiforme, donc ce livre l'est aussi, et c'est heureux. Un patchwork de témoignages, photos, dessins, textes décrivant des scènes d'occupation de Boston à Philadelphie, ou de réflexions sur les rumeurs, ou la lessive ou la question des sans-abri. Pas simple de gérer la vie quotidienne de centaines de personnes durant des semaines...La vraie démocratie, pas celle tronquée des représentants élus. Difficile à construire et difficile à vivre, sans doute le prix à payer. Les rapports aux médias, à la police, les rapports entre les occupants. Et que faire ? Propager des idées, sans porte-parole et sans chef. La place des réseaux fut bien entendu importante.

 

 Au-delà de ces témoignages très parlants, plusieurs articles plus théoriques, prenant du recul nous sont proposés aussi. Comme l'absence dans OWS de Chinatown, pourtant situé non loin de Zucotti park à New York et aussi l'opposition très forte et très symbolique entre l'insolence tranquille d'un mouvement non-violent et la force brutale répressive de NYPD, la police de New York, comme le décrit bien l'article d'Alex Vitale, maître de conférences en sociologie au Brooklyn college. Ou encore " Rejeter les outils du maître pour construire une plus belle demeure" un article signé Rebecca Solnit, auteur de treize livres dont "L'art de marcher".

 

Passe bien également, l'aspect créatif du mouvement, chacun utilisant ses propres moyens pour faire passer aux autres son message politique ou social :

 

"Je ne suis pas un hippie, j'ai trois boulots, mais je suis fauché."

 

 Une créativité dans l'instant et avec les moyens du bord qui n'est pas sans rappeler celle des journées de Mai 68 au quartier latin...

 

 Une lecture indispensable afin de bien saisir ce mouvement qui ne fait que débuter.

 

Dan 29000

 

 

Occupy Wall Street

Textes, essais et témoignages des Indignés

Introduction Jade Lindgaard

Editions Les arènes

2012 / 300 p / 17,50 euros

 

Découvrir le site de l'éditeur, ICI

 

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Presse :

 

Empruntant les voies complémentaires du récit sur le vif et de l’analyse politique, les textes de ces occupants composent le livre d’or d’une lutte inachevée et dessinent les pistes de son élargissement.


LES INROCKS

 

Extrait :

 

"Samedi 17 septembre

Eli : En sortant du métro dans le Financial District* samedi dernier, j’ai commencé par accidentellement bousculer un policier. Il se tenait avec une quinzaine d’autres flics devant une barricade érigée pour empêcher quiconque d’entrer dans Wall Street. Comme je reculais, un peu nerveux, j’ai surpris la conversation d’un couple de personnes âgées qui passait. L’une disait à l’autre, en montrant du doigt l’espace entre deux immeubles : “C’est la Tour de la Liberté qu’on construit là-bas ?”

Je m’étais rendu dans le Financial District pour un rassemblement de dissidents de gauche, événement qu’on m’avait décrit comme une “occupation de Wall Street”. Quelques sites Internet expliquaient que : “Pour #occupywallstreet, la dispersion fait partie du plan”, et informaient les manifestants qu’ils n’avaient “pas besoin d’un permis pour occuper les trottoirs publics ou s’y rassembler pacifiquement”. Des e-mails et des posts de blogueurs faisaient allusion à l’arrêt Citizens United rendu par la Cour suprême, mais aussi aux révoltes du Moyen-Orient et à l’influence considérable des institutions financières. Le ton de ces textes variait, mais tous partageaient un même sentiment d’indignation. L’idée que le droit au rassemblement était menacé semblait motiver l’événement : le rassemblement était donc une justification en soi.

Comme Wall Street elle-même était fermée, j’ai eu du mal à trouver le regroupement. La Chase Manhattan Plaza — le lieu de rendez-vous — était entourée de barrières de police. Aucun protestataire autour des barricades, seulement des touristes qui se faisaient prendre en photo avec des flics, ou des touristes qui se faisaient prendre en photo par les flics. Il était tout juste 15 h 30 mais c’était comme si la nuit tombait déjà. Plus j’avançais, et plus je craignais qu’il n’y ait aucun dissident, que les centaines de policiers qui bloquaient les étroits passages entre les gratte-ciel aient réprimé toute action collective organisée."

 

 

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