Offensive du lobby pro-OGM : entretien avec Séralini, auteur de l'étude contestée

Publié le par dan29000

 

Entretien 05/10/2012

OGM dangereux : Séralini, l’auteur de l’étude contestée, se défend

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Séralini indique que les « bonnes pratiques de laboratoire » ont été respectées, mais reconnaît qu’idéalement, il faudrait mener son expérience sur plus de rats. Entretien.

 

« Insuffisante » l’étude sur les OGM menée par l’équipe de Gilles-Eric Séralini ? L’Autorité européenne de sécurité des aliments, l’Efsa, estime en tout cas qu’elle n’a pas à réévaluer l’autorisation du maïs transgénique NK603, malgré les conclusions alarmantes de ce travail.

Le site Reporterre a demandé au chercheur mis en cause de s’expliquer. Une interview vidéo exclusive qui permet de prendre le temps, calmement, de comprendre les arguments scientifiques et de revenir à un débat réfléchi.

Le professeur Gilles-Eric Séralini et son équipe scientifique ont publié le 19 septembre dans la revue Food and Chemical Toxicogology une étude concluant à la dangerosité d’un régime alimentaire comprenant un maïs transgénique résistant au pesticide Roundup. Accompagnée d’une vaste opération de communication (film et livre grand-public lancés au même moment), cette publication a suscité un fort émoi public.

Critiques et contre-feux tous azimuts

Très rapidement se sont déclenchés des contrefeux vigoureux : les critiques se sont multipliées, contestant la valeur scientifique de l’étude. Si certaines émanent de chercheurs honnêtes, avec qui Reporterre est en relation, beaucoup sont mises en scène par le lobby agro-industriel, tandis que des censeurs parmi les plus virulents sont nettement liés à l’industrie chimique.

Dans cette polémique, on finit par perdre de vue l’enjeu principal : la véracité des faits étudiés. C’est pourquoi il a paru nécessaire à Reporterre de redonner la parole à Gilles-Eric Séralini, calmement, pour connaître ses réponses aux arguments, légitimes mais pas définitifs, que lui opposent ses contradicteurs.

Les réponses de Gilles-Eric Séralini

Vidéo : Reporterre

L’interview ayant été réalisé avant le communiqué de l’Efsa, Rue89 a joint Gilles-Eric Séralini afin qu’il complète ses propos. La retranscription des réponses est une adaptation résumée.

Rue89. Allez-vous donner les données brutes de votre étude, comme vous le demande l’Efsa ?

Nous allons mettre ces données sur un site Internet public quand l’Efsa fera de même. Elle n’a pas de raison légale de ne pas le faire et j’en appelle à la responsabilité de la Commission européenne et du ministre de l’Agriculture pour cela.

Il est inconcevable que les données ayant permis l’autorisation des OGM soient secrètes. Si l’on veut une réelle évaluation scientifique de mon étude, elle doit se faire des deux côtés.

Reporterre. Le contrôle de mycotoxines dans la nourriture des animaux étudiés n’est pas détaillé dans l’article publié. A-t-il été bien mené ?

L’expérience a suivi toutes les règles relatives aux « bonnes pratiques de laboratoire » suivies par les établissements d’expérimentation. La composition de la nourriture et la présence des mycotoxines et autres éléments étaient précisément contrôlées.

Mais il n’était pas possible d’indiquer tous ces détails dans l’article « princeps », c’est-à-dire principal. Celui-ci devrait être suivi, si l’on comprend bien, d’autres articles détaillant les conditions de l’expérience.

Reporterre. Les groupes témoins de rats mâles et femelles étaient trop restreints dans l’étude, ne comportant que dix animaux. Cela n’enlève-t-il pas la valeur des résultats trouvés ?

On peut toujours faire mieux. L’idéal aurait été d’avoir soixante-cinq rats par groupe. Mais c’est impossible [en raison du coût que cela représente, ndlr]. Toutes les études se font habituellement avec des groupes de dix rats.

Ce n’est pas une étude de cancérogenèse [c’est-à-dire visant à vérifier si le produit étudié provoque des tumeurs cancéreuses, ndlr], mais une étude de toxicologie [étudiant des effets toxiques, qu’elle qu’en soit la nature, ndlr], qui est « la première étape » avant une étude de cancérogenèse.

Les normes OCDE pour ces études demandent qu’il y ait dix rats par groupe.

Reporterre. Sur dix individus par groupe, la valeur statistique des résultats observés sur les groupes est très faible.

On peut dire cela de toutes les études. 98% des études toxicologiques de recherche portent sur trois à quatre rats par groupe. Les études réglementaires sur les OGM, qui ne durent que trois mois [alors que son étude a suivi les animaux pendant deux ans, ndlr], comprennent dix rats par groupe.

C’est d’ailleurs un reproche qu’ont émis les agences réglementaires à l’égard d’un test présenté par la société Monsanto ; mais elles n’ont pas exigé le retrait du maïs transgénique concerné.

Reporterre. La souche de rats utilisée, Sprague-Dawley, présente spontanément des tumeurs cancéreuses.

Cette souche de rats est utilisée dans presque tous les tests, et c’est en particulier la souche qui a servi pour homologuer tous les OGM. Cette étude a duré plus longtemps, et il est exact que des tumeurs se développent en fin d’expérience.

Mais ce qui compte, c’est le différentiel par rapport au « groupe » contrôle ». Et il faut aussi une souche « suffisamment sensible aux tumeurs pour représenter quelque chose de proche de l’humain ». Ici, l’étude a montré les perturbations hormonales [induites par l’alimentation comprenant un OGM et le pesticide Roundup, ndlr].

Par ailleurs, il y a de nombreuses observations sur chaque rat, donc de nombreuses valeurs qui, par des méthodes statistiques complexes, ont permis de mettre en évidence diverses corrélations. Les observations ont été de plusieurs types : anatomo-pathologiques, biochimiques, micro-biologiques, et comportementales.

Reportere. D’autres études ont été menées avec des animaux nourris aux OGM sur de longues durées, au moins trois. Cette étude ne serait donc pas exceptionnelle.

Les trois études présentées ne sont pas toxicologiques. Mon étude est la plus longue, vie entière, sur cet OGM, le maïs NK 603. Il n’existe pas, par ailleurs, d’étude à longue durée sur l’exposition au pesticide Roundup, qui est le plus répandu dans le monde.

Des études existent sur son composant principal, le glyphosate, mais pas sur le Roundup en tant que tel.

Reporterre. Si les OGM ont des effets aussi néfastes que semble l’indiquer l’étude, pourquoi ne les observe-t-on sur les animaux et les populations qui consomment des OGM, notamment aux Etats-Unis, depuis plus de dix ans ?

Il n’y a pas de traçabilité dans ce pays sur les OGM, et l’on ne peut donc pas y mener une étude épidémiologique sur les aliments transgéniques. Il se trouve qu’on observe énormément de pathologies hépato-rénales. On ne peut pas les attribuer aux OGM et au Roundup, mais les produits mal évalués pour la santé peuvent en être responsables.

Reporterre. Que se passe-t-il en Argentine et au Brésil qui cultivent à grande échelle les produits transgéniques ?

Il est dommage que seule une petite équipe comme celle de l’université de Caen étudie les effets du pesticide Roundup. Il y a un vrai doute sur la manière dont on évalue les maladies chroniques. Le système hormonal semble perturbé par ces produits. Il est anormal qu’il n’y ait pas d’études à long terme sur ce type de produits.

Recueilli par Eduardo Febbro et Hervé Kempf (Reporterre) et Sophie Verney-Caillat (Rue89).

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Publié initialement sur
http://reporterre.net/

SOURCE/ RUE 89, REPORTERRE

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